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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Bertrand BAREILLES
( 1859 - 1933 )

L'auteur

 
Journaliste. - Écrivain. - Diplômé des langues orientales
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Livre numéro 2234
Bertrand BAREILLES --- Cliquer pour agrandir Le revérend père Joseph Delarue
 
Titre : Le revérend père Joseph Delarue / auteur(s) : Bertrand BAREILLES -
Editeur :
Année : 1926
Imprimeur/Fabricant : Imprimerie Massis, 208bis rue Lafayette, Paris
Description : 13,5 x 22 cm, 37 pages
Collection :
Notes : Texte en français en arménien ; préface de Grigor Sinapian, également rédacteur de la notice biographique
Autres auteurs :
Sujets : Biographie du RP Joseph Delarue (1853-1925)
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :

Préface

LE R. P. JOSEPH DELARUE
J'ai eu l'honneur de connaître le R. P. Delarue en 1911 lors de son séjour à Constantinople. Il y poursuivait son enquête sur les massacres d'Adana du mois d'Avril 1909. Il tenait, pour compléter sa documentation, à faire traduire tout ce qui avait été dit à la Chambre et au Sénat turcs sur ces massacres et sur les affaires arméniennes en général. Je lui offris de lui traduire les passages des comptes rendus qui l'intéressaient. Je ne savais pas à quoi je m'engageais ; cette traduction était un véritable casse-tête, et on s'en rendra aisément compte quand on saura comment étaient reproduits les débats parlementaires. La sténographie turque n'existant pas, voici comment avait été résolu le problème de reproduire in extenso ces débats. Huit à dix secrétaires étaient, dans chacune des deux Chambres, placés sous la direction de ce que j'appellerai un chef d'orchestre, parce qu'il était armé d'un bâton. Ce chef dirigeait son bâton successivement vers l'un des secrétaires, et celui qui était ainsi visé devait écrire aussi vite qu'il le pouvait, la phrase que prononçait Fauteur, et s'arrêter au moment où le bâton était dirigé vers le camarade assis à côté de lui. A la fin de la séance on mettait bout à bout ces phrases ou membres de phrases. Hélas 1 si les chefs d'orchestre arrivent le plus souvent à maintenir l'harmonie entre les exécutants, le chef des secrétaires, malgré toute sa bonne volonté, n'arrivait le plus souvent qu'à établir un texte incompréhensible.
Nous avons passé avec le Père Delarue de longues heures pour arriver à découvrir le sens exact des comptes rendus parlementaires.
J'ai cité ces détails pour montrer avec quelle conscience le Père Delarue remplissait ses devoirs d'historien. Il avait commencé à recueillir les matériaux de l'ouvrage qu'il voulait consacrer aux évènements de Cilicie de 1909, ouvrage qui devait comprendre deux volumes. J'ignore ce que sont devenus les matériaux et les notes amassés en vue de cette publication ; mais, je n'hésite pas à dire que leur perte serait à jamais regrettable. Nul ne pourra plus refaire avec une telle compétence, une telle conscience, et j'ajoute avec une telle impartialité, le récit de ce qu'on a appelé «Les Vêpres Ciliciennes.. Il est vrai que le P. Delarue lui-même me disait que le massacre de quelques milliers d'Arméniens en 1 909 perdait de son importance auprès du massacre de plusieurs centaines de milliers pendant le cours de la guerre mondiale. Mais, il n'en reste pas moins que les massacres de Cilicie au lendemain de la proclamation de la Constitution par les Jeunes Turcs, et alors qu'on célébrait la fraternisation des différentes races de la Turquie, gardent tout leur intérêt historique.
Nos relations avec le Père Delarue ont continué à Paris après la guerre. Et c'est alors que j'ai pu constater quelle âme d'apôtre, quelle âme de saint, dans la plus large et la plus belle acception de ce mot, était le Père Delarue D'un désintéressement absolu, n'ayant jamais rien demandé aux Arméniens et n'en ayant rien reçu, sachant que son dévouement à leur cause ne pouvait lui rapporter aucun avantage matériel ou moral, sûr, au contraire, qu'il n'aurait qu'à en éprouver que des ennuis ou des avanies, le Père Delarue n'a pas hésité à consacrer les dernières années de sa vie aux Arméniens, poussé par le seul amour de la vérité et du bien. Sa mort même a été la suite d'un voyage accompli en pleine saison d'hiver par dévouement pour les Arméniens.
Avec quelques amis nous avons pensé qu'il était de notre devoir de perpétuer la mémoire de cet ami si dévoué des Arméniens en lui consacrant quelques lignes de biographie, puisque les règles de l'Ordre auquel il appartenait interdisent d'élever sur sa tombe le modeste monument qui aurait dit notre reconnaissance et notre admiration.
Je sais qu'une simple petite brochure ne saurait être le digne interprète des sentiment d'affection, de profonde gratitude et de haute estime dont tous les Arméniens sont animés envers le très regretté Père Delarue; mais, du moins, nos compatriotes pourront la garder comme une relique de famille qui leur rappellera le cher souvenir du noble et grand ami que nous avons perdu.

G. SINAPIAN


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