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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Enseignement de l'arménien en France

Le point (septembre 2002) sur la situation de l'enseignement de l'arménien

Interview d'Anahid Donabédian, responsable de l'enseignement de l'arménien à l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales)

Nouvelles d'Arménie Magazine : Responsable de la section arménienne de l'INALCO, vous allez occuper de nouvelles fonctions. Lesquelles ?
Anahid Donabédian : Ça fait onze ans que je dirige l'enseignement de l'arménien à l'INALCO sous des titres différents et je viens d'être nommée professeur des universités. Ce qu'avant on appelait une chaire. C'est une satisfaction honorifique qui pourrait encore renforcer la place de l'arménien à l'institut. Je considère que c'est une reconnaissance du travail que j'ai fait. Quand j'ai pris mes fonctions, cette charge avait été reclassée en poste de maître de conférence. Elle retrouve maintenant son statut antérieur.

NAM : Depuis combien de temps cette section existe-t-elle ?
A. D. : On a fêté le bicentenaire de l'enseignement de l'Arménien aux Langues Orientales en 1998 avec notamment un colloque organisé à cette occasion à Erevan. L'INALCO a été tour à tour l'Ecole Impériale des Langues Orientales Vivantes, puis l'Ecole Nationale des Langues Orientales Vivantes et depuis 1984, c'est l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales. Cet enseignement de l'arménien, qui a pu prendre des formes différentes, n'a cessé au fil du temps de se renforcer. Il a été assuré à chaque fois par une personne, un enseignant qui pouvait être un savant ou un spécialiste de différentes langues. Il y a eu l'époque des Meillet, des Carrière, des grands orientalistes et linguistes. Et puis, comme dans tous domaines, les choses ont fini par se spécialiser et l'on a eu des enseignants comme Maclor, Dumézil, Feydit et puis Mahé. En réalité je suis la première Arménienne à être titulaire de ce poste depuis son fondateur Chahan Cherbedian dit Chahan de Serbie en 1798.

NAM : Combien d'élèves suivent ces cours ?
A. D. : II y a entre cinquante à soixante inscrits, tous niveaux confondus. Il faut savoir que l'INALCO est le seul établissement d'enseignement supérieur au monde en dehors d'Arménie a prodiguer un enseignement allant des débutants aux doctorants. Mahé avait déjà fait beaucoup pour structurer cet enseignement. Il avait notamment fait venir des chargés de cours et diversifié l'éventail des disciplines à assurer. J'ai continué dans ce sens-là. On a par exemple introduit la didactique de l'arménien, parce qu'il y a un vrai problème de formation des maîtres. On a aussi introduit l'anthropologie grâce à Martine Hovanessian qui a développé cette discipline dans le cadre des études arméniennes ; et puis surtout on a fait reconnaître les diplômes nationaux par l'Etat. Il existe une licence et une maîtrise d'arménien, ce qui à la fois sanctionne notre cursus et répond à une demande criante des établissements qui ont besoin d'avoir des enseignants diplômés pour faire des classes sous contrat etc. Il s'agit donc à la fois d'une exigence scientifique et d'une réponse aux demandes de la communauté.

NAM : Est-ce qu'on peut envisager un jour un CAPES pour l'arménien ?
A. D. : C'est une décision qui est totalement politique. Il existe actuellement des CAPES dans des langues qui drainent tout de même des effectifs plus élevés de candidats. Je crois que cette question est à prendre par les deux bouts. Il y a une douzaine d'années, on avait cherché à créer une classe d'arménien première langue au lycée Michelet de Vanves. Eh bien malgré un contexte favorable (lycée bien coté et non loin, la forte communauté d'Issy-les-Moulineaux), la classe n'a pas pu être ouverte faute d'un nombre suffisant d'inscriptions. Le problème est en effet aussi de savoir si les membres de la communauté sont prêts à choisir l'arménien comme langue obligatoire dans l'enseignement de leurs enfants, c'est-à-dire à la place d'une autre langue. C’est un vrai problème. Ça n'empêche pas de se battre pour obtenir un CAPES.

NAM : En quelle position peut-on présenter l'arménien au baccalauréat ?
A. D. : Depuis le début des années 80, l'arménien est reconnu comme une langue obligatoire au bac que ce soit en première, en deuxième ou en troisième position. J'ai corrigé la semaine dernière des copies d'écrit de première et de deuxième langue dans toutes les sections du bac et je dois dire que j'ai été agréablement surprise du niveau des candidats. J'ai même mis un 20, ce qui bien sûr n'est pas une note, pour une copie qui était absolument impressionnante de maturité et de connaissance de la langue. Les élèves peuvent au moment de s'inscrire à l'examen modifier la configuration de langue correspondant aux cours qu'ils ont suivis durant leur scolarité et choisir l'arménien. Quand cette mesure a été mise en vigueur, il y a eu une espèce de boum sur l'Arménien, parce que beaucoup de gens ont pensé que c'était une sorte d'assurance bac. Il y a eu un assez grand nombre de candidats et puis quelques déceptions, parce qu'on encourage évidemment les élèves, mais il y a des limites en-dessous desquelles on ne peut pas mettre une bonne note. Ceux qui sont restés sont ceux qui avaient un bon niveau.

NAM : Mais ce niveau ne peut-il pas être acquis dans les établissements publics?
A. D. : Non. Sauf quelques exceptions. À Marseille il y a le lycée Thiers, un grand établissement, qui assure des cours d'arménien. En fait, actuellement, la décision dépend essentiellement du bon vouloir du proviseur. Ils ont la libre disposition d'une enveloppe pour commander des enseignements optionnels supplémentaires. Si un proviseur est convaincu, il peut créer des cours d'Arménien. A condition que la demande suive.

NAM : Est-ce qu'if y aurait dans ce cadre suffisamment de professeurs habilités à enseigner ?
A. D. : II doit y avoir une vingtaine de licenciés d'arménien. Le problème qui se pose, une fois le coté administratif résolu, est qu'en faisant une licence de langue on n'a pas une formation complète d'enseignant. Il y aurait un travail à faire. Mais du fait des petits nombres qui sont en jeu, il n'est pas facile de mettre en place les structures nécessaires. Peut-être faudrait-il travailler directement avec les UEFM, les organismes publics qui forment des enseignants. On est dans un cercle vicieux : les élèves ne sont pas très nombreux, les carrières sont aussi un peu aléatoires et il faudrait tout de même réussir à drainer un flux d'étudiants relativement important.

Propos recueillis par Ara Toranian, Nouvelles d’Arménie magazine, numéro 78, Septembre 2002


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