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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Musique classique

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R.P. Komitas (1869-1935)
Aram Katchaturian (Tiflis, 6 juin 1903 - Moscou, 1er mai 1978)
Alan Hovhanes (1911-2000)

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R.P. Komitas
(1869-1935)
Air : Grounk
R.P. Komitas Le 22 octobre 1935, à l'Hôpital psychiatrique de Villejuif, près de Paris, s'éteignait Komitas, grand maître de la musique. arménienne.

Soghomon Soghomonian, le futur Komitas, naquit le 26 septembre 1869 à Keutahia (Asie Mineure). Orphelin de mère à un an et de père à onze ans, cet enfant à la voix si belle fut accueilli en 1882 au Séminaire Patriarcal d'Etchmiadzine, et devint le soliste préféré du catholicos Kévork IV. Les séminaristes qu'il côtoie viennent de toutes les provinces. L'adolescent, enthousiasmé par la richesse et la diversité de leurs mélodies, se passionne et se met à les transcrire.

Ordonné prêtre en 1892, il portera désormais le nom de Komitas. Le remarquant pour ses dons exceptionnels de musicien, un mécène enverra le jeune Komitas d'abord à Tiflis, centre culturel arménien, pour y parfaire ses connaissances musicales avec Makar Ekmalian, puis à Berlin, au Conservatoire, où il suit les classes de composition, de direction, de chant et de musicologie et, parallèlement, la philosophie à l'Université. Trois ans suffisent à ce génie pour devenir " docteur ". Il donne des conférences et participe à divers congrès internationaux, collabore à des revues, donne des concerts un peu partout en Europe.

Revenu à Etchmiadzine en 1899, il se consacre à la musique populaire et liturgique, la purifie, la clarifie. De ville en ville, de village en village, parcourant toutes les régions du pays, il recueille de la bouche même des habitants les chants du terroir, quelquefois même en se cachant pour ne pas troubler les chanteurs, et transcrit des milliers de mélodies et leurs variantes, les décante, les restitue dans leur pureté originelle et constitue ainsi un inestimable trésor musical national.

Et ce sont de nouveau des concerts: en Russie, en Italie, en Autriche, en Suisse, en Allemagne et enfin à Paris, en 1906, où toute la presse le salue. Louis Laloy, l'éminent musicologue déjà cité, lui consacre deux pages enthousiastes dans le Mercure Musical:
" ... Ce concert a été une révélation et un émerveillement... Aucun de nous ne pouvait soupçonner les beautés de cet art, qui n'est en réalité ni européen, ni oriental, mais possède un caractère unique au monde de douceur gracieuse, d'émotion pénétrante et de tendresse noble... Il y a du soleil dans ces chants... Et le R.P. Komitas, qui n'a pas craint de venir chanter lui-même des mélodies liturgiques a atteint, dans le morceau correspondant à notre Stabat Mater, une intensité d'émotion qui allait presque jusqu'aux larmes et lui a valu une ovation. Rien de plus touchant que de le voir s'incliner avec douceur et dignité sous le grand capuchon noir, puis se rasseoir à l'orgue Mustel et reprendre la dernière strophe qu'il chante presque à voix basse, dans le secret des grandes douleurs, avec des accents de compassion prosternée et de gravité recueillie, qui font sentir à l'âme la présence divine... "

De retour à Etchmiadzine, Komitas trouve une atmosphère hostile à son égard. Il part pour Constantinople afin d'y créer une institution arménienne de musique. Mais des difficultés l'obligent à y renoncer. Il crée alors la célèbre chorale " Goussan ", qui comprend 300 choristes.

Partout, c'est la gloire. Lui, discret et digne, poursuit son labeur. En 1913, il parcourt de nouveau les provinces arméniennes et note de nombreux chants, danses et mélodies.

Dans ses recueils, nous pouvons lire, noté par lui : " Nous avons personnellement transcrit ces mélodies telles que les paysans les chantent dans les villages. Dans l'harmonisation, nous avons eu le constant souci de maintenir le caractère et le style de cet art particulier qui se révèle dans les mélodies rustiques et qui porte un cachet nettement national. "
Par sa voix grave, pleine, douce, veloutée et chaude, Komitas faisait pleurer son auditoire.

Avril 1915 : c'est le début du génocide. Le R.P. Komitas, qui se trouve à Constantinople, est arrêté en même temps que 2500 intellectuels arméniens. Victime de la barbarie des Turcs, pour qui les talents artistiques de nos compatriotes semblaient des crimes impardonnables, Komitas est déporté, atrocement torturé, au point de perdre la raison. L'émotion soulevée dans les milieux internationaux par sa disparition l'arrache à ses bourreaux. Hélas! Il est trop tard.

