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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Manuel MIRAKHONIAN
( 1856 - 1934 )

L'auteur

Manuel MIRAKHONIAN --- Cliquer pour agrandir
Né à Van en 1856, dont l’établissement des Saints-Traducteurs l’accueillera comme étudiant avant qu’il ne soit admis, en 1868, au séminaire du monastère de Varakh pour devenir l’élève du futur Catholicos Meguerditch Khrimian, Manuel Mirakhorian poursuivra, quatre ans plus tard, sa formation au collège Arakel Nubar et Chahnazarian de Khaz-kiugh(Constantinople) où, à la demande de son directeur, il exercera la profession d’instituteur en 1876. Dans les années 1877-78, les Russes occupant déjà San Stefano et menaçant de s’emparer de Constantinople, Mirakhorian quitte son village et s’installe à Rodosto. Après un court voyage en Crimée en 1882, profitant de sa fonction de directeur d’école à Mouch, à Van et dans d’autres villages de provinces, il réunit une somme considérable d’informations sur les Arméniens. De retour à Constantinople, il publie, en trois tomes, de 1884 à 1885, son inventaire à la fois ethnologique, historique et statistique, établi au cours de ses périples dans les provinces de la Turquie orientale et reçoit pour son travail le prix Sahag-Mesrob. Soucieux de fonder une bibliothèque à Van, Mirakhorian était parvenu à réunir 2500 ouvrages durant son séjour à Constantinople, avant qu’il ne soit arrêté par la police hamidienne, en 1890, à la suite d’une trahison. Libéré l’année suivante, il doit renoncer à son projet, ses manuscrits et ses livres ayant été brûlés au cours de son arrestation. L’année suivante, anéanti par cet échec, il s’exile en Roumanie où il épouse, en 1894, Zabel Kaplanian qui lui donnera deux fils, dont l’un fera des études de médecine à Paris. Aucun des deux ne laissera de descendants.

En Roumanie, il publie de nombreux articles de philologie arménienne dans différents journaux et sous divers pseudonymes (comme Arménag de Folksham ou Norayr de Roumanie) : Arevelk (l’Orient), Manzoumé de Constantinople, Armenia et Hay Sird de Marseille, Yergrakound (le Globe) de Tiflis.

Il s’éteint à Bucarest en 1934, à l’âge de 78 ans, non sans laisser derrière lui, de nombreux point d’interrogations.
Texte Denis Donikian

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Livre numéro 1877
Manuel MIRAKHONIAN --- Cliquer pour agrandir Voyage descriptif dans les provinces arméniennes de la Turquie orientale en 1882
 
Titre : Voyage descriptif dans les provinces arméniennes de la Turquie orientale en 1882 / auteur(s) : Manuel MIRAKHONIAN -
Editeur : Société Bibliophilique ANI
Année : 2013
Imprimeur/Fabricant : Laballery à Clamecy
Description : 684 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection :
Notes : Index pp 651-699
Autres auteurs : Jean-Pierre KIBARIAN [directeur] -
Sujets : Récit de voyage -- Arménie historique
ISBN : 9782746663329
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 64,00 euros

Commentaire :

Commande :
ANI - Jean-Pierre Kibarian 163 rue du Faubourg-Saint-Antoine 75011 Paris

Article de Michel Dreyfus, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014

En 1882, en dressant un inventaire des écoles arméniennes, un instituteur réalise un véritable reportage sur la vie quotidienne de ceux qui vivaient dans certaines provinces de l'Empire. Un témoignage d'autant plus précieux qu'il est réalisé deux ans avant le début des massacres hamidiens.

Voilà un ouvrage dont on ne saurait trop recommander la lecture et ce, pour bien des raisons. Au début des années 1880, Manuel Mirakhorian décida de visiter la Turquie orientale et à l'issue de ce voyage , livra un récit de la vie des Arméniens. Il parcourut donc cette région de la Turquie, à travers quelques villes et surtout de nombreux villages. Il les décrit de façon très vivante, et nous fournit une masse d'informations considérables sur la situation économique des Arméniens, le plus souvent à la campagne, la façon dont ils vivent, leur travail quotidien, leur religion et leurs croyances. Ce récit n'a rien de convenu dans la mesure où Manuel Mirakhorian ne cache pas, et ce à maintes reprises, sa désolation devant l'insuffisance des écoles, l'ignorance des enseignants, et donc le très bas niveau d'éducation qui en résulte le plus souvent. Son témoignage est donc très précieux. En effet, si les massacres des Arméniens dans les années 1895-1897 puis le génocide de 1915, perpétrés par les différents gouvernements turcs, ont fait l'objet d'une littérature immense, nous ne savons que peu de choses sur la situation antérieure. Ce livre est donc une contribution majeure à la mémoire du peuple arménien.

