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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Diasporas - Bulgarie

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La communauté arménienne

Ce texte d'Annie Pilibossian, pour l'ACAM, a été publié en Janvier 2001 dans le Bulletin de l'ACAM numéro 47, Janvier-Mars 2001.

Flux migratoires
Sur le plan historique et d'après les archives nationales bulgares conservés jusqu'à nos jours, on distingue trois principaux flux migratoires d'Arméniens vers les terres bulgares (entre la mer Noire, la Turquie, la Grèce, la Yougoslavie et la Roumanie).
Les plus anciennes colonies arméniennes se seraient installées sur ces terres à partir du Ve siècle, à l'époque de l'empire byzantin.
La deuxième vague de migration date du XVIe - XVIIe siècles, à l'époque de l'Empire ottoman. La Bulgarie, annexée en 1396, fait partie de l'empire jusqu'en 1878. L'arrivée massive des émigrants est due à l'exil forcé, à la famine, aux épidémies qui sévissent en Arménie orientale et occidentale. Progressivement, des communautés arméniennes se forment dans les grandes villes, notamment à Sofia, à Roussé, à Choumène, à Haskovo. Dans presque toutes ces villes, les Arméniens bâtissent des églises, avec des écoles attenantes. Ils tiennent des commerces, travaillent dans l'artisanat.
A la libération de la Bulgarie de l'occupation ottomane en 1878 et avec la promulgation de la Constitution de Tarnovo, les Arméniens se voient attribuer le statut de communauté autonome avec des avantages sociaux non négligeables.
Dans cette atmosphère propice commence le troisième flux migratoire vers les villes bulgares. Suite aux massacres en Arménie occidentale entre 1894-1896, organisés par le sultan Abdul Hamid II, plus de 300 000 Arméniens trouvent la mort. 20 000 réfugiés arrivent d'Istanbul et de ses environs, amassés sur des bateaux, accueillis avec sympathie et compassion de la part des autorités, ainsi que de la population locale.

Dernière arrivée massive
La dernière vague d'émigration, la plus massive a lieu en 1922, conséquence de la guerre gréco-turque. Le gouvernement de Kemal Atatürk, victorieux, entreprend le nettoyage énergique de toute présence chrétienne en Thrace et en Asie Mineure.
Le petit nombre d'Arméniens survivants du génocide de 1915-1918, à peine rentrés chez eux, se voient obligés de nouveau à abandonner leurs foyers et leurs biens. Alors, ils trouvent asile en Bulgarie, seul pays européen, dont le gouvernement, avec la bénédiction du roi Boris III (dernier roi en exercice), autorise l'ouverture de ses frontières avec la Turquie, afin d'accueillir 25 000 rescapés. En 1926 sur le territoire du pays vivent 36 000 Arméniens.

Liens communautaires

Bulgarie - La chorale arménienne de Plovdiv --- Cliquer pour agrandir
La chorale arménienne de Plovdiv, 1923-1925
Bulgarie - Anciens du Collège des Mekhitaristes de Plovdiv --- Cliquer pour agrandir
Anciens du Collège des Mekhitaristes de Plovdiv, le 2 Mai 1999, Plovdiv, rassemblés à l'occasion du 250e anniversaire de la naissance du Père Mekhitar (1676-1749)

Entre la fin du XIXe et le début du XXe siècles la vie communautaire est bien organisée. L'église apostolique arménienne, les écoles et la cellule familiale jouent un rôle incontournable pour la sauvegarde de l'identité nationale. Les partis politiques traditionnels arméniens tiennent eux-aussi une part importante dans la vie de la communauté. Plusieurs associations à caractère social ou caritatif sont créées - Croix Rouge, Union des Femmes arméniennes, Comité d'aide à l'Arménie, UGAB, HOM, Homenetmen. Leur priorité absolue est de venir en aide aux émigrés orphelins.
Parallèlement, fonctionnent des organisations culturelles. Le scoutisme est bien organisé et développé. Il est important de noter aussi la grande diversité des journaux, des magazines, des brochures, près de 200, publiés pendant la période 1884-1944. Leur publication est assurée grâce aux imprimeries arméniennes et aux maisons d'éditions comme Balkanian mamoul, Paros ou Massis. Pour compléter le tableau, signalons l'existence de deux banques, Asparez à Plovdiv et Trakia à Sofia.

