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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Sossie ANDEZIAN

L'auteur

 
Sossie Andézian est anthropologue et historienne, chercheure au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) au Laboratoire de l’Histoire et de l’Institution de la Culture (LAHIC) de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS). Ses recherches portent sur les relations entre religion, politique et culture dans les sociétés contemporaines du monde arabe. Elle a passé cinq ans à Jérusalem où elle a effectué des enquêtes sur les Églises de Jérusalem et de manière plus approfondie sur l’Église et la communauté arméniennes. Elle y retourne régulièrement pour travailler cette fois sur les archives de l’Église arménienne catholique.
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Livre numéro 1813
Sossie ANDEZIAN --- Cliquer pour agrandir Le sacré à l'épreuve du politique : Noël à Bethléem
Titre : Le sacré à l'épreuve du politique : Noël à Bethléem / auteur(s) : Sossie ANDEZIAN -
Editeur : Riveneuve éditions
Année : 2012
Imprimeur/Fabricant :
Description : 14 x 21 cm, 237 pages , couverture illustrée en couleurs
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 9782360130726
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 20,50 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Le 7 février 2011, l'Autorité palestinienne soumet à l'Unesco une demande d'inscription de la ville de Bethléem, "lieu de naissance du Christ selon la tradition chrétienne", sur la liste du patrimoine mondial. Non recevable à l'époque, la demande est réitérée avec l'adhésion de la Palestine à l'Unesco le 31 octobre 2011. Cette démarche se situe dans le prolongement de la politique palestinienne de réappropriation des villes de Cisjordanie à partir de 1994 à la suite des accords de paix. L'ouvrage se propose de mettre au jour les logiques de formation d'une entité nationale par la patrimonialisation d'un site sacré chrétien transnational dans une société à dominante musulmane. Ce processus avait commencé dès l'établissement de la souveraineté palestinienne sur Bethléem en 1995, lorsque Yasser Arafat avait effectué son entrée solennelle dans la ville le 23 décembre la veille de Noël, associant ainsi la (re-)naissance de la ville à celle de Jésus. Depuis, la fête de Noël était devenue le symbole de la libération de Bethléem et par extension celui de la libération de la Palestine. Le projet de développement de la ville avec le soutien de la communauté internationale en vue de préparer les célébrations du millenium avait jeté les bases de l'édification nationale à l'échelle locale. La reprise de la violence dès septembre 2000, marquée à Bethléem par le siège de la Nativité, puis la construction du mur de séparation entre Jérusalem et Bethléem en 2005 avaient conféré une dimension nationaliste plus grande au lieu saint et aux cérémonies de Noël. Ainsi, Noël à Bethléem, événement religieux chrétien, se révèle comme un objet pertinent d'analyse du lien entre religion et politique. L'auteure s'attache à retracer la genèse du processus de constitution de la basilique de la Nativité et des cérémonies de Noël en emblèmes nationaux afin de mettre ce projet de patrimonialisation en perspective.

Les Arméniens à travers le monde savent qu’ils partagent la propriété et l’usage des Lieux saints. Mais peu d’entre eux connaissent l’importance de l’Église arménienne dans le maintien des traditions anciennes sur ces lieux. Sossie Andézian propose de montrer le rôle de l’Église arménienne de Jérusalem à travers les cérémonies de Noël à Bethléem.

La fête de Noël est célébrée trois fois à Bethléem, le 25 décembre par les Églises catholiques, le 7 janvier par les Églises orthodoxes et le 19 janvier par l’Église arménienne. Cette démultiplication des célébrations reflète les différences doctrinales relatives à la Nativité du Christ ainsi que leur évolution à travers l’espace et le temps. Les cérémonies durent deux jours, avec, la veille, une entrée solennelle des patriarches dans la ville de la Nativité et une messe de minuit en présence des autorités politiques, militaires et civiles ainsi que des membres du corps diplomatique. Accueil en fanfare, parade de scouts, manifestations culturelles confèrent un caractère de réjouissances populaires à des rituels religieux strictement codifiés et institués de longue date.

Noël constitue un des moments rituels où les communautés chrétiennes se donnent à voir dans toute leur diversité. Clercs et laïcs, croyants comme non croyants, pratiquants comme non pratiquants, sympathisants du clergé comme non sympathisants, communautaristes comme anti-communautaristes, tous suivent la procession, offrant au regard extérieur l’image d’ensembles parfaitement structurés, où autorités religieuses, notables laïques, représentants et membres d’associations culturelles et caritatives, scouts, fidèles locaux et pèlerins semblent parfaitement intégrés. À l’intérieur de l’église de la Nativité, la présence des membres de chaque communauté dans les espaces assignés prend une autre signification. Il s’agit de réaffirmer la possession des territoires acquis et de les défendre contre toute intrusion ou agression. Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, ce statut de propriété est d’autant plus revendiqué que la population locale a subi de grandes pertes territoriales. Comme si les Lieux saints étaient les derniers bastions des communautés chrétiennes et les seules preuves tangibles de leur existence. Et plus un groupe est numériquement faible comme c’est le cas des Arméniens, plus la préservation des territoires sacrés devient un enjeu important.

Que révèlent les cérémonies de Noël de la place des Arméniens en Terre sainte ? Que révèlent-elles de leur riche passé dans ce berceau du christianisme ? Comment les rituels religieux contribuent-ils à assurer la continuité de la présence arménienne depuis les premiers siècles du christianisme dans un espace-temps morcelé ?


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