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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Eglise évangélique arménienne Marseille Beaumont

30, avenue de la Figone - 13012 Marseille

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193
Eglise Evangelique
Prêtre : Pasteur Jacques Tchoghandjian
Culte : Dimanche à 10 h 30
Téléphone : 04 91 93 41 22
Fax :
Site internet :
E-mail :
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Vue extérrieure du temple (© Philippe Pilibossian) --- Cliquer pour agrandir
Vue extérrieure du temple (© Philippe Pilibossian)
Pasteur Jacques Tchoghandjian --- Cliquer pour agrandir
Pasteur Jacques Tchoghandjian


Egalement siège d'une section locale de l'Union Chrétienne de Jeunes Arméniens (UCJA)
Site : www.ucja.org
E-mail : infos@ucja.org


Interview du Pasteur Gilbert Léonian au l’occasion des 20 ans du Centre Culturel Ani à Marseille

France Arménie : Comment avez-vous vécu votre jeunesse ?
Pasteur Gilbert Léonian : Je suis né en 1950 à Marseille dans le quartier de Saint-Loup et j'ai grandi au cœur de la cité Michelis (11e arrondissement), qui était composée essentiellement de familles populaires. J'ai pu y côtoyer de nombreuses cultures ; espagnoles, italiennes, juives, corses... Ainsi, j'ai compris très tôt la richesse que revêt le brassage culturel. Trois vecteurs essentiels m'ont permis d'évoluer dans la vie ; l'école parce que ce fut le lieu d'acquisition des connaissances et de l'ouverture à la société ; le football car c'est une passion et cela m'a appris l'esprit d'équipe. Enfin, le cinéma de mon quartier, le Moderne, qui m'a ouvert au monde et ses cultures. J'ai poursuivi ma scolarité de la 6e à la terminale au lycée Marcel Pagnol. Nombre de mes camarades étaient des rapatriés d'Algérie. Je vivais un peu comme eux cette même souffrance intérieure du déracinement.
FA : Le traumatisme du Génocide a-t-il instauré dans votre famille une « loi du silence » ?
PGL : Jusqu'à l'âge de 16 ans j'ai mis en sommeil mon arménité. En raison du traumatisme subi par le Génocide, mes parents avaient acquis la conviction qu'il ne fallait pas montrer notre différence. On peut dire que j'étais sur la voie de l'assimilation.
FA : De quelle façon s'est forgée votre conviction religieuse ?
PGL : Mes deux grands-mères étaient respectivement catholique et protestante. J'ai donc appris très tôt les valeurs de l'œcuménisme. Baptisé dans une église apostolique arménienne, j'ai reçu ma première communion dans une église catholique et je suis à présent pasteur ! N'oublions pas que ces trois Eglises ont une seule et même racine, leur amour pour le Christ. A l'âge de 16 ans, ma rencontre avec le pasteur Jean Daniel Sahaguian dans le cadre de la colonie de vacances de la Fontanelle a permis de m'éveiller à la foi chrétienne et à mon identité arménienne. Il m'a transmis des valeurs qui me nourrissent encore aujourd'hui.
FA : Quel regard portez-vous sur la jeune génération d'Arméniens ?
PGL : Tout d'abord, notre génération a mis longtemps avant de se défaire du complexe d'être arménien. Nous sommes finalement parvenus à vivre de façon équilibrée notre arménité et notre appartenance à la société française. Les jeunes d'aujourd'hui sont libérés de ce poids et vivent dans un plus grand espace de liberté. Cependant, ils sont confrontés au paradoxe d'une société qui n'aime pas l'effort et qui veut assouvir ses besoins et ses désirs dans l'instant. Or, cultiver sa foi et son arménité cela demande un engagement sur du long terme, parfois même des sacrifices. Nous devons donc aider les jeunes Arméniens à se forger un caractère solide et équilibré.
FA : L'Église peut-elle les y aider?