Avant et après le régime communiste
Sous le régime communiste soviétique, entre 1944 et 1989 toutes les organisations sont dissoutes, leur diversité est amenée à sa plus simple expression, contrôlée par l'unique organisation créé pour la circonstance - " Erévan ". Après les changements démocratiques de 1989, survenus dans tous les pays de l'ex-bloc soviétique, l'église apostolique arménienne reprend son rôle de réunificateur. L'école rouvre ses portes à Plovdiv et dans les autres villes, l'Université de Sofia accueille la faculté des lettres arméniennes. Une majeure partie des anciennes organisations recommencent à fonctionner librement.

Journal Erevan
Le journal "Erevan"
Journal Haier
Le journal "Haïer"
Journal Nors Srount
Le journal "Nor Serount"
Journal Vahan
Le journal "Vahan"

Aujourd'hui
Aujourd'hui en Bulgarie vivent près de 13 000 Arméniens. Ils ont réussi l'intégration dans la vie économique, sociale et culturelle de leur pays d'adoption, tout en conservant leur identité, grâce au rôle primordial et incontournable de la cellule familiale, ainsi qu'à la solidarité de la vie communautaire, tous deux imprégnés du souvenir intarissable de la patrie, de la foi, de la langue et des traditions séculaires.

Annie Pilibossian, pour l'ACAM


Exposition "Les Arméniens en Bulgarie" - 2000

Musée national ethnographique
Académie bulgare des Sciences
Place Alexandre Batemberg
1000 Sofia (Bulgarie)
Tél. + 359 2 881 974
Fax + 359 2 814 038

Photos P. Pilibossian

1700e anniversaire
A l'occasion du 1700e anniversaire de l'adoption du christianisme comme religion d'état en Arménie, l'Institut ethnographique de Sofia, sous la direction de l'Académie bulgare des sciences, et avec le concours du programme culturel européen PHARE, a organisé et présente l'exposition " LES ARMÉNIENS EN BULGARIE ". Inaugurée en mars dernier au Musée ethnographique de Sofia-ancien palais royal-, en présence de nombreuses personnalités, l'exposition retrace fidèlement, à travers des objets, des photographies et d'autres documents, l'évolution de la vie sociale, politique, économique et culturelle de la communauté arménienne de Bulgarie. Elle a été déjà visité par de nombreux connaisseurs du pays et de l'étranger. Parmi les visiteurs de marque on peut citer la princesse Maria-Louisa. La fille du dernier roi - Boris III de Bulgarie qui a régné de 1928 à 1943 a tenu a témoigner son attachement aux Arméniens.
L'exposition est un événement culturel important pour l'ensemble de la diaspora arménienne d'Europe. Elle représente l'aboutissement d'un sérieux travail de recherche effectué par des scientifiques et des historiens, qui a duré plusieurs années. De plus, une majeure partie des objets exposés proviennent des archives des églises arméniennes ou des collections privées des grandes familles connues au sein de cette communauté.

