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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Tombeau du roi Léon V de Lusignan

Basilique de Saint-Denis - 1 place de la Légion d'honneur - 93200 Saint-Denis

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Vue d'ensemble (photo JPH, 13/04/2010) --- Cliquer pour agrandir
Vue d'ensemble (photo JPH, 13/04/2010)
Plan rapproché --- Cliquer pour agrandir
Plan rapproché
Tombeau de Léon V de Lusignan au XVIIème siècle (dessin, collection Gaignières, Bodleian Library d’Oxford) --- Cliquer pour agrandir
Tombeau de Léon V de Lusignan au XVIIème siècle (dessin, collection Gaignières, Bodleian Library d’Oxford)
Vue d'ensemble (photo JPH, 13/04/2010) --- Cliquer pour agrandir
Vue d'ensemble (photo JPH, 13/04/2010)
Le texte (photo JPH, 13/04/2010) --- Cliquer pour agrandir
Le texte (photo JPH, 13/04/2010)
Façade de la basilique-cathédrale (photo JPH, 13/04/2010) --- Cliquer pour agrandir
Façade de la basilique-cathédrale (photo JPH, 13/04/2010)


La sculpture funéraire de Léon V, dernier roi d’Arménie, qui régna de 1374 à 1375, se trouve dans la nécropole royale de la basilique. Origine : couvent des Célestins à Paris, arrivée à Saint-Denis en 1817.
[Entrée plein tarif pour la nécropole et la crypte : 7 euros en 2010].

Inscription sur la dalle de marbre noir du gisant du XIVe siècle :
"Cy gist tres noble et excellent prince Leon de Lizingnen quint roy latin du royaume d'Armenie qui rendit l'ame a Dieu a Paris le XXIXe jour de novembre l'an de grace M.CCC.IIIIXX.XIII.
Priez pour luy"
“Ci-gît très noble et excellent prince Léon de Lusignan V, roi latin du royaume d'Arménie, qui rendit l'âme à Dieu à Paris le 29e jour de novembre de l'an de grâce 1393.
Priez pour lui



Documents pour l’année de l’Arménie en France « Arménie mon amie » (2007)

Léon V de Lusignan
A la charnière entre l'Est et l'Ouest, l'Arménie eut une histoire mouvementée, souvent partagée entre des empires rivaux. Le dernier "royaume d'Arménie" sur ses terres historiques fut détruit en 1045 par Byzance. Il s'ensuivit une émigration vers des terres byzantines déjà peuplées d'Arméniens, en particulier en Cilicie, face à l'île de Chypre, où un royaume d'Arménie fut recréé en 1198. En 1291 il ne restait plus au Levant que deux Etats chrétiens, Chypre et ce royaume. Au début du XIVe siècle éclata une brouille arméno-chypriote : en 1306, Amaury de Tyr, frère du roi Henri II de Chypre, s'empara du pouvoir. Le souverain détrôné fut bientôt exilé en Cilicie auprès du roi d'Arménie Ochine, dont la sœur Zabel avait épousé Amaury. Le retour au trône de Chypre d'Henri II s'accompagna de fortes tensions provisoires entre les deux royaumes. Guy de Lusignan, fils de Zabel, devint roi d'Arménie en 1342 à la suite de la mort, sans héritier, de son cousin germain Léon IV, fils d'Ochine. Très mal accepté par les seigneurs arméniens, ce roi franc fut assassiné en 1344. Deux princes d'une branche héthoumide cadette régnèrent après lui. Quand le second mourut sans héritier, c'est Léon de Lusignan, neveu de Guy, qui fut appelé sur le trône et ceignit la couronne en 1374. Le règne de Léon V dura moins d'un an : en avril 1375, dans une atmosphère de suspicion et de trahisons, les Mamelouks s'emparèrent de la capitale, Sis, scellant la fin du dernier royaume d'Arménie.
Accompagné de sa famille, Léon V fut emmené au Caire, où il resta en liberté surveillée. Les demandes de libération émanant de souverains européens n'eurent aucun effet. En août 1377 il rencontra un franciscain, Jean Dardel, en route pour Jérusalem. Ils se lièrent d'amitié et Léon se l'attacha comme secrétaire, chapelain et chroniqueur. Dardel s'embarqua pour l'Europe afin de plaider la cause du roi en exil. Il finit par convaincre le roi Jean de Castille d'envoyer au sultan une rançon : Léon V fut libéré en octobre 1382. Il fut honoré en Castille par son libérateur, qui le fit " seigneur de Madrid, Andujar et Villareal ". Il tenta ensuite de persuader les cours ibériques, française et anglaise d'organiser une nouvelle croisade afin de récupérer à la fois son trône arménien et ses biens chypriotes. Il parvint à Paris en juin 1384 ; Charles VI lui octroya le château de Saint-Ouen et une confortable pension. Comprenant qu'il n'aurait aucune aide à attendre tant que durerait la guerre de Cent Ans, Léon V se rendit à Londres où il fut chaleureusement accueilli par Richard II comme son "très cher parent", mais la rencontre franco-anglaise qu'il organisa en 1386 entre Boulogne et Calais ne donna rien. Il consacra le reste de sa vie en France à gérer sa fortune. Il mourut le 29 novembre 1393, et fut enterré au couvent des Célestins.
Son titre passa à son cousin issu de germains Jacques Ier, qui inaugura la lignée des "rois de Jérusalem, de Chypre et d'Arménie" : deux titres fictifs sur trois. Son petit-fils Jean II mourut en 1458, laissant une fille légitime, Charlotte, qui fut détrônée en 1460 par son frère bâtard Jacques. En 1489 la reine Catherine Cornaro, veuve de Jacques, remit l'île à la république de Venise. Epouse du prince Louis de Savoie, Charlotte conserva son titre, qu'elle transmit à son neveu Charles. Les Savoie devinrent rois de Piémont, et en 1861 rois d'Italie. Ils renoncèrent alors aux titres fictifs ci-dessus.
Claude Mutafian