Le monde de la musique a perdu désormais l'un de ses plus grands génies.
Komitas est transporté à Paris en 1919. Des médecins français essaient de le guérir, mais nul ne peut plus rien. Il meurt à Paris en 1935, et sa dépouille est transportée à Erevan en 1936.

Komitas avait su retrouver les éléments les plus viables et les traits nationaux les plus caractéristiques de la musique arménienne; il en révéla les plus beaux morceaux, les travailla, les perfectionna. Dotées de la profondeur des créations populaires, de leur saveur et de leur sagesse, les oeuvres de Komitas sont de véritables modèles.

Etendant son activité de multiples façons, le R.P. Komitas traça les voies de la musique nationale en tant que compositeur, créa l'ethnographie musicale arménienne, développa la musicologie, se révéla un chef exceptionnel de chorale, un chanteur virtuose et un pédagogue de talent qui sut préparer des musiciens qui, à leur tour, s'associèrent au développement de la musique.

Le génie de ce grand maître continue d'inspirer de nos jours tous les compositeurs arméniens. Non contents de suivre son enseignement, ils lui empruntent souvent des mélodies pour en tirer des arrangements d'une heureuse inspiration.

Par son travail acharné, éclairé, qui n'aurait pu être entrepris quelques années plus tard, Komitas, grand artisan du maintien de l'intégrité de notre patrimoine musical national, mérite bien le nom de " Sauveur du chant arménien " que lui ont conféré les musicologues.

Musicologue, compositeur, chanteur, pédagogue, conférencier, ethnologue, source inépuisable du savoir et de la connaissance du chant arménien, tel est bien le Père Komitas, le " père et le maître " de notre musique populaire et nationale.

Sirvart Kazandjian, Les Origines de la musique arménienne


Aram Katchaturian
(Tiflis, 6 juin 1903 - Moscou, 1er mai 1978)
Danse du sabre, extrait du ballet "Gayaneh"
Hymne de la RSS d'Arménie, musique Katchaturian, paroles de Sarmen
Aram Katchaturian Le compositeur arménien Aram Katchaturian est né à Tiflis en 1903. Il commence ses études musicales assez tard, à l'âge de 19 ans, avec le professeur Gnessin. Puis il étudie au Conservatoire de musique de Moscou avec Miaskovsky et Vassilenko. Il commence à composer presqu'aussitôt avoir appris les rudiments, et acquiert une popularité considérable en quelques années en Union soviétique, obtenant son premier grand succès avec sa "Symphonie", écrite en 1934, Il obtint deux fois le prix Staline, et reçut l'ordre de Lénine.

La musique de Katchaturian a été profondément influencée par les chants et danses populaires d' Arménie. Kabalevsky écrivait : "les éléments les plus marquants de la musique de Katchaturian trouvent leur origine aux sources du folklore national. La remarquable diversité rythmique des danses des peuples de Transcaucasie et les improvisations inspirées des "achougs" (bardes) - telles sont les racines qui ont donné vie à la créativité du compositeur".

David Ewen, Ewen's Musical Masterworks

Oeuvres célèbres :
Ballet "Gayaneh", suite de treize danses folkloriques, dont la fameuse "Danse du sabre".
Concerto pour Piano et Orchestre
Symphonie No 2


Alan Hovhanes
(1911-2000)
Air : Rhapsodie arménienne
Alan Hovhanes Un Compositeur moderne
(né à Somerville, Massachusetts, USA le 8 Mars 1911)
Alan Hovhaness (également écrit Hovaness) était un compositeur américain de père arménien et mère écossaise; et fut probablement la personne la plus éminente de la musique contemporaine... et un des plus prolifiques auteurs, avec une œuvre dépassant les 400 opus.

Chronologiquement, membre de la génération de compositeurs qui a suivi les pionniers tels que Henry Cowell, Gershwin, Virgil Thomson, Carl Ruggles, Copland et la redécouverte de Charles Ives (et de ce fait à peu près contemporain de William Schuman, David Diamond, Lukas Foss, Bernstein, etc); mais indépendant sur le plan stylistique, dont la musique reflète l'amour du contrepoint occidental et une fascination personnelle pour la musique indienne, extrême orientale et arménienne plus évidente que chez tout autre contemporain.

On dit d'Hovhaness qu'il a commencé à composé à l'âge de quatre ans; il a étudié sous Frederick Converse au Conservatoire de New England et avec Bohuslav Martinu à Tanglewood. En dépit d'un intérêt précoce pour la musique indienne, ses compositions antérieures à la Seconde Guerre mondiale suggèrent un mix de structures baroques et de lignes mélodiques du romantisme tardif (particulièrement à la Sibelius). La première symphonie "Exile" (Symphonie No. 1) (1939) et le Quatuor pour cordes No. 1 ("Jupiter") (1936) - qui comprend la version originelle de son oeuvre "Prélude et Quadruple Fugue" - sont des exemples de ses débuts de composition.

