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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Diaspora en France - Les Associations

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1 - Quelle structuration
2 - Les associations arméniennes en France
3 - Les associations dans la mouvance du parti dachnak
4 - Les associations dans la mouvance du parti hintchak
5 - Le parti Ramgavar relayé par l'UGAB
6 - Les associations en marge des partis politiques traditionnels
7 - La diaspora à la croisée des chemins

Notes
Bibliographie

Référence : Comité de liaison pour la solidarité avec l'Europe de l'Est (1)

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La communauté arménienne : quelle structuration pour l'avenir ?
La population arménienne mondiale est évaluée à 6,5 millions de personnes parmi lesquelles 5 millions vivent en ex-URSS - dont 3,5 millions en République d'Arménie et 1,5 millions en diaspora, essentiellement aux Etats-Unis et en France, mais aussi au Proche et Moyen-Orient. La France compte actuellement quelques 350 000 Arméniens, soit la plus importante communauté arménienne d'Europe. Elle est le second foyer de la diaspora, le premier étant les Etats-Unis où résident environ 800 000 Arméniens. Plus de la moitié des Arméniens de France vit à Paris et en banlieue parisienne, où se sont constituées à partir des années 1930 des "enclaves arméniennes" dans les communes d'Alfortville, Maisons-Alfort ou Issy-les-Moulineaux pour ne citer que les principales. Le reste de la population arménienne vit dans les Bouches du Rhône - autour de Marseille - et dans les grandes villes du sillon rhodanien : Lyon, mais aussi Valence, Romans, Villeurbanne. Avant 1914, la France comptait seulement 4000 Arméniens environ. Le génocide perpétré en 1915 contre les populations arméniennes de l'Empire ottoman est "l'acte de naissance" de la diaspora arménienne. L'exode massif des Arméniens suivra ensuite le cours des règlements d'après guerre : soviétisation de la République d'Arménie dont le territoire est réduit à 1/7 de sa superficie dans l'Empire ottoman (1920-1921), retrait de la France de Cilicie (1921), non ratification du Traité de Sèvres revu par le Traité de Lausanne (1923).

Entre 1925 et 1938, 63 000 Arméniens trouveront refuge en France. Le choix de la France s'explique par les liens historiques qui s'étaient tissés entre elle et ces populations chrétiennes d'Orient. Après la Seconde guerre mondiale, Staline décide d'autoriser le rapatriement en masse des arméniens, alors susceptibles d'appuyer ses revendications territoriales à l'égard de la Turquie. 100 000 Arméniens de toute la diaspora prennent alors le chemin du retour : c'est le NERKAGHT. Dans ce contexte, 7 000 Arméniens quitteront la France en 1946-1947. Ce retour au pays sera pour la plupart d'entre eux un choc traumatisant et beaucoup rentreront en France après la déstalinisation sous la pression des autorités françaises auprès des Soviétiques. Le Nerkaght aura pour conséquence de raviver dès la fin des années 1940 le clivage au sein de la communauté entre les pro-soviétiques - partis hintchak et Ramgavar aux motivations fort différentes au demeurant - et les partisans du parti dachnak, hostiles aux autorités soviétiques Erevan.

Avec le retour des "soviétiques" à la fin des années 1960, se dessine une communauté arménienne distincte de la communauté de souche issue de l'ancien Empire ottoman. En 50 ans, d'autres communautés sont venues se greffer sur elle : Arméniens de Palestine et d'Europe de l'Est dès la fin des années 1940, puis à partir de 1975, la France accueille de nouveaux flux de réfugiés - départs individuels et regroupements familiaux - au fil des soubresauts du Moyen-Orient : guerre du Liban, révolution iranienne, coup d'état militaire en Turquie.

Le tremblement de terre qui ravage l'Arménie soviétique en 1988 provoque un nouvel exode. La désorganisation de l'Arménie post-soviétique créera dans les années suivantes une émigration économique - en partie à destination de la France - qui se poursuit actuellement.

En 80 ans, la communauté arménienne de France a donc du absorber des Arméniens d'horizons extrêmement différents qui font d'elle une collectivité hétérogène. Comme le dit Anahide Ter Minassian (2), "des différences considérables séparent les Français d'origine arménienne (...), fondus dans les classes moyennes françaises, de l'opulente bourgeoisie arménienne originaire du Liban, d'Iran, d'Istanbul, à la fois arménophone [et] cosmopolite (...), des Arméniens d'Anatolie ouvriers, turcophones ou kurdophones, chrétiens traditionalistes coupés de leur passé, refoulés dans les HLM d'Arnouville, Alfortville ou Issy-les-Moulineaux, des anciens Arméniens issus (...) de Beyrouth, Damas ou Alger, arménophones ayant une forte conscience historique et souvent militants de la "cause arménienne".