Visite guidée
Nous avons visité l'exposition cet été et nous vous proposons ci-dessous une brève visite guidée. À l'entrée de l'exposition un grand tapis représentant Etchmiadzine, propriété du musée ethnographique d'Erévan accueille le visiteur. À côté, quelques copies de manuscrits arméniens du XVIIe siècle, ainsi que des panneaux expliquent l'histoire de la communauté arménienne de Bulgarie. Plus loin, on peut y admirer des reliures d'évangiles en argent massif du XVIIe et du XIXe siècle, des objets religieux, des icônes, des ustensiles en cuivre du XIXe siècle avec des inscriptions en arménien, des dentelles, des costumes et des vêtements portés au XIXe siècle.
Plusieurs photographies mettent en évidence les églises arméniennes, des stèles funéraires du XVIe et du XIXe siècle avec des inscriptions en langue arménienne gravées dans la pierre, des monuments dédiés à la mémoire des victimes du génocide de 1915.
Le rôle de la famille est mise en valeur par de nombreuses images datant du début du XXe siècle, prêtées par des particuliers. On peut apprécier également des photos scolaires d'écoles arméniennes. On peut voir aussi quelques diplômes de maîtres artisans ou de commerçants.
La place des partis politiques traditionnels arméniens dans la vie de la communauté est illustrée par de nombreuses photos de militants et activistes et notamment par les drapeaux des trois partis - Dachnag, Ramgavar et Hentchag. D'autres photos d'archives privées montrent le bataillon de volontaires arméniens avant leur départ au front pendant la guerre balkanique de 1912, sous le commandement d'Antranik Ozanian et de Karékine Nechteh.

Forte activité associative
Dans le domaine culturel et artistique la vie de la communauté arménienne se caractérise par une intense activité associative. Dès le début du XXe siècle, le nombre des chorales mixtes, des ensembles instrumentaux ou des troupes de théâtre et de danse augmente considérablement. Le mouvement de scoutisme est important. De nombreuses photos ou de reproductions témoignent de cette intense vie associative.
Il est intéressant de noter la grande diversité de journaux, de magazines et des brochures en langue arménienne pendant la seule période 1884-1944. Citons des exemplaires de journaux exposés : Haïastan, Balkanian mamoul, Zank, BoulgarahaÏ tzaïn, Paros, Azad Khosk, Méghou, Ardziv , ... . Ils sont publiés dans les imprimeries et les maisons d'édition Balkanian mamoul, Paros ou Massis.

La royauté bulgare
Une part importante dans l'exposition est consacrée aux documents et divers objets, offerts au roi Boris III par des organisations arméniennes. Parmi les objets, on remarque un panneau commémoratif en bois sculpté, don de la chorale " KNAR " à la mémoire du roi défunt en 1943. À l'arrivée des communistes, moins d'un an après sa mort, toute trace liée au règne du monarque est détruite. Le panneau disparaît aussi. Cinquante ans plus tard, en 1993, son auteur, Hovaguim Hovaguimian, sculpteur sur bois, découvre par hasard au Monastère de Rila (lieu d'enterrement du roi Boris) son œuvre qu'il restaure. Lors de sa visite au musée, la princesse Maria-Louisa, particulièrement émue par cette oeuvre rendant hommage à son père, a personnellement salué l'artiste. Nous avons pu admirer à notre tour dans les salons de l'exposition un autre chef d'oeuvre de la carrière artistique de M. Hovaguimian - un cabinet en noyer massif avec des incrustations en nacres multicolores et des fils de cuivre.

Pour conclure, on peut dire que la communauté arménienne de Bulgarie a traversé les siècles en sauvegardant son identité, grâce à l'amitié qui la lie au peuple bulgare.

Annie Pilibossian, pour l'ACAM


Garo Mardirossian, un grand savant arménien de Bulgarie

Ce texte d'Annie Pilibossian, pour l'ACAM, a été publié en Juillet 2002 dans le Bulletin de l'ACAM numéro 53, Juillet-Décembre 2002.
Garo Mardirossian Garo Mardirossian est né à Sofia, il vit et travaille en Bulgarie. Il est chercheur à l’Institut des Études Spatiales attaché à l’Académie bulgare des Sciences. Il détient deux doctorats en physique, auteur de plus de 80 publications scientifiques, d’une soixantaine d’articles de vulgarisation, de quatre livres et possède 21 brevets d’invention. Depuis 1991, il est professeur titulaire et membre effectif de PWPA (Professors World Peace Academy) de New-York. En 1999 son nom est inscrit dans le livre d’or des inventeurs bulgares et, depuis l’an 2000, son nom parait dans l’encyclopédie Les 2000 scientifiques les plus éminents du XXe siècle, publiée à Cambridge. Récemment, Garo Mardirossian est devenu le 151-ème membre de notre association, l’ACAM. À cette occasion, il a bien voulu répondre à nos questions.

