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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Guy DONIKIAN

L'auteur

 
Guy Donikian enseigne le français à Lyon depuis plus de vingt ans. Il vit aujourd'hui dans le Beaujolais. D'origine arménienne, il appartient à la troisième génération d'immigration. Ce sont ses grands-parents qui ont migré depuis l'Arménie.
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Livre numéro 1646
Guy DONIKIAN --- Cliquer pour agrandir Anahide, une mémoire arménienne
 
Titre : Anahide, une mémoire arménienne / auteur(s) : Guy DONIKIAN -
Editeur : L'Harmattan
Année : 2010
Imprimeur/Fabricant : 14-Condé-sur-Noireau : Impr. Corlet numérique
Description : 1 vol. (223 p.) : couv. ill. ; 22 cm
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Survivants du génocide arménien -- Arméniens -- France -- 20e siècle
ISBN : 9782296138322
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 21,50 euros

Commentaire :

Voici le récit d'une vieille dame arménienne qui raconte sa vie depuis le génocide, en 1915, auquel elle échappe alors qu'elle n'est qu'une adolescente. Son exil, avec son jeune frère et une tante, seuls rescapés de la famille, la conduira en France. De Marseille, où elle débarque, elle se retrouvera à Saint-Chamond, dans la Loire, puis à Vienne où elle finira ses jours. Elle accorde une place importante au " Kemp ", le ghetto des années 20 qui disparaîtra au début des années 60. Ses souvenirs du " Kemp " sont ambivalents puisqu'ils mêlent des difficultés matérielles et morales évidentes à une solidarité intra-communautaire très forte. Anahide dit aussi son attachement à la France, en revenant souvent à son goût pour le pain français qu'elle déguste savoureusement en le décrivant avec des mots choisis. C'est sa façon de dire son amour de la France qu'elle vénère malgré la vie souvent difficile qui aura été la sienne. Les dialogues qu'elle aura eus avec son petit-fils offrent donc une mémoire qui veut ici établir un lien entre ceux des Arméniens qui ont vécu le génocide et ceux des générations qui apparaissent aujourd'hui.

Combien regrettent de n'avoir pas questionné avant qu'ils ne disparaissent, leur famille, parents ou grands-parents, sur leur vie au «pays», sur leur fuite et comment ils ont vécu le drame des massacres de leurs proches. Guy Donikian, lui, sait tout cela puisque sa grand-mère,Anahide, lui a laissé ses souvenirs par écrit. C'est son odyssée qu'elle relate depuis sa ville natale de Malatia alors qu'elle est adolescente et que démarre la funeste année 1915. Ses souvenirs de l'Arménie" comme elle dit, ce sont la chapelle de Malatia où se rendaient les familles arméniennes, les chants de Komitas mais surtout "des ambiances, des sons, des musiques et des odeurs" et ses parents qu'elle découvre assassinés devant leur maison. Seuls rescapés avec son frère Agop et sa tante Nartoui, ils s'embarqueront pour la France. Les horreurs des tueries, les hordes d'Arméniens affamés - il est dur, souvent, de lire certains détails - Anahide les a vues. Elle évoque sa détresse et sa peur et ces pages sont bouleversantes. Arrivés en France, à Saint-Chamond, le trio s'installera au «cantonnement» puis partira à Vienne rejoindre d'autres réfugiés dans le «kemp». Les conditions de vie sont ardues mais la solidarité est grande. On se retrouve entre Malatiatsi pour évoquer la vie d'alors autour des plats et des douceurs typiques. L'accueil des Français n'est pas toujours chaleureux pour ceux qui sortent de l'enfer et dont les us et coutumes paraissent un brin vulgaires. Anahide se mariera, connaîtra les lois accordant la préférence de travail aux Français, la Seconde Guerre mondiale, le nerkaght, le tremblement de terre en Arménie, aura des enfants et des petits-enfants. Mais le plus étonnant est qu'au soir de sa vie, âgée de plus de 80 ans, elle se posera des questions «existentielles» : "Pas une journée sans qu'on se demande, au-delà du constat larmoyant de la douleur, quel sens tout cela peut-il bien avoir". "Quel sens donner à une vie qui n'aura eu pour but que la survie ? A quoi aura servi que je vive dans un monde qui sait si facilement oublier les injustices ?" 223 pages passionnantes - pour qui est intéressé de connaître comment certains ont pu réchapper de la barbarie - écrites par une vieille dame, amoureuse du pain français et heureuse des moments bénis au «kemp» recréant "les beaux jours vécus à Malatia".
Zmrouthe Aubozian, France-Arméie, numéro 378, Septembre 2011


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