Communauté multiforme, la communauté arménienne de France cherche aussi le nouveau souffle qui lui permettra d'échapper à terme à l'acculturation totale de la plupart de ses membres. Comment durer, comment préserver l'arménité face à la menace de l'assimilation pure et simple, longtemps désignée de façon éloquente par les Arméniens comme le "massacre blanc"?
En effet, sur les 350 000 Arméniens vivant en France, on sait que î15 à 20 000 personnes seulement entretiennent un lien, serait-il ténu, dans leur vie de tous les jours, avec leurs origines arméniennes et l'Arménie (...) 5 à 10 000 Arméniens sont en relation via les journaux arméniens avec l'actualité de l'Arménie, du Karabagh (3) et de la Diaspora. Quelques dizaines seulement parlent, lisent et écrivent l'arménien aussi couramment que les Français (...) Très peu de familles envoient leurs enfants dans les écoles arméniennes qui comptent à peine 2 000 élèves au total, écoles hebdomadaires et quotidiennes comprises (4).

La plupart des représentants d'associations témoignent d'une même inquiétude. Comment redonner à la communauté une structuration vivante qui réponde aux attentes de ses membres et soit adaptée aux enjeux d'aujourd'hui : faire reconnaître le génocide arménien par le parlement français, alors que les esprits sont plus mûrs après 30 ans de démarches et de mobilisations (5), redéfinir la vocation de la Diaspora après l'indépendance de la République d'Arménie, transmettre l'héritage communautaire alors que se pose le problème de la relève à terme ?
L'étude de la vie des associations arméniennes doit être placée dans cette problématique d'ensemble.

2 - Les associations arméniennes en France
Dès les années 1920, la diaspora arménienne a reconstitué dans les pays d'accueil les institutions - églises, partis politiques, associations - qui étaient les siennes dans l'Empire ottoman. Ces institutions ont permis une vie identitaire et ont joué un rôle essentiel en structurant la communauté pendant des décennies, mais elles sont aujourd'hui pour la plupart en déclin. L'Eglise a été pour les arméniens de la diaspora un trait d'union par delà les divisions et clivages politiques. En France, ces partis politiques se sont reconstitués dès 1923.

  • Le parti HINTCHAK est à la fois marxiste et populiste. Il reconnaît bien entendu la République soviétique d'Arménie et sera son principal interlocuteur jusqu'à la désoviétisation. Son influence est très réduite dans la diaspora de France.
  • La FEDERATION REVOLUTIONNAIRE ARMENIENNE ou parti DACHNAK a été à l'avant garde du mouvement révolutionnaire arménien avant 1914. C'est d'elle que sortirent les dirigeants de la République indépendante d'Arménie entre 1918 et 1920. Après la soviétisation de l'Arménie, elle se reforme en diaspora. Quoiqu'en net recul, elle reste encore aujourd'hui la première organisation politique panarménienne.
  • Le parti RAMGAVAR enfin, est celui de la bourgeoisie libérale de la diaspora. Parti de cadres, il a pu élargir son audience grâce à l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance et aux sympathies des "neutres" groupés autour de l'Eglise apostolique.
Dès les années 1930, ces partis reconstituent également dans leur mouvance de multiples associations héritées de l'Empire ottoman. Elles sont pour les responsables politiques, comme le rapporte Martine Hovanessian, "les relais indispensables pour la conservation de l'arménité" (6), alors que la diaspora se considère comme le dépositaire de l'héritage culturel arménien après le génocide de 1915.
Principal parti de la diaspora, le parti dachnak est particulièrement significatif de cette stratégie d'encadrement du champ social par les organisations politiques.

3 - Les associations dans la mouvance du parti dachnak
Le siège du parti dachnak, rue Bleue à Paris, regroupe autour de la maison de la culture arménienne différentes associations dont les plus importantes sont LA CROIX BLEUE DES ARMENIENS DE FRANCE, le NOR SEROUND, mouvement de jeunes dachnaks doté d'un organe de presse l'HAIASTAN ("Arménie"), HOMENETMEN, organisation des scouts arméniens et l'association HAMASTAINE.

