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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Khatchkar

Jardin public du Champ de Mars - 83000 Toulon

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Inauguration le 9 juin 2006

Le jour de l'inauguration --- Cliquer pour agrandir
Le jour de l'inauguration
Bénédiction --- Cliquer pour agrandir
Bénédiction
Discours d'Hubert Falco --- Cliquer pour agrandir
Discours d'Hubert Falco


Inauguré le 9 juin 2006, au jardin public du Champ de Mars, par Hubert Falco, Sénateur-maire de Toulon et ancien ministre


Jusqu’alors les commémorations du 24 avril avaient lieu devant la plaque du génocide des Arméniens, au Monument aux Morts de Toulon, Place Gabriel Péri

A cette occasion, Maryse Grigorian, Présidente de l’association franco-arménienne Abris’s club et conseillère municipal de Toulon, a prononcé l’allocution suivante :

Tout d’abord je souhaite remercier Monsieur Hubert Falco, Mesdames et Messieurs les Adjoints et leurs collaborateurs pour leur soutien et leur aide précieuse, sans qui cette cérémonie n’aurait pu avoir lieu.

En dressant aujourd’hui dans le sol de Toulon ce khatchkar taillé dans la pierre de la région de Gumri, nous scellons une fois de plus le pacte plus
que centenaire qui unit l’Arménie à la France. Un pacte qui n’a pour but que d’établir la paix, créer un monde en sécurité et lier nos deux peuples, pour le siècle à venir, par une amitié sans faille que viendra confirmer demain l’Année de l’Arménie.
Mais l’inauguration d’un Khatchkar est aussi un moment de mémoire. C’est l’instant privilégie où une pierre, symbole de notre Histoire, s’élève du sol comme de notre mémoire et surgit dans le Présent. Par sa présence muette et nue, il donne une existence palpable aux souvenirs du million et demie de morts qu’on a laissés derrière nous, sans funérailles, sans sépulture et sans justice.
En ramenant de nos parents et de nos ancêtres parmi nous, ce Khatchar nous rappelle aussi les raisons pour lesquelles ils ne sont plus là et le crime qui les a fait disparaître. Ils nous rappellent aussi l’Etat qui l’a commis, son refus de reconnaître son crime, et son ambition, malgré son déni, de faire partie des démocraties honorables de l’Europe.
Enfin, en s’élevant sur le sol de la France, entouré des plus hautes autorités politiques et civiles du département, ce Khatchkar nous rappelle que nous sommes Français et que notre citoyenneté nous fait une obligation de défendre les principes de la République et d’œuvrer l’Europe de demain.
Si donc un Khatchar est un moment de mémoire, il est aussi, et surtout, le moment où l’on doit se souvenir de ce que nous sommes et quelles sont les valeurs nous défendons.

Il y a quatre-vingt onze ans de cela, un peuple vivait en paix sur ses terres ancestrales. Mais parce que ce peuple avait une langue, une culture et une religion particulières, un Etat a décidé de l’éradiquer de la surface de la terre. Le 24 avril 1915, vingt-cinq ans avant la Shoah, le monde connaissait le premier génocide du XXème siècle. Un million et demi d’Arméniens prenaient les chemins d’une déportation sans précédent dans l’Histoire. Les ordres des organisateurs, les Jeunes-Turcs, étaient précis : ne devaient survivre, ni femme, ni enfant, ni vieillard. La nation arménienne toute entière devait disparaître. Dès 1922, il ne restait plus un seul être dans cette région que l’on puisse appeler Arménien. Leurs cendres s’étaient mêlées au sable des déserts. Dès 1923, dès le Traité de Lausanne, plus aucune nation dans le monde ne se souvint d’eux. Le premier génocide du XXème siècle était oublié. Le crime était presque parfait.
Presque, car de ce million et demi de morts, quelques uns ont survécu. Des enfants pour la plupart, des orphelins recueillis par les missions étrangères, qui ont traversé les continents et les mers pour trouver refuge aux quatre coins de la terre. Ce que le criminel ignorait, c’est que ces orphelins avaient marché dans les sables des déserts où gisait le corps de leurs parents. Cet Etat criminel ignorait aussi qu’aux pieds de ces enfants, s’étaient collés les cendres de leurs parents massacrés et un peu de leur terre d’Arménie, et que, partout où le hasard les avait dispersés, ils allaient mêler ces cendres et cette terre au sol de leur exil.

