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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Hameau Les Arméniens

63330 Bussieres-Pres-Pionsat

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Vue du hameau
Vue du hameau


"LES ARMENIENS" UN VILLAGE D'AUVERGNE
Le hameau "Les Arméniens" et, à proximité, son moulin sur le cours du ruisseau de Chazelles, sont sortis de l'anonymat au lendemain du tremblement de terre en Arménie, le 7 décembre 1988, lorsque le grand quotidien local "La Montagne" rappela à l'opinion leur existence et... tout le mystère entourant leur passé.

Vue du hameau Sur la départementale 103, qui coupe la D 528 reliant Espinasse à Bussières-près-Pionsat, l'indication du Moulin des Arméniens ne peut échapper à la vue de l'automobiliste. En empruntant sur la droite une autre route - qui semble sans issue - on découvre le hameau des Arméniens, un kilomètre plus loin, qui domine un paysage typiquement auvergnat, où il fait bon y vivre. Situé a plus de 600 m d'altitude, ce bourg n abrite en fait que trois familles, présentes depuis plusieurs générations et, par ailleurs, particulièrement accueillantes. Que ce soit la famille Dubosclard. dans la première ferme en arrivant dans le hameau, Camus, la seconde qui s est développée par une activité annexe (une scierie) ou encore Pascanet, aujourd'hui retraitée, aucune n'a en mémoire la présence d'Arméniens ici-même, malgré leur installation depuis au moins deux siècles. Personne se dénommant Desarméniens, nom pourtant très répandu dans le département, n'y a habité depuis le XIXe siècle. De l'histoire des Arméniens d'Auvergne, il ne subsiste que le nom d'un hameau, dont la création remonte à plusieurs siècles. Pourtant, les documents font défaut. Ils auraient disparu, dispersés ou détruits lors de la révolution de 1789. Seuls quelques témoignages semblent apporter certaines indications. Mais tout ceci demeure flou et mystérieux.

Bussières au départ Desarméniens
Rattaché administrativement à la commune de Bussières-près-Pionsat, le hameau "Les Arméniens" a été sans aucun doute à l'origine de tous ceux qui portent aujourd'hui le nom de Desarméniens que l'on retrouve encore beaucoup dans le Puy-de-Dôme, dans les départements voisins et parfois dans le sud-ouest de la France. Mme Madeleine Gayon, ancienne institutrice à Saint-Marcel-en-Marcillat et historienne par la force des choses (elle étudie avec une patience exceptionnelle son arbre généalogique grâce auquel elle a relevé plusieurs Desarméniens aux XVII-XVIIIe siècles, dont l'un, Pierre Desarméniens fut curé de Fontanières, dans la Creuse, selon un acte daté du 10 septembre 1724) essaie d'expliquer la venue des premiers Arméniens 6 ou 7 siècles plus tôt. (1) II semblerait que le seigneur du Château de Rochedragon - Roche d'Agoux, en langue d'oc - non loin de Bussières, ait emmené avec lui, de retour de Croisade à la fin du XIIIe siècle, un groupe d'Arméniens afin de pouvoir utiliser leur savoir-faire dans le domaine de la filature et du tissage en particulier. Il les aurait installés dans un hameau abandonné depuis plusieurs années, pour cause d'épidémie. Aux nouveaux arrivants alors de défricher ces anciennes habitations et à faire fonctionner un moulin, plus bas. afin de subvenir à leurs besoins. (2) Selon l'arménologue FrédéricMacler, « c’étaient, peut-être, des négociants arméniens qui fondèrent un village. Ce que l'on sait, c'est que Marie de Lestrange, femme de Louis de Chazeron, vendit le château de Peyrudette, dans la Creuse, le 7 février 1786 à M. Bittard des Arméniens des Portes. Le fief des Arméniens, dont la famille Bittard avait pris le nom, était situé sur la commune de Bussières". (3) D'ailleurs, ne voit-on pas dans l'ancien cimetière de celle-ci la tombe de Bittard à côté de celle d'un Desarménien ? Significatif ! Haïg Berbérian va plus loin en reprenant à travers les colonnes de son journal "Abaka" (1949) l'interrogation d'un anthropologue sur l'origine du type oriental en Auvergne, en tenant compte que des Arméniens étaient venus s'échouer à une époque inconnue dans ce petit coin. Tout ceci ne semble pas très sérieux. Il est vrai, par contre, que des lecteurs portant le nom de Desarméniens ou autre de "La Montagne" se sont adressés à Mme Gayon afin de les éclairer sur leur éventuelle origine arménienne. Rude tâche pour cette passionnée de la région des Com-brailles, qui continue à découvrir des informations originales et intéressantes.
Les hypothèses sur leur présence dans cette région des Combrailles sont nombreuses et parfois contradictoires. M. Roger Chapeyron, maire de Bussières-près-Pionsat, très attaché à ce hameau dont l'histoire a retenu une ancienne présence d'Arméniens, donne une version proche de celle de Mme Gayon et manifeste l'espoir que son homologue voisin de Roche d'Agoux puisse la compléter. M. Mercier, maire de cette commune, n'en sait pas plus. L'énigme reste entière puisque les habitants du hameau en question ignorent tout de son histoire. Très coopératifs, ils me montrent tous les anciens objets qu'ils conservent jalousement. Aucun signe arménien, pas le moindre caractère de l'alphabet arménien..

Appel aux étudiants en histoire
Propriétaires du Moulin des Arméniens, M. et Mme Roger Chaput en ont cessé l'activité il y a près d'un demi-siècle. Installés ici depuis plusieurs générations, cette famille a construit, au début des années 1900, une ferme comme on en trouve dans toute la région, ayant connu ses heures de gloire. L'histoire du Moulin, bien qu'attachée à celle du hameau, garde quelques secrets, mais la présence d'Arméniens jadis est pratiquement incontestable. Au temps de sa splendeur, de mémoire d'homme, le hameau des Arméniens a réuni cinq familles dynamiques (au début du siècle) avec une trentaine d’enfants, qui faisaient espérer la pérennité du village. La crise des agriculteurs en France touche également "Les Arméniens" qui s'inquiètent de leur devenir et des 80 hectares qu'ils exploitent aujourd'hui. Des idées émergent pour tenter de donner une nouvelle vigueur au village, car le ton n'est pas à l'optimisme, à l'euphorie. L'histoire du hameau des Arméniens fait partie intégrante du patrimoine de l'Auvergne. Afin qu'elle soit reconnue comme telle et reste dans la mémoire des hommes, seul un travail d'historien peut rendre crédible le passé véritable de ce bourg passionnant, particulièrement curieux et attachant.

Edouard Mardirossian,
France-Arménie, numéro 116, octobre 1992

(1) domiciliée à La Petite Marche, à quelques kilomètres de Marcillat-en-Combraille (Allier)
(2) Les archives concernant les seigneurs de Roche d'Agoux se trouvent à la Bibliothèque de Clermont-Ferrand
(3) "Les Etrangers en France" (1919) de F. Macler, citation reprise par le journal "La Montagne" du 21 janvier 1989

Mise à jour : 2011

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