  • La CROIX BLEUE DES ARMENIENS DE FRANCE (C.B.A.F) est une émanation directe du parti dachnak. Avec un millier de membres - des femmes à 99% - l'association est encore aujourd'hui l'une des plus importantes de France. La C.B.A.F compte depuis 1930 18 sections sur tout le territoire français dont 8 à Paris et en région parisienne. L'association dispense des cours de langue et anime des ateliers créatifs (danse, théâtre, chorale), ainsi que des séminaires de formation et de réflexion. Elle procure également une aide matérielle aux personnes âgées et organise des colonies de vacances.
  • Le NOR SEROUND est la branche jeune du parti dachnak. Dès la fin des années 1940, des sections locales du Nor seround naissent en région parisienne à Issy-les-Moulineaux, Bagneux, Arnouville, Sevran. Alfortville reste encore aujourd'hui un fief dachnak. L'association anime des débats hebdomadaires autour du programme de la F.R.A : Arménie libre, indépendante et réunifiée. Le local de la section mère d'Issy-les-Moulineaux devient en 1973 une maison de la culture rue de La Défense.
  • L'association des scouts arméniens HOMENETMEN ne réunit plus seulement des scouts. Ses activités sportives lui ont permis d'attirer un public de jeunes plus diversifié que par le passé. L'association a un réseau de 57 sections en Europe et aux Etats-Unis, géré par un Comité mondial des scouts Homenetmen.

Les maisons de la culture arménienne ont également été créées à l'origine sous l'impulsion du parti dachnak. Aujourd'hui quelques unes échappent à son contrôle. Il existe une dizaine de maisons de la culture arménienne en France dont 3 se trouvent en région parisienne : à Issy-les-Moulineaux, Paris et Alfortville. Celle d'Alfortville est particulièrement dynamique. Créée en 1977, elle ne compte alors que 7 élèves. Ils sont aujourd'hui 200 à participer aux 20 activités permanentes proposées par l'équipe d'animation : cours d'arménien, activités artistiques intégrant des éléments de la culture arménienne. La maison de la culture tire sans doute son dynamisme de la volonté de son équipe de transmettre une culture arménienne vivante et moderne - avec des cours de danse contemporaine arménienne par exemple - et de la diffuser à l'extérieur par des animations dans les écoles notamment. Elle bénéficie également d'un soutien très important de la commune d'Alfortville dont les Arméniens représentent 1/6 de la population. Cependant le problème de la relève ne manquera pas de se poser à terme pour la maison de la culture d'Alfortville comme pour les autres : qui assurera les cours de langue dans 20 ou 30 ans ? Les jeunes seront-ils là pour reprendre le flambeau?

La bipolarisation de la vie politique arménienne autour du clivage entre les pro-soviétiques - du parti hintchak - et les anti-soviétiques regroupés autour du parti dachnak a entraîné un dédoublement de certaines activités des associations dans le sillage de chacun de ces deux partis.

4 - Les associations dans la mouvance du parti hintchak
Le parti hintchak dont l'audience est réduite en France a créé des organisations similaires à celles émanant du parti dachnak : la CROIX ROUGE, jumelle de la Croix Bleue, le MOUVEMENT DE LA JEUNESSE ARMENIENNE DE FRANCE (J.A.F) et l'ORGANISATION DES SCOUTS JAFISTES (U.J.A). - Le MOUVEMENT DE LA JEUNESSE ARMENIENNE DE FRANCE (J.A.F) est créée à la Libération. Refonte de diverses associations dont l'Union des Jeunes patriotes arméniens, elle devient en 1948 une association loi 1901 qui essaime dans plusieurs villes : Décines, Lyon, Valence, Paris, Alfortville, Sevran. Née dans le contexte spécifique de la France d'Après-guerre, la J.A.F n'aura par la suite aucune ramification diasporique. Elle comprend deux branches : l'UNION CULTURELLE FRAN¥AISE DES ARMENIENS de FRANCE - branche des aînés - et la J.A.F, organisation des jeunes. Fondée dans le contexte du Nerkaght, la J.A.F se définira comme la seule représentante officielle de la mère patrie - l'Arménie soviétique - en France. Ses activités sont centrées sur les échanges culturels avec l'Arménie. L'U.C.F.A.F et la J.A.F fondent toutes deux leurs statuts sur le maintien de l'arménité.