Il a repensé son approche de la composition en travaillant (comme compositeur, organiste et enseignant) à Boston (1940-1952); particulièrement suite aux critiques de Copland et d'autres à Tanglewood. L'apport du peintre mystique Hermon DiGiovanno (la symphonie "Celestial Gate" (Symphonie No. 6; 1959) a été écrite d'après son oeuvre) a pris consistance à cette époque. Il faut également noter que la musique d'Hovhaness durant cette période était écrite spécifiquement pour un ensemble d'étudiants... et tout comme les compositeurs baroques qu'il admire, Hovhaness trouve l'inspiration dans les techniques d'écriture pour les exécutants disponibles.

Le style de la maturité d'Hovhaness apparaît pour la première fois dans une œuvre pour piano et orchestre à cordes intitulée "Lousadzak" ("Dawn of Light"; 1944), qui fait connaître à un public plus large la technique "Senza Misura" quasi aléatoire d'Hovhaness (souvent dénommée "Murmure spirituel"). Dans cette technique, les sections individuelles de l'orchestra doivent constamment répéter un cycle mélodique sans référence temporelle aux autres membres de l'ensemble. Bien évidemment, cette technique (un des éléments habituel du "style Hovhaness"), crée un impression merveilleuse de mystère rythmique d'où émerge lentement le piano solo (dans "Lousadzak")... d'autres fois, la technique annonce très clairement le travail non seulement des minimalistes modernes comme Terry Riley et John Adams mais aussi toute l'école de composition Ambient/New Age (d'ailleurs, Hovhaness enregistra une de ses propres oeuvres pour piano - "Shalimar" - pour un label "New Age". (Le compositeur Lou Harrison a déclaré que la première à New York de "Lousadzak" "... a été ma plus proche expérience d'une de ces fameuses émeutes artistiques.... Dans le hall, les "Chromatistes" et les "Américains" hurlaient à pleins poumons. Ce qui avait tout déclenché, bien sûr, c'était le fait qu'on avait là cet homme venant de Boston, dont la musique manifestement extraordinaire et magnifique n'appartenait à aucun des deux camps....")

C'est pendant cette période qu'Hovhaness alluma le premier de ses célèbres autodafés cathartiques et détruisit un grand nombre de ses premières oeuvres. Tandis que ce geste est certainement le reflet d'un travail de révision, il est vrai que l'ampleur et la fréquence de ces incendies augmentent au fur et à mesure qu'on les a racontés ... au moins une référence parle de plus d'un millier d'oeuvres détruites dans ce premier autodafé !. Hovhaness était capable également de recycler des oeuvres théoriquement détruites dans d'autres compositions : le troisième mouvement Allegretto Grazioso de sa symphonie "City of Light" (Symphony No. 22; 1970) provient d'un petit opéra écrit et joué en 1920.

Au cours du demi-siècle qui suivit, Hovhaness a eu tendance à raffiner plutôt qu'à modifier son style. Cela ne signifie pas que son style est resté statique (le "New Grove" divise son œuvre en cinq périodes distinctes). De nombreux voyages à travers l'Inde et l'Asie influent ses oeuvres des années 50 et 60, donnant une couleur nouvelle à sa palette ("Korean Kayageum" (Symphony No. 16; 1962) a été écrit pour un ensemble coréen de percussions et cordes); tandis que les travaux de sa "retraite" (à partir du début des années 1970) se tournent à nouveaux vers des modèles occidentaux... Mais le compositeur de la symphonie "Exile" est bien le même compositeur de la symphonie "Mount St Helens" (Symphonie No. 50; 1982).

Les caractéristiques principales du "son Hovhaness " sont plus faciles à reconnaître qu'à définir; mais un des "repères" les plus évidents est le "feeling" mystique/religieux de toutes ses oeuvres. Un autre est le style "vocal" style (bizarrement presque comme Chopin) - même ses oeuvres pour orchestre donnent l'impression d'être "chantées"... un effet accentué par l'usage qu'Hovhaness fait régulièrement de lignes de solo sur un continuo de cordes (exemple le plus évident, "The Prayer of St Gregory" pour trompettes et cordes de l'opéra "Etchmiadzin"; 1946). Et comme Chopin, Hovhaness est d'abord un miniaturiste - l'œuvre la plus "composée" actuellement disponible en enregistrement est la symphonie "Majnun" (Symphonie No. 24; 1973), qui dans le propre enregistrement par Hovhaness dure 48 minutes; tout en étant constitué de 9 mouvements séparés par des pauses (la symphonie "St Vartan" (Symphonie No. 9; 1950) contient 24 sections!).