Une grande valeur documentaire
Le témoignage photographique réalisé dans les années 1950 par le grand historien d'art, archéologue et voyageur, Jean-Michel Thierry de Crussol sur cette région a permis de mieux mesurer la perte du patrimoine humain et culturel arménien, résultant de ces massacres et de ce génocide. Or Jean-Michel Thierry de Crussol avait largement utilisé le livre de Manuel Mirakhorian, car il avait apprécié sa grande valeur documentaire, comme il l'expliqua ensuite à Jean-Pierre Kibarian. Aussi, ce dernier décida de publier cet ouvrage en langue française. Jean-Pierre Kibarian fut aidé et soutenu par quelques amis mais c'est d'abord grâce à lui que cet ouvrage parait aujourd'hui. Il fallut d'abord le faire traduire. Il était dépourvu de cartes dans son édition originale, ce qui s'explique par la faiblesse des moyens financiers dont disposait Manuel Mirakhorian ; Jean-Pierre Kibarian a donc remédié à cette absence. Mais il a fait bien davantage : il a modernisé le style du récit, l'a agrémenté d'une iconographie abondante et d'un appareil critique considérable, sous forme de notes expliquant les lieux, les expressions, les circonstances et les hommes. Ce travail était en effet indispensable pour comprendre toute la richesse d'un récit vieux de plus d'un siècle et qui fourmille d'allusions à des évènements le plus souvent oubliés aujourd'hui. Jean-Pierre Kibarian a fait ainsi du témoignage de Manuel Mirakhorian un livre d'histoire. Ajoutons que notre voyageur fut constamment soumis à la censure, ce qui explique les nombreux passages où il s'autocensure. En dépit de ses innombrables recherches, Jean-Pierre Kibarian ne pouvait expliquer toutes les allusions auxquelles procède Manuel Mirakhorian. Souhaitons que de futurs historiens puissent découvrir les thèmes sur lesquels s'exerçait cette censure. En conclusion, je ne saurais trop recommander la lecture de cet ouvrage et remercier Jean-Pierre Kibarian sans qui il n'aurait jamais vu le jour. Ce livre est indispensable pour qui veut connaitre la situation des Arméniens en Turquie orientale à la fin du XIXe siècle, et il devrait toucher un très large public.

Michel Dreyfus, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014


Présentation de Jean-Pierre Kibarian

La version originale du livre de Manuel Mirakhorian m’a d’emblée frappé par la description pointilleuse de la vie des Arméniens en Turquie orientale dans les années 1880. En effet, rares sont les Arméniens qui ont laissé un compte-rendu de ces régions avant la grande tuerie de 1895-1897 puis le génocide de 1915, perpétrés par les différents gouvernements turcs.

À partir des années 1950, le témoignage photographique incomparable de l’éminent historien d’art et archéologue-voyageur Jean-Michel Thierry de Crussol sur cette même région a permis de mieux mesurer ce qu’a été l’immense perte du patrimoine humain et culturel arménien. Jean-Michel Thierry de Crussol avait abondamment utilisé le livre de Manuel Mirakhorian dont il m’avait confirmé la grande valeur documentaire.Y remédier fut une tâche difficile mais passionnante. Il fallut également moderniser le style du récit, tout en l’accompagnant d’une iconographie abondante ainsi que d’un important appareil critique et d’annexes. C’est ce travail entrepris il y a cent trente ans qui est aujourd’hui délivré au lecteur.
Jean-Pierre Kibarian


Propos recueillis par Elisabeth Baudourian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014

Jean-Pierre Kibarian , le traducteur enthousiaste du livre de Mirakhorian
Ce bibliophile averti a traduit et actualisé le texte de Manuel Mirakhorian en y ajoutant des notes, des index, des cartes et de nombreuses photos. Un travail remarquable qui met en lumière un ouvrage essentiel.