Jusqu'aux années 1960, ces deux organisations ont animé la vie culturelle de la communauté en organisant des bals, fêtes et soirées théâtrales ou cinématographiques, auxquels participaient des Arméniens n'appartenant pas forcément au parti hintchak. L'association a également créé un centre culturel rue Lasserre. La J.A.F et l'U.C.F.A.F connaissent actuellement une profonde crise de recrutement.

5 - Le parti Ramgavar relayé par l'UGAB
Parti de cadres d'audience limitée, le Ramgavar a trouvé dans l'UNION GENERALE ARMENIENNE DE BIENFAISANCE un relais puissant dans la diaspora arménienne. L'U.G.A.B a été fondée au Caire en 1906 par Boghos Nubar Pacha. La création d'un réseau en France commencera dès 1910 avec l'implantation de la première section U.G.A.B à Marseille. La naissance, l'année suivante d'une nouvelle section à Paris marquera le début d'une implantation dans les enclaves arméniennes de la banlieue parisienne. L'U.G.A.B est la plus importante organisation associative de la diaspora arménienne. Elle regroupe 22 000 membres sur tous les continents. Grâce aux fonds drainés par la bourgeoisie arménienne de toute la diaspora et aux donations de riches Arméniens, elle dispose de moyens financiers considérables : son capital était de 700 millions de francs en 1990.

Ces fonds lui permettent de gérer des écoles et établissements scolaires ainsi que des centres culturels. Elle développe un important programme d'aide sociale en collaboration avec les églises, organise des compétitions sportives et deux camps de vacances, l'un en Syrie, l'autre aux Etats-Unis. Elle a toujours maintenu des liens avec l'Arménie dans la ligne du parti Ramgavar (7) et depuis 1989, elle met en place un vaste programme d'aide à la reconstruction du pays. En France, l'U.G.A.B compte cinq sections principales à Marseille, Lyon, Vienne, Valence et Paris. En région parisienne, elle gère notamment la bibliothèque d'arménologie Nubar qui constitue avec ses 30 000 volumes l'un des fonds les plus importants du monde sur l'histoire contemporaine des Arméniens. L'école Tebrotzassère du Raincy, qui connaît actuellement de graves problèmes de recrutement, la Maison des étudiants arméniens du boulevard Jourdan à Paris et le Centre culturel A. Manoukian sont également des créations de l'U.G.A.B. Qu'elles se situent dans la mouvance du parti hintchak, dachnak ou Ramgavar, toutes ces associations participent au projet d'encadrement de la vie sociale par les organisations politiques, dès le début de la vie en diaspora. Si elles ont pu mobiliser autour d'elles une part importante des membres des première et seconde générations, il semble qu'elles n'aient pas su prendre en compte l'évolution des mentalités liée à la vie en diaspora.

"Depuis le début de l'immigration en France jusqu'à 1965, note Martine Hovanessian (8), la participation des Arméniens au cadre associatif est une participation spontanée et de fait, c'est à dire qu'elle repose sur l'identification d'un groupe, d'une culture et d'une tradition. [Mais (9)] (...) pour recruter "leurs" jeunes, les dirigeants développent une argumentation de la responsabilité où conserver son arménité devient un véritable devoir (10)"
Avec cette notion de "devoir", nous cernons peut-être les contradictions essentielles de l'édifice. S'il faut préserver l'arménité, ses cadres d'expression associatifs sont-ils suffisamment souples et adaptés pour répondre aux attentes nouvelles de la communauté diasporique ?
A force de nier l'acculturation, il semble que les associations se soient figées dans la perpétuation d'une culture héritée du passé, "réduite", pour citer encore Martine Hovanessian, "à un ensemble de signes de reconnaissance" (11), alors que le contexte de la diaspora imposait peu à peu la reconstruction d'une culture vivante mêlant tradition et références acquises dans le pays d'accueil. Cet immobilisme des associations anciennes explique leurs difficultés actuelles à recruter les jeunes de la troisième génération en France. Pour les jeunes militants, les enjeux d'aujourd'hui sont liés à la nécessaire revitalisation de la vie communautaire qui naîtra d'une réflexion sur la culture diasporique.