A leur arrivée ici, ces enfants ont mêlé ces cendres et ce peu de terre arménienne à la terre de France et y ont planté leurs racines. De ces racines, s’est élevé une nouvelle génération d’Arméniens, apatride et sans droit. Sur elle, une deuxième génération a poussé à son tour, celle de l’intégration. Sur celle-ci, en a poussé une troisième, celle de la citoyenneté. En ce début du XXIème siècle, une quatrième génération de citoyens français d’origine arménienne est en train de fleurir : une génération qui porte en elle le poids de son histoire, les valeurs de la France et son attachement à la terre d’Arménie

Et voici que, grâce à ce triple héritage, se réalise, soixante cinq ans après, ce que le général de Gaule avait prédit en juillet 1941 à Damas : « Je suis persuadé aujourd’hui, y disait-il, que de ce petit nombre de rescapés, demain une jeunesse vaillante fera resurgir une Arménie libre, en sécurité et indépendante. »
Aujourd’hui cette nouvelle génération ne fait plus de différence entre défendre la liberté de l’Arménie, défendre son Histoire et défendre la France. Car elle a encore en mémoire ce que leurs professeurs et leurs maîtres leur ont appris, surtout cette phrase de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 qu’ils ont récité dès leur plus jeune âge sur les bancs de l’école : « L'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'Homme sont les seules causes des malheurs publics. »
C’est la France qui nous a appris qu’un génocide est la plus haute forme de mépris pour l’Humanité. C’est elle encore qui nous a enseigné qu’oublier ce génocide, c’est le parfaire. C’est elle, encore, la France, qui nous a donné conscience que l’ignorance volontaire d’un crime contre l’humanité et sa
négation revenaient à l’achever. C’est enfin, la France, qui nous a appris qu’ignorer, oublier ou mépriser un Génocide, c’est accepter qu’il se commette une deuxième fois. En s’élevant contre l’ignorance, l’oubli ou le mépris de leur passé, les citoyens français d’origine arménienne ne s’élèvent pas seulement contre le mépris de leur droit, de leur souffrance et de leur histoire, mais ils s’élèvent aussi pour défendre une certaine idée de la République et de l’Europe. C’est ce qui faisait dire au président Mitterrand, en janvier 1984 à Vienne : « Il n’est pas possible d’effacer la trace du génocide qui vous a frappé. Il doit s’inscrire dans la mémoire des hommes et ce sacrifice doit servir d’enseignement aux jeunes. »

Notre combat pour les Droits de l’Homme n’est pas seulement le nôtre. Il est celui de toute la société civile, et des communautés culturelles ou religieuses qui ont subi les mêmes crimes que nous. Et je pense ici particulièrement aux Juifs, au destin étrangement parallèle au nôtre. A l’heure où se construit l’Europe, au moment même où elle veut s’élever sur les principes fondamentaux des Droits de l’Homme et du respect d’autrui, voilà que se dresse le spectre du négationnisme, ce négationnisme qui est la plus haute forme de mépris pour notre histoire commune, de notre droit et de notre mémoire. Ce mépris-là, nous ne pouvons pas l’accepter.
Le négationnisme est condamnable parce qu’en niant notre histoire et nos souffrances, il nie tout simplement ce que nous sommes. Aux yeux du négationniste, celui qui dit avoir souffert est un menteur, l’historien qui a décrit ces souffrances est un falsificateur, l’homme politique qui les a reconnues est coupable de forfaiture. Parce qu’il discrédite une communauté, parce qu’il diffame les historiens, et parce qu’il sape les fondements de l’autorité publique, le négationnisme est un instrument de dislocation sociale. Voilà pourquoi nous le combattrons.
Mais en le combattant, nous ne limitons pas la liberté d’expression. En apprenant la déclaration universelle des Droits de l’Homme, nous avons lu : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui… Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.». A l’heure où le fléau du négationnisme remet en cause les fondements de notre société, il est de notre devoir de citoyen français de demander qu’une loi les protège.

Le 18 mai dernier, une telle loi a été présentée à l’Assemblée Nationale. Sur le point d’être votée à une écrasante majorité, le Président de l’Assemblée Nationale a interrompu la séance pour les raisons que l’on sait. Mais en novembre prochain, cette loi sera à nouveau présentée au scrutin des élus et ce jour-là, il faudra nous souvenir que, selon la Constitution écrite par Michel Debré en 1958, «La souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants. » Ce jour-là, nous n’oublierons pas que le peuple, c’est nous et que, mesdames et messieurs les élus, nos représentants, c’est vous.

Je disais au début que l’inauguration de ce Khatchkar était un moment de mémoire, mais je disais aussi que, par sa présence même sur le sol de Toulon, il était la preuve vivante que nous sommes Français. Tout ce que je souhaite est que cette pierre, qui marque l’enracinement de notre Histoire dans le sol de France, puisse dire à chacun des Français qui passera devant elle : Souviens-toi du peuple arménien, défends les valeurs de la République et agis pour que vive la France ».

Je vous remercie.

Mise à jour : 2011

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