Bibliothèque Nubar (UGAB - Union Générale Arménienne de Bienfaisance)11, Square de lAlboni - 75016 Paris |
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![]() Raymond Kevorkian |
| Commentaire : | Dépendant de : UGAB - Union Générale Arménienne de Bienfaisance La bibliothèque Nubarian est ouverte le lundi, mardi, jeudi et vendredi, de 10h à midi et de 14h à 18h. Fermée en août. Créée en 1928 par Boghos Nubar, le fondateur de l'UGAB, la bibliothèque Nubar a Le fondateur, Boghos Nubar, et le premier conservateur, Aram Andonian, ont été tous deux témoins de la destruction des Arméniens de l'Empire ottoman. Le premier a compris qu'il fallait organiser un lieu de mémoire dans lequel il serait possible de recueillir tout ce qui pouvait être sauvé du patrimoine arménien, tandis que le second, conscient de la valeur de son témoignage sur l'extermination des Arméniens, n'a pensé, quand il séjournait dans les camps de concentration de Syrie, qu'a dénoncer le sort réservé par les Turcs à ses compatriotes. Il a ainsi enregistré de nombreuses descriptions de rescapés, obtenues à chaud sur le terrain, entre 1916 et 1919. En s'installant à Paris, il a conservé précieusement ses documents. Toutes les archives de la Délégation Nationale Arménienne, qui était alors présidée par Boghos Nubar, sont également passées dans nos collections, ainsi que les archives personnelles du patriarche Ormanian. On comprend donc l'importance de notre institution et son caractère spécifique: elle est le centre de conservation d'une partie importante du patrimoine arménien ottoman. Il faut donner à ses documents une universalité et les rendre accessibles à un public plus large, aux milieux universitaires d'abord, dans lesquels les opinions se forgent. p>Jusqu'en 1992, nous avons surtout remis en état les collections, les reliures, microfilmé nos archives et nos collections de journaux anciens, et développé une politique d'acquisition assez dynamique. Nous avons ensuite décidé de diffuser ces archives. D'abord, en publiant un périodique : la Revue d'Histoire Arménienne Contemporaine. Deux volumes ont déjà été publiés depuis 1995. Le dernier est consacré aux camps de concentration de Syrie et de Mésopotamie en 1915-1916. Il inaugure une série en cinq volumes qui, sur le même principe - exploitation des sources arméniennes confrontées à des documents diplomatiques américains, allemands et autrichiens, de pays neutres ou alliés de l'Empire ottoman - doivent nous permettre de donner une vue d'ensemble du génocide arménien tout en l'étudiant de manière systématique, c'est-à-dire en analysant le sort réservé aux populations arméniennes de toutes les régions de l'Empire ottoman. Il y a déjà eu, ces dernières décennies, de nombreux travaux sur le sujet, menés par des gens comme Vahakn Dadrian ou Arthur Beylerian. Mais notre objectif, en exploitant enfin les fonds de la bibliothèque, est de faire une étude de terrain, presque de la géographie humaine. Dans mon esprit, c'est un prolongement naturel du travail que j'ai publié en 1992, "Les Arméniens dans l'Empire ottoman à la veille du Génocide". J'y donne un bilan précis, village par village, de la présence arménienne dans l'Empire avant sa destruction. Il faut maintenant voir ce qu'il est advenu de ces gens en 1915 et 1916. Le volume que nous venons de publier aurait dû être le dernier. Mais compte tenu du fait que la deuxième phase du génocide, celle qui se déroule dans les déserts de Syrie et de Mésopotamie, est la plus méconnue, il y avait une sorte de priorité absolue à publier celui-ci en premier. Les quatre volumes à venir concerneront, pour chacun d'entre eux, une région spécifique de l'Asie Mineure ou de l'Arménie historique. Ils traiteront aussi bien du sort des colonies arméniennes établies en Thrace, à Andrinople ou Rodosto, qu'à Constantinople ou Izmir, et évidemment des provinces arméniennes. Il reste donc un travail très concret à poursuivre, dont l'obligation incombe à la bibliothèque. C'est même un devoir. On mène aujourd'hui des travaux universitaires sur le génocide des Arméniens, mais ces efforts sont freinés par les autorités turques en place. C'est un négationisme institutionnel qui exploite de manière méthodique le système universitaire occidental en y investissant des sommes considérables. Face à ce rouleau compresseur, nos moyens restent modestes. Je crois cependant qu'il est plus facile et plus économique de faire une analyse historique de faits avérés que d'essayer de prouver le contraire. J'ajoute que les temps ont changé et qu'on ne peut plus se contenter des seules pratiques militantes pour présenter notre dossier à la face du monde. Les hommes politiques, s'ils sont perspicaces, doivent maintenant utiliser les travaux publiés par les historiens. Mais il faut bien se garder de mélanger les genres: à chacun son métier. Dans cette perspective - la troisième étape de la mutation de la bibliothèque -, Propos recueillis par Zarouhi Odabashian Aram Andonian a été le premier conservateur de la bibliothèque Nubar. Figurant parmi les 400 intellectuels déportés en avril 1915, c'est l'un des seuls à avoir survécu. |
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| Mise à jour : 2011 |