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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Didier DAENINCKX
( n. 1949 )

L'auteur

Didier DAENINCKX --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 27 avril 1949 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Didier Daeninckx, est un écrivain français, polémiste, auteur de romans noirs, de nouvelles et d'essais.

Issu d'une famille modeste, Didier Daeninckx prend résolument le parti d'orienter son œuvre vers une critique sociale et politique au travers de laquelle il aborde certains dossiers du moment (la politique des charters, le révisionnisme, etc.) et d'autres d'un passé parfois oublié (le massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961). Cette enquête historique le conduit parfois à quitter le domaine policier pour un réalisme social que souligne la sobriété de son style.

Didier Daeninckx travaille en tant que journaliste à amnistia.net, un quotidien en ligne d’information et d’enquêtes.

Il est un des porte-drapeaux de la littérature noire engagée politiquement. Son inspiration, il la trouve dans les faits divers, la vie quotidienne. C’est un homme qui aime s’imprégner de l’atmosphère du terrain, rencontrer des gens, prendre des photos, des notes. La réalité lui est nécessaire dans la composition de ses fictions. Il se plaît d’ailleurs à dire : "Je me balade et j'accumule un maximum d'informations, de livres. J'ai besoin de cette masse de documents. Ma manière de travailler, c'est l'obsession ". Sa définition du roman noir : " un roman de la ville et des corps en souffrance ".
Il détient de nombreux prix : Prix populiste, Prix Louis Guilloux, Grand Prix de littérature policière, Prix Goncourt du livre de jeunesse et, en 1994, la Société des gens de lettres lui a décerné le Prix Paul Féval de littérature populaire pour l’ensemble de son œuvre.

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Livre numéro 1422
Didier DAENINCKX --- Cliquer pour agrandir Missak, l'enfant de l'affiche rouge
Titre : Missak, l'enfant de l'affiche rouge / auteur(s) : Didier DAENINCKX -
Editeur : rue du monde
Année : 2009
Imprimeur/Fabricant : 18-Saint-Amand-Montrond : Impr. Clerc
Description : vol. (49 p.-dont 8 dépl.), ill. en coul., couv. ill. en coul. ; 26 cm. Album de bande dessinée, Illustrations de Laurent Corvaisier ; conception graphique, Alain Serres
Collection : Pas comme autre
Notes : Bande dessinée suivant la sortie du livre "Missak", du même auteur ; En appendice, choix de documents. - Bibliogr., filmogr., discogr., 1 p.
Autres auteurs :
Sujets : Roman historique : Histoire de la résistance en 1944, participation de Missak Manouchian
ISBN : 9782355040801
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 17,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Missak Manouchian est un enfant quand la guerre le pousse à grandir ailleurs, loin de sa terre d'Arménie. En France, il devient l'ami des poètes et des peintres. Il. tombe amoureux de Mélinée. En 1943, avec ses compagnons immigrés, il décide d'entrer en résistance contre la barbarie nazie, au sein du célèbre réseau de l'Affiche rouge. Un combat de tous les dangers pour la liberté.

Livre numéro 1401
Didier DAENINCKX --- Cliquer pour agrandir Missak
Titre : Missak / auteur(s) : Didier DAENINCKX -
Editeur : Perrin
Année : 2009
Imprimeur/Fabricant : CPI Firmin Didot à Mesnil-sur-l'Estrée
Description : 14 x 21 cm, 300 pages, couverture sous jaquette NB
Collection : Singulier
Notes : Bibliogr., 3 p.
Autres auteurs :
Sujets : Roman historique : Histoire de la résistance en 1944, participation de Missak Manouchian
ISBN : 9782262028022
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 16.90 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

21 février 1944. A quelques heures de son exécution par les Allemands, Missak Manouchian écrit une lettre bouleversante à sa femme Mélinée.
Janvier 1955. Louis Dragère, journaliste à L'Humanité, est missionné par le parti communiste pour retracer le parcours de ce héros de la Résistance à Paris. C'est ainsi qu'il exhume l'ultime lettre de ce communiste arménien engagé, qui contient de nombreux points de suspension, preuves d'une curieuse censure.
De rencontres en découvertes d'archives inédites, Dragère comble les blancs au fur et à mesure d'une enquête passionnante où se croisent Jacques Duclos, Louis Aragon, l'ancien chef des Francs-tireurs et partisans CharlesTillon, le peintre Krikor Bedikian ou encore Henri Krasucki. Et se dessine peu à peu le profil étonnant d'un homme bien éloigné de l'image véhiculée par l'Affiche rouge.
Daeninckx joue à la frontière ténue qui sépare le romancier de l'historien. Il signe ici le premier livre consacré à la mémoire d'un personnage encore trop peu honoré, Missak Manouchian, héros d'une population immigrée engagée dans la Résistance.