6 - Les associations en marge des partis politiques traditionnels
Si les partis ont joué un rôle essentiel dans la structuration du réseau associatif, cette présentation des associations serait bien incomplète si elle ne s'attardait pas un peu sur les associations qui sont nées en marge des organisations politiques ou surtout, pour certaines, en réaction à leur conception de l'arménité. Il existe environ 300 associations arméniennes en France. Une quarantaine sont concentrées dans la région parisienne. Ce réseau couvre tous les champs d'activités associatifs : association humanitaires, clubs sportifs, groupes de danse, associations culturelles ... La communauté compte également des groupements professionnels dont les plus importants sont l'UNION DES MEDECINS ARMENIENS DE FRANCE et le GROUPEMENT INTERPROFESSIONNEL ARMENIEN.
Entre 1975 et 1985, la période du terrorisme arménien, si elle n'a débouché sur aucune avancée politique dans les relations avec la Turquie, a du moins permis une réactivation de la vie communautaire. Durant cette décennie, de multiples associations sont nées, aussi différentes que le MOUVEMENT NATIONAL ARMENIEN (M.N.A) (12), SOLIDARITE FRANCO-ARMENIENNE dont l'objectif est de nouer des liens au niveau politique pour faire reconnaître la question arménienne ou encore l'association TERRE ET CULTURE dont les orientations appellent quelques remarques.

Terre et Culture a été créée en 1977 par un groupe de jeunes militants pour la cause arménienne. Elle compte aujourd'hui 250 membres en France, auxquels il faut ajouter ceux de ses ramifications en Suisse, Belgique, Grande-Bretagne, Argentine Arménie et Etats-Unis - les organisations françaises et américaines étant les plus importantes. Depuis 1991, ces associations sont fédérées dans l'UNION INTERNATIONALE DES ORGANISATIONS TERRE ET CULTURE (U.I.O.T.C).
L'U.I.O.T.C est née en marge des partis et son audience aujourd'hui est sans doute liée à ce caractère apolitique. Ses objectifs sont significatifs d'une volonté de recréer un lien direct et concret avec l'Arménie en opposition aux partis enfermés dans l'imaginaire et le "mythe du retour". Il s'agit de rattacher les Arméniens de la diaspora à leur terre d'origine en organisant des campagnes de réhabilitation de l'habitat traditionnel et de restauration du patrimoine architectural dans l'Arménie historique.

Le tremblement de terre du 7 décembre 1988 en Arménie a amorcé à partir de 1989 un nouveau tournant pour le milieu associatif. Toute la diaspora s'est mobilisée pour aider les populations sinistrées (530 000 sans-abri). En France , une douzaine d'associations a organisé les secours, les trois principales étant la CROIX BLEUE DES ARMENIENS DE FRANCE, SOS ARMENIE qui regroupe de nouvelles associations et AZNAVOUR POUR L'ARMENIE qui a bénéficié de la popularité du chanteur d'origine arménienne. Depuis cinq ans, l'aide à l'Arménie a drainé des sommes considérables, ce qui a réduit les fonds affectés à l'organisation de la diaspora. Cette aide est jugée ici et là décevante et il semble qu'on assiste actuellement à une certaine lassitude dans la diaspora. On note en tout cas une réorientation des énergies vers l'intervention auprès des pouvoirs publics et des organisations internationales pour canaliser des fonds vers l'Arménie sinistrée.

7 - La diaspora à la croisée des chemins
La vie des associations arméniennes aujourd'hui reflète toutes les interrogations et clivages que connaît la communauté arménienne de France à un tournant de son histoire. Après l'émergence du mouvement KARABAGH (13) en 1988 après le tremblement de terre, l'histoire s'accélère. L'indépendance de l'Arménie est proclamée le 23 septembre 1991. La communauté est actuellement divisée sur les modalités de cette indépendance et notamment sur la politique de rapprochement avec la Turquie menée par le nouveau gouvernement. Elle doit aussi définir sa stratégie face à l'asphyxie et la crise économique que connaît l'Arménie et face aux menaces supposées ou réelles qui pèsent sur l'Arménie (panturquisme et panslavisme). Après la fin du "mythe du retour" et dans la situation d'urgence actuelle, c'est à la fois l'identité, la vocation et les espérances de la diaspora qui sont aujourd'hui en question.

Dans ce contexte, la création à Paris en 1991 du FORUM DES ASSOCIATIONS ARMENIENNES témoigne d'une volonté de surmonter les divisions. Ce Forum est né de la nécessité de revitaliser la communauté, alors que les vieilles institutions - églises, partis et associations dans leur mouvance - ont révélé leur incapacité à répondre aux aspirations et besoins exprimés. Il s'agit de resserrer les rangs et de rationaliser les actions, alors que la diaspora est à la croisée des chemins. Créé à l'initiative de jeunes associations nées après le séisme, le Forum regroupe aujourd'hui une soixantaine d'associations. De façon significative, les grandes associations de la diaspora affiliées aux partis - U.G.A.B, Croix Bleue ... - sont restées en marge de cette structure en rupture avec leur organisation traditionnelle.
L'action du Forum est triple :

