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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Arménie - Economie - Presse

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La presse arménienne de l'Arménie pré-indépendante, par Krikor Amirzayan, journaliste-caricaturiste, auteur de deux ouvrages de caricatures parus à Erévan.

Explosion des titres
Signe d'une identité retrouvée, Erévan était devenue à la veille de l'indépendance de septembre 1991, un véritable centre culturel, où les publications de la presse arménienne explosaient à un rythme ahurissant.
Depuis la levée en 1988 d'une Loi sur les quotas, qui limitait la diffusion des journaux sous l'ère soviétique, la frénésie arménienne pour la lecture -et la presse- s'était emparée d'Erévan. En décembre 1990, lors de notre visite en Arménie, les kiosques à journaux de la capitale arménienne, et même ceux de Giumri ou Vanatsor, étaient bondés de dizaines de titres de cette presse arménienne pré-idépendantiste. Cette profusion de titres étant le reflet fidèle du bouillonnement culturel, patriotique, économique et social dans lequel l'Arménie était plongée en ces années de " révolution nationale et de renaissance ".
Le tirage de cette presse arménienne aurait par ailleurs, fait pâlir par sa diffusion, plus d'un rédacteur occidental. Ainsi " Vozni ", l'équivalent du " Canard Enchaîné " français tirait à plus de 162 000 exemplaires. " Hayastani Achkhadoghouhi " (la travailleuse d'Arménie), sorte de " Femme Actuelle " français , annonçait un tirage de 150 000 exemplaires. "" Karoun " (Printemps), revue littéraire, artistique et scientifique était à 95 000 exemplaires. Le quotidien " Haïk ", organe du puisant Mouvement National Arménien issu du " Comité Karabagh ", qui avait le vent en poupe, annonçait une diffusion de plus de 100 000 exemplaires. Enfant chéri de la perestroïka, la presse arménienne en marge d'un Empire soviétique en voie d'éclatement annoncée, se voulant moderniste, semblais découvrir à pas de géants, les infinies vertus de la liberté d'expression. Après des années de " chape de plomb "...

Profusion de titres
Plus que les tirages impressionnants, la multiplicité et la variété étonnante des titres proposés, semblait -au début de ces années 1990- traduire cette tendance presque sauvage à la pluralité de l'information. Une soif insatiable d'informations nouvelles, après des années d'informations prisonnières d'un circuit unique !
Depuis février 1988 et les méga-rassemblements sur les places d'Erévan ou de Stépanakert, une cinquantaine de titres nouveaux étaient venus en moins de deux ans, " écraser " les publications de l'Arménie soviétique qui n'intéressaient soudain plus personne. Dans cette frénésie quasi anarchique, pris par le tournis de l'indépendance proche et inéluctable, les agents du nouvel ordre culturel et politique, proposent dès leurs premiers numéros, d'assimiler le passé volé et le présent chaotique, pour un avenir qui s'annonçait bien incertain !
" Artsakhagantch " (l'appel de l'Artsakh), hebdomadaire tiré à plus de 20 000 exemplaires, traduisait le mieux cette poussée de fièvre revendicatrice qui s'était emparée du peuple arménien tout entier. En donnant des informations du front de l'Artsakh où se jouait l'avenir de l'indépendance de la République arménienne, " Artsakhagantch " focalisait à travers ses pages l'espoir d'un peuple le dos au mur. Entre la joie immense d'une liberté acquise, et la peur panique pour sa survie. Etrange situation de bonheur et d'angoisse face au lendemain, qui devaient doper les ventes de plus d'un titre.
Dans cette Arménie en proie à une effervescence sans précédent dan l'Histoire, les groupes, groupuscules, associations, organisations ou partis, se dotaient d'un organe d'information afin de " nourrir " le peuple étendre leur cercle d'influence.

Quelques titres
Parmi les journaux trouvés fin 1990 dans les kiosque d'Erévan, on relevait :

  • " Koyamard " (20 000 ex.), organe de l'association " Haïastan " ;
  • " Loussavoritch " (L'illuminateur ), né en octobre 1990, diffusé par l'association chrétienne " Ketoutioune ",
  • " Tsaïn Pazmats " (2 000 ex.), organe du Mouvement National Arménien de la région de Massis,
  • " Ourpat " (Vendredi) un hebdomadaire proche de la FRA,
  • " Haïk " (100 000 ex.) organe du Mouvement National Arménien (MNA),
  • Haïgazounk ", journal des mouvements scouts d'Arménie,
  • " Tsaïn Orinats " (la voix de la loi), bulletin des avocats et des personnels de la Justice de la République d'Arménie,
  • " Kordz " (travail), organe des coopérateurs et commerçants d'Arménie,
  • " Yerguir Avédiats ", journal de l'association patriotique Sassoun,
  • " Yézidinéri Tsaïn ", périodique des kurdes yézidis d'Arménie, journal kurde en lettres arméniennes,
  • " Inknorochoum " publié par les proches de l'indépendantiste Barouïr Haïrikian,
  • " Kog " , organe des " verts " de la région de Vanatsor (ex-Kirovakan).

Petite révolution ou prémices de l'économie de marché, " Joghovourt " (peuple), un nouvel hebdomadaire politique et culturel, tout en couleur, faisait même entrer dans ses pages, des annonces commerciales (pour Armentoy, fabricant de jouets). Démontrant ainsi que la presse arménienne ne pouvant rester à l'écart de ses homologues occidentaux se tournait également vers l'économie de marché.

Disparition rapide
Découvrant les dures lois du marché, et la notion de rentabilité, les rédactions arménienne, habituées jadis aux subventions de l'Etat, ne résistèrent pas très longtemps ! De ces dizaines de titres de la presse arménienne du début des années 1990, seuls un petit nombre -deux ou trois- résistèrent au phénomène. Tous les autres en proie à des difficultés financières pour la plupart, succombèrent très vite.
De cette épopée fabuleuse de la presse arménienne du début des années 1990, que reste-t-il aujourd'hui ? Juste quelques titres. Des pages jaunies, témoins d'une histoire en mutation.

Krikor Amirzayan


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