Le tombeau
Le tombeau de Léon V de Lusignan, qui semble avoir été commandé par le dernier roi d'Arménie lui-même, provient du couvent parisien des Célestins où le prince avait désiré être enterré. Le choix des Célestins comme dernière demeure s'explique bien, puisque Léon V résidait dans l'hôtel des Tournelles, proche de la demeure favorite des rois de France, Charles V et Charles VI, l'hôtel Saint-Pol dans le quartier actuel du Marais. Le couvent était d'ailleurs comblé de faveurs par ces deux monarques et par tous les grands seigneurs qui gravitaient autour de la cour royale.
À sa mort, le 29 novembre 1393, Léon V reçut des funérailles somptueuses auxquelles correspond la qualité du tombeau. Apparemment ce dernier était placé dans le chœur de l'église, à droite de l'autel majeur. Mais cet emplacement et le tombeau lui-même furent bouleversés à cause de remaniements ayant eu lieu vers 1600. Ces modifications furent à leur tour victimes de la destruction totale du couvent et d'une grande partie de son décor pendant la Révolution et au cours du XIXe siècle, mais le gisant de marbre blanc et sa dalle de marbre noir furent sauvés par Alexandre Lenoir, qui les abrita dans son Musée des monuments français, puis dans la basilique de Saint-Denis. En effet, à partir de 1815, à la Restauration, la basilique retrouva ses propres tombeaux et en abrita d'autres qui provenaient d'églises parisiennes disparues.
L'œuvre est remarquable à plus d'un titre et elle est d'une qualité équivalente aux tombeaux des rois de France de la même époque (la fin du XIVe siècle). L'inscription gravée sur la dalle, ainsi que les accessoires portés par le souverain, c'est-à-dire la couronne fleuronnée et le sceptre tenu de la main droite, aujourd'hui brisé, soulignent la dignité du défunt. Quant aux deux lions sur lesquels reposent ses pieds, il s'agit d'un motif courant, symbole de puissance, probablement sans lien avec les armoiries du prince.
En revanche, de la main gauche, Léon V ne tient pas un autre attribut du pouvoir royal, un globe par exemple ou la main de justice, comme le montraient de manière systématique les effigies des rois de France depuis quelque temps. Il tient une paire de gants, un attribut aujourd'hui rare mais que l'on rencontrait dans de nombreuses dalles gravées de grands seigneurs, notamment au XIIIe siècle. Dans ces dernières, les gants sont souvent accompagnés d'autres symboles de la chasse et ils invitent donc à voir dans le défunt un modèle d'accomplissement courtois et sportif. Mais les gants apparaissent également sur les tombeaux d'un frère et d'un fils de saint Louis et, dans le cas du premier, le personnage porte aussi un sceptre comme Léon V. La présence des gants sur le gisant du roi d'Arménie constitue donc probablement, comme pour ces parents des rois de France qui n'ont pas régné, le moyen d'exprimer à la fois sa très haute dignité et une situation un peu inférieure à celle du roi. C'est d'autant plus probable que Léon V ou son sculpteur ne peuvent guère avoir choisi ce type de représentation sans en avoir discuté préalablement avec le roi de France ou ses conseillers.
La qualité d'exécution du gisant, certainement réalisé avant la mort de Léon de Lusignan, correspond bien à l'aisance matérielle du prince déchu. L'artiste, resté anonyme mais d'un grand talent, a su conférer à l'effigie à la fois une grande noblesse, par l'arrangement solennel et un peu austère du drapé, et une intensité impressionnante, par les traits amaigris et vieillis du visage, dont on croirait qu'ils expriment l'amertume de l'exil et de l'échec final. Cependant, on doit souligner que l'on retrouve des caractères voisins sur des gisants contemporains attribués au même artiste anonyme. En tout cas, l'artiste a bien exécuté ainsi une sorte de "portrait" qui traduit à la fois la dignité intemporelle d'un souverain et l'expérience plus complexe d'un individu.
Pierre-Yves Le Pogam

Mise à jour : 2011

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