ACAM : M. Mardirossian, vous habitez en Bulgarie mais depuis quelques mois vous êtes en France. Quel est l’objet de votre séjour à Paris ?
Garo Mardirossian : J’ai gagné un concours international sur un sujet scientifique financé par l’OTAN et j’ai été invité à travailleur dans un laboratoire du CNRS en France.

ACAM : Quel est d’après vous le niveau de la science en France ?
G.M. : Je suis ici que depuis quelques mois et cela est une période très courte pour se forger un opinion exacte, mais je peux dire que les succès scientifiques en France sont bien connus dans le monde entier. Je pense que l’une des principales raisons c’est la bonne organisation du travail scientifique et, plus précisément, le fait que les chercheurs sont dispensés des taches administratives, ainsi ils sont concentrés uniquement sur la recherche.

ACAM : Et en Bulgarie quelle place occupent les Arméniens dans la vie scientifique ?
G.M. : Comme dans tous les domaines de la vie, les scientifiques arméniens occupent une place importante dans la vie scientifique bulgare. Nous avons d’éminents chercheurs en sciences techniques, en sciences sociales, en médecine, ... une dizaine de professeurs, des dizaines de docteurs en sciences et autant d’enseignants universitaires.

ACAM : Vous êtes un homme de sciences, mais le citoyen bulgare a certainement une opinion sur la situation politique et économique de ce pays.
G.M. : Bien sûr. A mon grand regret, le processus de démocratisation est extrêmement lent à s’installer en Bulgarie, pour ne pas dire inexistant. Le pouvoir législatif et les tribunaux fonctionnent mal, la corruption et la criminalité sont galopantes, les gens s’appauvrissent de plus en plus ... Ce peuple, si bon et si travailleur, n’a toujours pas les gouvernants qu’il mérite.

ACAM : Avez-vous subi des pressions politiques ou avez-vous été sujet de discrimination ?
G.M. : Il est normal de subir des pressions lorsqu’il y a deux systèmes politiques radicalement opposés. En revanche, il est très regrettable et anormal de subir des pressions pendant l’ancien pouvoir (NDLR : le pouvoir communiste) et maintenant, pendant le nouveau pouvoir. Les communistes nous oppressaient parce que nous n’étions pas « rouges », les « démocrates » disent aujourd’hui que nous ne sommes pas assez « bleus ». En Bulgarie, après 1989, comme après un séisme social, ou une révolution, on a vu l’émergence d’éléments douteux ou de criminels. Mais cela est un sujet très étendu pour être discuté ici.

ACAM : M. Mardirossian, vous êtes un homme très occupé, et malgré cela, vous prenez une part active dans la vie communautaire arménienne de Sofia, en tant que membre du comité de coordination des organisations arméniennes et membre du Conseil de gestion des organismes culturels arméniens « Erevan » de Bulgarie. Vous êtes également auteur de nombreux articles qui paraissent dans les journaux arméniens en Bulgarie. Nous profitons de l’occasion pour vous remercier d’avoir si bien reflété les activités de la communauté arménienne de France et, en particulier, les activités de l’ACAM dans les colonnes des journaux: Hayer, Erevan, et Vahan. Quelles sont, d’après vous, la place et l’importance de la communauté arménienne de Bulgarie ?
G.M. : Après les événements de 1989, notre identité est devenue plus palpable et plus apparente. Bon nombre d’organisations et autres associations interdites pendant le période communiste, ont été récemment reconstituées. Nous avons trois journaux arméniens que vous avez cités. Les écoles arméniennes sont rouvertes et fonctionnent régulièrement. Les églises ont retrouvé leurs fidèles. Nous avons aussi des députés à l’Assemblée nationale, ainsi que de hauts fonctionnaires dans l’administration de l’État bulgare. Néanmoins, notre problème fondamental et existentiel reste le problème financier. Ceci dit, les Arméniens jouissent d’une certaine notoriété auprès des Bulgares, ils sont souvent cités comme exemple d’intégration. Il faut dire que les liens d’amitié arméno-bulgare se sont tissés pendant des siècles. Il est très regrettable que ces derniers temps on remarque des tendances négatives dans ce domaine ...