La musique d'Hovhaness utilise des harmonies consonantes, organisées sous forme modale ou chromatique plutôt que tonale; et équilibre le son sans rythme de la Senza Misura ("Murmure spirituel") avec un amour presqu'immodéré du contrepoint. Sa musique est généralement, et volontairement, facile à jouer; bien que les formidables lignes pour solo d'oeuvres comme "The Prayer of St Gregory" peuvent terrifier l'interprète. Tout au long de sa carrière, Hovhaness a constamment trouvé une inspiration musicale dans les oeuvres commandées, la plus connue étant sa "Symphony for Metal Orchestra" (Symphonie No. 17; 1963), commandée pour - et jouée pour la première fois - une convention des industries métallurgiques à Cleveland (la symphonie fut par la suite enregistrée pour un ensemble unique de six flûtes, trois trombones et des percussions métalliques). Une des oeuvres les plus célèbres d'Hovhaness - "And God Created Great Whales" pour chants de baleine préenregistrés et orchestre (1970) - peut aussi entrer dans cette catégorie; ayant été commandée par André Kostelanetz (un adepte de la musique d'Hovhaness) pour "s'adapter" à un ensemble d'enregistrements de chants de baleine.

Aux Etats-Unis, en tout cas, Hovhaness fut un musicien populaire; bien que dans les autres pays son œuvre n'existe que sous forme d'enregistrements. Au fur et à mesure que son œuvre sera disponible sur disque, on ne peut qu'espérer que des ensembles non-américains s'affrontent aux subtils défis de sa musique.

Bibliographie
A. Rosner An analytical survey of music of Alan Hovhaness, mémoire auprès de la State University of New York, Buffalo, 1972.

Discographie d'Alan Hovhaness
Notre amie Hasmig Surmélian, professeur de piano au Conservatoire de Noisiel (Seine-et-Marne) a fait graver un CD de ses oeuvres ; vous trouverez ci-dessous le moyen de vous le procurer.

    Liste des disques compacts disponibles en France et distribués par Média 7
  • Lousadzak, Saris, Orar, Shatakh Kirgiz suite, Concerto n° 2 pour violon et cordes J.-J. Werner, orch. Léon Barzin, Annie Jodry, violon, Hasmig Surmélian, piano MARCAL 951001
    Ce disque peut être commandé à Madame Hasmig Surmélian - 10, boulevard des Pyrénées - 92160 ANTONY - au prix de 110,00 Francs par CD, frais d'envoi compris
  • Concerto pour trompette, 6e symphonie, Celestial Gate, etc.
    Ensemble I. Fiamminghi, dir. Rudolf Wenhen, TELARC 80392 Mysterious Mountain (2e symphonie), Prayer of St Gregory, Prélude et quadruple fugue, Alleluia et fugue, Celestial fantasy
    Gérard Schwartz, orch. symph. de Seattle, DELOS DE3157
  • Quatuors n° 1, 3, 4 ; Suite du n° 2, 4 Bagatelles op. 30
    Shangaï string quartet, DELOS DE3162
  • 6e symphonie, Mountains and Rivers without end ; Prayer of St Gregory, Aria from Haroutim
    Manhattan chamber orch., dir. Richard Auldon Clark, KUCH 372 212
  • Sonate Fred the Cat, sonate Prospect Hill, sonate Mont Chocarna, etc.
    Maram Rosen, piano, KUCH 371 552
  • Vision of Starry Night, Madras Sonata, Mountain Idyll, Toccata et fugue
    Maram Rosen, piano, KUCH 372882
  • Symphonie n° 46, op. 347 (To the green Mountain), n° 39 op. 321 pour guitare et orchestre
    Michael Long, guitare, KBS symphon. orch. dir. Vakhsang Jordama, KUCH 372082
  • Symphonies n° 50 (Mount St Helens) et n° 22 (City of Light),
    Seattle symphon. orch. dir. Gérard Schwartz, DELOS DE3132

" Il écrit d'après les techniques arméniennes médiévales et chrétiennes primitives ; peut-être même un tant soit peu dans la manière pré-chrétienne de ce peuple ancien et cultivé.
Il étend les règles de la composition orientale pour y inclure, comme cela a pu très bien se produire au temps de la Grèce antique, des notes soutenues avec un contrepoint de mélodies fleuries qui s'y développent avec une aisance remarquable."
Herald Tribune, 1947

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