Nouvelles d'Arménie Magazine: Qu'est-ce qui vous a poussé à publier ce livre?
Jean-Pierre Kibarian : Il s'agit du témoignage d'un enseignant qui dresse un état des lieux des écoles arméniennes d'Anatolie mais aussi des provinces traversées avant la destruction quasi totale de ses habitants qui allait mettre fin à 2 500 ans de présence arménienne. Ce livre a été rédigé avant les massacres d'Abdul Hamid. Il s'agit d'un éclairage partiel de la situation des Arméniens à cette date mais essentiel. D'ailleurs ce livre est connu des historiens. Il a été beaucoup utilisé dans le dictionnaire géographique en 5 volumes publié en Arménie entre les années 1986 et 2001 et aussi par Jean-Michel Thierry qui m'avait encouragé à sa publication. Il m'avait dit que sur place il a constaté combien les observations de Mirakhorian étaient exactes.
NAM: Quelles sont les provinces que choisit de traverser Manuel Mirakhorian?
J.-P. K. : C'est probablement le patriarcat d'Istanbul qui envoie Mirakhorian faire un état des lieux des écoles arméniennes dans certaines provinces. Parti de Trébizonde, il descend vers Erzeroum puis vers le Sassoun et se rend dans la région autour du lac de Van dont il est originaire. Le mot Arménie étant interdit, il utilise le terme de « provinces habitées par les Arméniens ». Il s'agit en somme d'un reportage dans lequel il décrit les villages, la végétation, les animaux.... Déjà à cette époque Mirakhorian constate le départ de familles arméniennes prises en tenaille par la pression fiscale turque et le racket exercé par les tribus nomades. Dans ceratins villages, des Arméniens se sont intégrés à la population musulmane voire assimilés. Il voit des villages se dépeupler et le remplacement par l'élément kurde qui se sédentarise. Mais comme Mirakhorian est soumis à la censure, il présente un village où il dit qu'il y a beaucoup de khatchkars mais peu d'Arméniens et parfois indique la présence de nouveaux arrivants Kurdes.
NAM : Comment Mirakhorian juge-t-il la situation des écoles arméniennes?
J.-P. K. : Il constate que dans la plupart des cas l'enseignement est dans un état déplorable, dispensé par des prêtres le plus souvent ignorants. Il est meurtri par cette situation car la crainte qui hante le texte de Mirakhorian, c'est la perte de l'identité arménienne. Il souhaiterait que les écoles soient plus nombreuses et gérées par des laïcs avec des méthodes pédagogiques modernes. Il aimerait voir le clergé participer à l'amélioration des conditions de vie des Arméniens pour éviter qu'ils demeurent dans la servilité, l'ignorance ou la superstition. Mais Mirakhorian reproche également aux intellectuels arméniens d'Istanbul de se désintéresser de leurs compatriotes provinciaux en les abandonnant à leur ignorance.
NAM: À qui ce livre s'adresse-t-il ?
J.-P. K. : C'est un ouvrage qui s'adresse à la fois au grand public mais aussi aux chercheurs. J'ai voulu réunir les trois tomes avec une pagination continue. Mais je ne voulais pas me contenter de publier une simple traduction. Afin de mettre en valeur l'œuvre de Mirakhorian, je me suis lancé dans une aventure qui a duré dix ans : j'ai actualisé son style, j'ai ajouté des notes -j'y ai mis tout ce que la censure ne lui permettait pas d'écrire - une bibliographie, un index à tiroirs, une cartographie, des photos que j'ai puisées dans ma bibliothèque. Le prix de l'ouvrage de 64 euros s'explique par la qualité du papier qui permet une meilleure reproduction des photos que j'ai voulu insérer dans le texte.

Propos recueillis par Elisabeth Baudourian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014


Texte "Imprescriptible"

Ce récit de voyage de Manuel Mirakhorian à travers les hayapnag kavarner («provinces habitées par les Arméniens») décrit avec justesse la vie du paysan arménien confronté au contexte politique des années précédant les massacres hamidiens de 1895-1898 et le génocide perpétré par les Turcs en 1915. l'ouvrage fait référence au livre du médecin personnel des sultans, Amirdovlat Amassiatsi, «Inutile aux ignorants.»

CRAINTES
La crainte qui hante le texte de Mirakhorian, c'est la perte de l'identité du peuple arménien, décrit comme ancien et qu'il souhaite voir retrouver sa riche culture grâce à une alphabétisation et une éducation fondées sur la modernité. Mais peu à peu dévoré par ceux qui occupent son territoire historique et devenu minoritaire dans un monde musulman, l'Arménien est de plus en plus relégué au statut de dhimi («citoyen de seconde classe») subissant en permanence une ségrégation politique et sociale par le biais d'impôts divers et multiples.

UN VISIONNAIRE
À ses yeux, la nécessité pour les Arméniens de redécouvrir leur histoire devait les conduire à recouvrer leur dignité culturelle pour mieux s'imposer au sein même des structures de l'État turc.

Mal accepté par l'aile conservatrice de l'Église dont il déplore le manque de stratégie politique, Mirakhorian agacera quelques laïcs qui verront en lui un donneur de leçons par trop visionnaire et indépendant. Il n'appartient à aucune chapelle, n'épargnant ni l'Église ni les amira et encore moins les intellectuels qu'il accuse de manier seulement de belles paroles.

Pour tous ceux férus d'histoire ou simples esprits curieux, le périple de Mirakhorian constitue le témoignage de première main d'un enseignant qui se donnerait pour mission d'informer son lecteur aussi bien sur l'encadrement des écoles arméniennes que sur les conditions de vie du peuple arménien dans les hayapnag kavarner à la fin du XIXe avant sa disparition programmée qui mettait fin à deux mille cinq cents ans de présence arménienne.


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