PGL : Je suis obligé de constater qu'il y a une déconnexion entre la majorité des jeunes et la vie religieuse. Cependant, il faut bien comprendre que les jeunes ne veulent plus croire les yeux fermés. Ils ont besoin de comprendre et donc qu’on leur explique. L'Eglise doit créer ces espaces de dialogue et cesser de fonctionner dans le cadre d'une hiérarchie pyramidale car les jeunes ne l'acceptent plus. Je pense et c'est peut être le plus important, que l'Eglise doit retrouver un langage compréhensible pour les nouvelles générations.
FA : Pensez-vous que la reconnaissance du Génocide est le seul véritable ciment de la communauté arménienne ?
PGL : J'ai hâte que le Génocide arménien soit reconnu et réparé par la Turquie. Toutefois, l'arménité ne peut pas se résumer au seul génocide. L'Année de l'Arménie en France a bien démontré que la culture arménienne est très riche et nous devons poursuivre nos efforts pour améliorer sa diffusion. Pour moi, l'un des chantiers les plus importants est celui de l'apprentissage de la langue arménienne aux plus jeunes. Je constate que de nombreux cadres de la communauté ne parlent pas l'arménien. Ce n'est pas de leur faute bien sûr mais nous devons travailler sérieusement sur cette question.
FA : De quelle façon s'est construite votre vocation pastorale ?
PGL : Je suis de la génération de Mai 68, si bien que nous réfléchissions régulièrement avec mes camarades du lycée Marcel Pagnol sur l'évolution du monde. Certains d'entre eux ont choisi la voie politique. Quant à moi, je me suis dit que ce n'est pas en changeant les lois que l'on change les hommes mais c'est en contribuant à les changer de l'intérieur. Le pasteur Sahaguian a été déterminant dans le choix de ma vocation et m'a conduit à exercer ma profession de foi au sein de mon peuple. Après avoir étudié pendant quatre ans à la Faculté de théologie de Paris, j'ai commencé ma mission pastorale en revenant aux sources de mon enfance, au sein de la paroisse évangélique de Saint-Loup et à deux maisons de celle de ma naissance ! J'ai épousé Léa Mikaélian, avec qui nous avons eu trois enfants. Valence, Issy lès Moulineaux et actuellement Beaumont ont été les étapes de ma profession de foi.
FA : Pensez-vous que le dialogue au sein de la communauté arménienne est assez serein ?
PGL : Pendant longtemps, c'est le passé qui a soudé la communauté car il ne fallait pas perdre le contact avec son histoire. La revendication et le combat pour la reconnaissance du Génocide ont permis de se structurer en partis politiques, associations et centres culturels. Mais il n'en reste pas moins que la communication entre les différentes composantes reste fragile en raison des jeux de pouvoir. Chacun veut avoir l'exclusivité de représenter la communauté au regard des pouvoirs public. Ce n'est pas raisonnable ! Les enjeux actuels sont majeurs et nous ne pouvons pas nous permettre d'être divisés.
FA : L'Eglise peut-elle être l'un des vecteurs de ce dialogue ?
PGL : Karékine II a déclaré un jour que l'Eglise ne doit pas être un musée mais une mission. Même si la foi chrétienne s'est quelque peu assoupie chez les Arméniens, je nourris beaucoup d'espoir dans l'action œcuménique que nous menons à Marseille et qui s'est démontrée brillamment dans le cadre de l'Année de l'Arménie. Je suis également heureux de la création d'un diocèse arménien en France, ce d'autant plus que le Père Norvan Zakarian est très ouvert à l'œcuménisme.
FA : En cette fin d'année, quel message souhaiteriez-vous transmettre à la communauté arménienne ?
PGL : Les Arméniens doivent arrêter de pleurer sur leur passé. Nous sommes un peuple fort qui doit prendre en main sa destinée avec foi et courage. A l'instar de Martin Luther King, je fais le rêve que les Arméniens travaillent ensemble en plus grande harmonie et participent à la paix dans le monde.

Alexandre Djindian, France-Arménie, numéro 308, du 16 au 31 décembre 2007

Mise à jour : 2016

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