ACAM : Nous avons remarqué que vous êtes régulièrement présent ici aux plus importantes manifestations de la communauté arménienne de Paris. Que pensez-vous du fonctionnement des associations arméniennes de France ?
G.M. : En effet, lorsque j’ai la possibilité j’y vais avec grand plaisir. C’est avec une émotion particulière que je fréquente les églises arméniennes. Je suis sincèrement content de l’étendue de certaines de vos activités ; je pense, en particulier, aux manifestations de commémoration du 24 avril. Bien évidemment, vos possibilités financières et humaines sont beaucoup plus importantes que les nôtres et je souhaite que vous en fassiez un meilleur usage.

ACAM : Avez-vous pris contact avec des scientifiques arméniens de France ?
G.M. : J’ai eu en effet l’occasion de faire connaissance avec quelques scientifiques et, notamment lors d’une réunion de l’AFACS (Association Franco-arménienne de Coopération Scientifique), à laquelle M. Pilibossian m’a invité. J’ai assisté aussi à la dernière réunion de l’Académie Internationale des Sciences Ararat ...

Garo.Mardirossian, l’ACAM vous souhaite bon séjour et espère que la coopération mutuelle dans le domaine culturel se poursuivra après votre retour.

Annie Pilibossian, pour l'ACAM


Peïo Yavorov,un poète ami des Arméniens

Ce texte d'Annie Pilibossian, pour l'ACAM, a été publié dans le Bulletin de l'ACAM
UN AMI BULGARE, LE POÈTE YAVOROV

La similitude des destinées et la communauté d'intérêts politiques et culturels créent entre certains peuples de solides liens d'amitié. C'est le cas pour les Arméniens et les Bulgares, qu'une fraternité séculaire a unis.

Pour ce qui est de l'expérience historique, entre le XVe et le XIXe siècles la Bulgarie, divisée en petits royaumes, reste sous domination ottomane. Tout comme les Arméniens, les Bulgares, chrétiens orthodoxes, subissent I'oppression, la persécution et les massacres. Cette longue tragédie aboutira au développement général chez les Slaves du sud d'un mouvement de libération nationale qui, à la fin du siècle dernier, prend un caractère nettement révolutionnaire. Animés d'aspirations nationales comparables, révolutionnaires arméniens et bulgares travaillent souvent en étroite collaboration et utilisent les mêmes moyens à la poursuite d'objectifs identiques.

D'autre part, les relations culturelles entre les deux peuples sont très anciennes. C'est l'Arménien Photius qui fut le maître et le guide spirituel du philosophe Cyrille, créateur en 865, avec son frère Méthode, de l'alphabet dont la plupart des peuples slaves se servent aujourd'hui. Mais bien avant la création de l'alphabet cyrillique, les premières informations historiques concernant la formation de l'État bulgare se trouvent chez les historiens arméniens.

Au XIXe siècle, de nombreux intellectuels bulgares risquèrent leur carrière et parfois leur vie pour aider les Arméniens dans leur juste lutte. L'un des plus éminents est le grand poète Peïo Yavorov, qui fut un inlassable activiste et un arménophile militant.