  • l'objectif premier est de créer enfin l'organe représentatif dont la communauté arménienne de France n'a jamais su se doter jusqu'à présent. Le Forum s'inscrit dans ce sens dans la continuité d'un mouvement amorcé en 1972 avec la création de la NATIONAL ASSEMBLY des Arméniens aux Etats-Unis. Il s'agit pour cette nouvelle organisation de devenir un interlocuteur des pouvoirs publics français et des instances européennes et internationales pour faire avancer la "cause arménienne" (reconnaissance du génocide, pression pour l'instauration d'un dialogue avec la Turquie ...).
  • Le Forum veut également engager un processus de restructuration de la diaspora de France pour lui permettre de "durer". Pour préciser cette orientation, nous reprendrons les déclarations faites par M. Kevonian, président du Forum, à un journal arménien (14) : "les questions éducatives, culturelles intéressant la vie communautaire seront l'objet d'une réflexion à laquelle nous inviterons les acteurs qui les ont prises en charge à venir s'associer. A la lumière de leur expérience, nous espérons amorcer ainsi l'harmonisation de leurs efforts et de ceux que nous aurions à proposer, en vérifiant la pertinence de chaque action et en visant la rationalisation de l'ensemble".
  • Le dernier objectif du Forum est de favoriser une politique coordonnée d'échange et de coopération avec l'Arménie. L'action du Forum en ce sens a permis notamment la mise en place d'un programme de chauffage de 50 écoles Erevan et de Gumri.
Le Forum a fait le pari de l'unité. Saura-t-il relever le défi en ralliant à sa cause les grandes associations affiliées aux partis ? Sa victoire dans le procès Lewis (15) n'a pu que renforcer son crédit auprès des Arméniens. Mais il lui reste encore bien des défiances à désarmer, bien des rivalités à apaiser pour rassembler autour de lui les associations arméniennes de France.

Notes

  • (1) Il peut paraître discutable de considérer les Arméniens de France comme "une communauté originaire d'Europe de l'Est". La majeure partie d'entre eux est en effet issue de l'ex-Empire ottoman; seule une minorité est originaire de l'ex-Arménie soviétique. Les Arméniens "soviétiques" n'ont pas de réseau associatif propre. Nous présentons donc ici toutes les associations arméniennes, étant entendu que la République d'Arménie tient une place très importante dans l'imaginaire et l'action des Arméniens de toutes origines qui restent attachés à leur identité arménienne
  • (2) "Les Arméniens de Paris depuis 1945" in "Le Paris des étrangers, p. 205 à 239, cf. bibliographie
  • (3) Enclave arménienne en Azerbaïdjan
  • (4) La Lettre de l'U.G.A.B, 15 juillet 1995, p. 2
  • (5) Il faut signaler à cet égard le rôle essentiel qu'a joué le Comité de Défense de la cause Arménienne (C.D.C.A) depuis sa création en 1965, pour la reconnaissance du génocide notamment
  • (6) Le lien communautaire, trois générations d'Arméniens, cf. bibliographie
  • (7) qui considère l'Arménie soviétique comme un rempart contre les Turcs
  • (8) Le lien communautaire, trois générations d'Arméniens, op. cité
  • (9) Opposition soulignée par nous
  • (10) Souligné par nous
  • (11) Le lien communautaire, trois générations d'Arméniens, op. cité
  • (12) Affiliée à l'A.S.A.L.A (Armée Secrète Arménienne de Libération de l'Arménie)
  • (13) C'est à dire le mouvement national pour le rattachement de l'enclave arménienne du Haut Karabagh en Azerbaïdjan à la République d'Arménie
  • (14) La Lettre de l'U.G.A.B, op. cité
  • (15) Bernard Lewis, célèbre orientaliste, a été condamné en juillet 1995 dans le procès intenté contre lui pour négationisme par le Forum des Associations Arméniennes

Bibliographie

  • HOVANESSIAN Martine, "Le lien communautaire, trois générations d'Arméniens", p. 122 à 134 et 243 à 250, Armand Colin, Paris, 1992
  • TER MINASSIAN Anahide, "Les Arméniens de Paris depuis 1945" in "Le Paris des étrangers", p. 205 à 239, publications de la Sorbonne, Paris, 1994
  • La Lettre de l'U.G.A.B, 15 juillet 1995, p. 2

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