De son vrai nom Peïo Totev Kratcholov, Peïo Yavorov appartient à la famille des poètes révolutionnaires dont la vie et l'œuvre sont étroitement lices aux luttes de libération nationale et sociale de leur pays. Appartenant à une période qui sépare deux courants littéraires, l'un inspiré par la tradition et l'autre par l'esthétique symboliste moderne, il est typique de ces auteurs du début du siècle qui réussissent à conjuguer des états d'âme contradictoires et des tendances pourtant incompatibles par nature.

Né le 1er janvier 1878 à Tchirpan dans une famille relativement pauvre, Yavorov vient au monde deux mois avant la signature du traité de San Stefano qui mettra fin à la domination ottomane sur la Bulgarie. Rien tout d'abord ne laisse présager que cet enfant pensif, taciturne et renfermé cache des dons qui le porteront au sommet de la création poétique. C'est au cours de ses études au Iycée de Plovdiv que naît en lui un vif intérêt pour les événements de la vie sociale et une passion de la justice qui l'orienteront vers les idées socialistes.

Ses études secondaires terminées, il trouve un emploi de télégraphiste dans sa ville natale où il déploie une intense activité comme secrétaire local du parti socialiste. Il lit beaucoup, Pouchkine, Lermontov, Tchekhov, Gocthe, Schiller, ainsi que les poètes révolutionnaires bulgares Vazov et Botev. Irrésistiblement attiré par la lutte pour la libération de la Macédoine et de la Thrace, qui sont restées sous domination ottomane après la libération de la Bulgarie, il entre en contact avec l'ORIMA (Organisation Révolutionnaire Intérieure de Macédoine et Andrinople) et, fusil en main, il franchit à trois reprises la frontière. En 1875, il travaille à Skobelevo (aujourd'hui Slivène) un des trois centres du mouvement révolutionnaire macédonien où il rencontre de grands militants bulgares comme Gotsé Delichev, Sarafov, Garvanov, et arméniens comme Andranik Ozanian et Kristapor Mikaélian. Il vit là une période exaltante qui lui inspirera son cycle de poèmes Chants de haidouks, et deux œuvres en prose: Rêves de haidouks et Gotsé Deltchev.

C'est également à Skobelevo que Yavorov a pour }a première fois l'occasion de rencontrer plusieurs familles arméniennes qui~ont réussi à échapper aux massacres. Beaucoup de ces malheureux exilés travaillent dans les chemins de fer, souvent comme porteurs, et Yavorov, aussi pauvre qu'eux, entre dans leur milieu, les voit souvent, partage leurs repas. Le soir, il fréquente le café arménien tenu par un certain Bédros. Là, il écoute avec émotion, dans une langue pour lui pourtant peu~compréhensible, les chants des réfugiés, de "pleurs assouvis". Séduit par le Iyrisme de la chanson Groung, le jeune Bulgare chante avec eux pour oublier leur commune misère.

Après avoir été affecté dans différentes villes, Yavorov est nommé en 1896 chef du bureau de poste de Strandja. Là, il rencontre encore de nombreux réfugiés arméniens. Il recherche leur compagnie, leur amitié, il sent si proche du sien ce peuple dont il voit les enfants affligés et affamés.

Mais ses contacts quotidiens sont plutôt mal vas des commerçants de Strandja qui vont jusqu'à conseiller que l'on éloigne de leur ville ce jeune fonctionnaire. Un mois plus tard, il est affecté à Ankhialo, I'actuelle station maritime de Pomorié. C'est là qu'il écrit son poème élégiaque intitulé Arméniens. Par la qualité du style, I'originalité des répétitions, la rythmique très particulière, le recours aux ressources de l'intonation, aux métaphores aussi, propres à la façon de Yavorov, ce poème exalte le romantisme, I'héroïsme et le côté tragique de la lutte de libération nationale. Le poète y exprime sa profonde sympathie pour les Arméniens et son désir de contribuer à l'éveil de la conscience de ses compatriotes.

La publication de cette œuvre suscite l'intérêt des milieux intellectuels bulgares pour le peuple arménien et sa culture et, à partir de 1902, des traductions de textes littéraires arméniens paraissent dans la presse bulgare.

Il existe de ce fameux poème plusieurs traductions arméniennes. La première, due à Stepan Hintlian, parut en 1909 à Constantinople dans le journal Chirag En 1917, Hrand Hrahan en publie une autre dans Grakan Tert à Erevan. Depuis, plusieurs éminents écrivains d'Arménie soviétique en ont fait de nouvelles: Sylva Gapoutikian, Hamo Sahian et Kevork Emine. Nous proposons ci-dessous celle de Kevork Garvarentz, qui date des années trente' ainsi qu'une traduction en français d'auteur inconnu.

Annie Pilibossian


Cahiers arméniens, N° 5, décembre 1988

Arméniens

Malheureux exilés, épave abandonnée
de ce peuple martyr qui fut toujours vaillant,
fils d'une mère esclave, sans cesse angoissée,
victimes d'un exploit sublime et émouvant :
en pays étranger, bannis de leurs foyers,
pâles et décharnés, dans un sombre taudis,
ils boivent et leurs cœurs gémissants sont blessés,
et chantent mais leurs chants sont de pleurs assouvis.

Ils boivent ... Dans le vin, ils trouveront l'oubli
des détresses passées et des chagrins présents,
leurs ouvenir sera parle vin assoupi
et pourra s'endommir leur esprit turbulent :
dans la tête alourdie s'effaceront alors
de leur mère éplorée les traits endoloris
et ils n'entendront plus ivres dans leurs transports
l'appel désespéré qu'elle adresse à ses fils.

Comme un troupeau traqué par un fauve affamé,
un peu partout déjà les voilà dispersés:
le tyran sévissant les menace à jamais,
féroce et sans pitié - de son glaive dressé,
ayant abandonné leur patrie dans le sang,
ayant abandonné leurs maisons dans le feu,
si loin à l'étranger - les voici tous errants
et seule la taverne est ouverte pour eux.

Ils chantent ... Et leur chant gémit farouchement
car leurs cœurs sont blessés, rongés par les malheurs
la haine les étouffe en son épanchement
et leur visage blême est tout baigné de pleurs ...
Car leurs cœurs opprimés, de fiel sont saturés,
la raison est déjà parle feu consumée,
la foudre vient briller dans leurs yeux injectés
et l'âme est assoifée de vengeance effrénée.

Or, leurs voix sont mêlées à l'hiver, à l'orage
qui gronde dans la nuit, hurlant terriblement,
Le chant de la révolte - au loin il le propage,
déchaîné dans le monde avec la voix des vents,
Et, sinistre, s'éteint toujours le firmament
et cette nuit glacée est toujours menaçante,
et toujours plus ardent, vole partout le chant,
et la tempête y mêle une.voix plus puissante ...

Ils boivent en chantant... Épave abandonnée
de ce peuple martyr qui fut toujours vaillant,
fils d'une mère esclave, sans cesse angoissée,
victimes d'un exploit sublime et émouvant :
bannis de leurs foyers, dénudés et nu-pieds,
en pays étranger, dans un sombre taudis,
ils boivent, dans l'ivresse ils vont tout oublier
et chantent mais leurs chants sont de pleurs assouvis.

Pelo Yavorov

traduit par Jacques GAUCHERON


Adresses des Conseils de l'église apostolique arménienne de Bulgarie

AYTOS
rue Makariopolska N° 2, Vh. B, AYTOS 8500
Tél. dom. 359-(0)558 38.72

BOURGAZ
Église Sourp Khatch
rue Lermontov N° 18, BOUGAZ 8000
Tél. 359-(0)56 4.72.92
Site : http://www.bulgariainside.eu/en/articles/Surp-Hach-Armenian-Church-in-Bourgas/663/index.html

DOBRITCH
Église Sourp Hovhannès
rue Damé Grouev N° 8, DOBRITCH 9300
Tél. 359-(0)58 2.05.70

KHASKOVO
Église Sourp Stépannos
rue Dobroudja N° 11, KHASKOVO 6300
Tél. dom. 359-(0)38 2.86.47

PAZARDJIK
rue Bulgarie N° 55, PAZARDJIK 4400
Tél. 359-(0)34 2.37.55

PLOVDIV
Église Sourp Kévork
kv. Starinen, rue Touriste N° 2, PLOBDIV 4025
Tél. 359-(0)32 63.28.04


ROUSSÉ - (Rousstchouk, 5e ville de Bulgarie au bord du Danube ; une des plus anciennes églises du pays).
Église Sourp Asdvadzadzin
rue Bratia Miladinovi N° 18, ROUSSÉ 7001
Tél. 359-(0)82 22.25.56
Site : www.armenianchurch-russe.com

Photos © Philippe Pilibossian

Bulgarie - Eglise de Roussé --- Cliquer pour agrandir
Eglise arménienne de Roussé, le clocher
Bulgarie - Eglise de Roussé --- Cliquer pour agrandir
Eglise arménienne de Roussé, l'entrée

Bulgarie - Eglise de Roussé --- Cliquer pour agrandir
Eglise arménienne de Roussé, l'intérieur
Bulgarie - Eglise de Roussé --- Cliquer pour agrandir
Eglise arménienne de Roussé, bâtiment de la paroisse
Devant la porte, Garo, le sacristain, sur le banc Mme Siranouche Ekmekdjian membre du CA


SHOUMEN
Église Sourp Asdvadzadzine
rue Zlatitza N° 15, CHOUMEN 9702
Tél. dom. 359-(0)54 3.39.38

SILISTRA
Église Sourp Asdvadzadzine
rue Kliment Ohritski N° 4, SILISTRA 7500
Tél. dom. 359-(0)86 2.87.64

SLIVEN
Chapelle
rue Rakovski N° 39, SLIVEN 8800
Tél. dom. 359-(0)44 2.61.89

SOFIA
Église Sourp Asdvadzadzine
boulevard Todor Alexandrov N° 31, SOFIA 1000
Tél. 359-(0)2 988.44.11
Conseil oecuménique, tél. 359-(0)2 988.02.08

STARA ZAGORA
Chapelle
rue Guéorgui Kolev N° 38, STARA ZAGORA 6000
Tél. dom. 359-(0)42 2.09.61

VARNA
Église Sourp Sarkis
rue Khan Asparouh N° 15, VARNA 9000
Tél. 359-(0)52 22.13.32
Site : wikimapia.org/5568300/Armenian-church

YAMBOL
J.k. Mramorno Moré, Bl. 7, Vh bé, YAMBOL 8600
Tél. dom. 359-(0)46 6.35.42

Diverses photos de la communauté arménienne à Plovdiv

Photos Philippe Pilibossian


Ecole à Plovdiv
Le premier bâtiment
 

Ecole à Plovdiv
Le nouveau bâtiment
 

Quartier arménien, vieux Plovdiv
dans le vieux Plovdiv
 

Buste du poète Yavorov
arménophile bulgare
 

Dimanche, sortie de messe
Eglise Sourp Kevork
 

Journal arménien "Vahan"
La rédaction
 

Musée arménien à Plovdiv
 

Musée arménien à Plovdiv
 

Musée arménien à Plovdiv
 

Musée arménien à Plovdiv
 

Monument au Génocide, Place Lermontov, à Bourgaz


Oeuvre d'un sculpteur arménien
de Bulgarie

NIE : nouvelle publication (rédigée en bulgare) en couleur

  • "Nous les Arméniens"
  • Responsable Nari Nigoghossian
  • Rédacteur Vartanouche Topabbachian
  • Rédacteur-adjointe Mannig Chamlian
  • 48 pages

Une nouvelle revue arménienne, NIE

La rédaction

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