Propos recueillis par Marie Aude Panossian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 156, Octobre 2009

Nouvelles d'Arménie Magazine : Que Didier Daeninckx s’intéresse à Manouchian, c'est surprenant.
Didier Daeninckx : Non, non, j'ai déjà écrit un livre sur Rino della Negra, un des compagnons du groupe, car j'ai découvert que pendant la résistance il jouait au Red Star du Saint-Ouen, club de foot que j'aime beaucoup. J'ai fait ensuite un second ouvrage sur la vie d'un inspecteur des renseignements généraux (Itinéraire d'un salaud ordinaire) où il intervient à travers le groupe Manouchian.
NAM : D'où vous vient cet intérêt pour cette période ?
D. D.: Mon histoire familiale est assez curieuse, elle se compose de gens du peuple qui ont toujours pris parti. La partie belge a refusé de porter l'uniforme, par exemple. Mon grand-père français, paysan, puis conducteur de locomotive est devenu maire avant d'être nommé conseiller général de la Seine pour le parti communiste au moment du Front populaire. Compagnon de Charles Tillon, il a refusé le pacte germano-soviétique en 1939 ce qui lui a valu une mise à l'écart du parti. Ma mère, elle, préparait les repas dans les écoles d'Aubervilliers. Parfois, elle disparaissait une semaine sans que l'on sache pourquoi. En fait, elle passait des valises et des clandestins en France du temps de la dictature de Franco. Une année aussi, j'ai hébergé dans ma chambre, pendant quinze jours, une délégation vietcong clandestine venue mener des négociations secrètes avec les Etats-Unis. J'appartiens donc à une famille tout à fait ordinaire mais qui témoignait de la solidarité au monde. Cela m'a donné le goût de l'histoire. Et comme cette histoire me paraissait douloureuse j'ai essayé de comprendre. Comprendre le silence de mon grand-père après sa mise sur la touche au PC. A force de les voir porter une sorte de malheur, on s'interroge. On redoute de tomber sur quelque chose de désagréable qui abîme l'amour que l'éprouve pour eux.
NAM : C'est arrivé ?
D. D.: Non. J'ai eu de la chance, ce que j'ai découvert m'a libéré. Ces gens ont agi sans intérêt matériel, pour quelque chose de l'ordre d'un idéal, d'une utopie même si elle s'est transformée ensuite en cauchemar. Ils s'inscrivaient dans un élan généreux.
NAM : ...Comme Manouchian
D. D.: Oui. C'est un être solaire. Tout ce qu'il a fait dans sa vie nous est nécessaire. Il est communiste sous Staline, milite pour l'Arménie soviétique et évidemment, il ne faut pas éluder ces questions. Mais en même temps, il possède une incroyable ouverture aux autres, accepte la contradiction et intègre dans son groupe même des personnes qui s'opposent à lui et contre l'avis du PC. Il fait preuve d'une force de caractère, d'une grandeur d'âme. Je le trouve incroyable.
NAM : Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture du livre ?
D. D.: Une exposition il y a trois ans sur la résistance arménienne au musée de la gare Montparnasse. En voyant les documents inédits exposés, j'ai ressenti une immense émotion. Et puis, je suis tombé sur une énigme : un tableau de Manouchian qui datait de 1929. Je me suis demandé qui pouvait s'intéresser à lui à cette époque tant j'avais l'impression qu'il était né en 1943 pour mourir en 1944. Il se consume totalement dans sa résistance et sa mort. Un an après, j'ai contacté Katia Guiragossian à qui la toile appartenait, lui ai présenté mon projet et, à notre troisième rencontre, elle m'a ouvert ses archives de Meline et Missak. C'était la caverne d'Ali Baba ! Personne avant, aucun historien n'avait eu la chance de compulser ces documents. Ils ont renouvelé le regard que l'on porte habituellement sur lui : Manouchian a posé pour Carzou, crée des revues de poésies, traduit en arménien Rimbaud et Verlaine. Il fréquentait aussi l'université ouvrière crée par le PC tout comme Nizan et Robert Jospin. Le père de Lionel ! Rien n'a été dit sur cet homme.
NAM : Comment l'expliquez-vous ?
D. D. : On a considéré que la légende suffisait. On a totalement contingenté ce personnage dans la geste héroïque, comme si le reste de sa vie suivait une sorte de parcours logique qui allait le conduire à la mort. Mais c'est faux. Rien ne le prédestinait à être un martyre, au contraire. Il aimait la vie, voulait faire partager les choses les plus élevées de l'âme humaine mais les événements l'ont contraint. A un certain moment, il a du choisir. Pour que la poésie demeure, il a combattu le Nazisme ce monde sans rêve. La période transforme ce poète en guerillo.
NAM : C'est un enfant du génocide aussi
D. D. : Oui mais je me suis aperçu que si sa mère meurt de faim, son père lui disparaît en résistant aux Turcs, les armes à la main. Missak est ensuite recueilli par des Kurdes, avant de partir au Liban puis de s'installer à Paris. Son caractère se forme par le génocide qui reste un événement indélébile. Puis, par un hasard extraordinaire il se retrouve dans un orphelinat à Djounié où il se confronte à la culture arménienne et française. Il découvre Victor Hugo et forme le voeu de devenir poète. La seule patrie assez grande pour son rêve alors s'appelle la France.
NAM : Pourtant cette patrie pour laquelle il a donné sa vie l'a un peu oublié
D. D. : La statue lui fait de l'ombre. Il faut lui redonner du contenu, se demander comment il a bâti son parcours. Cela permet de comprendre quel rapport cet émigré entretient à son pays d'accueil, comment il fait corps avec lui.
NAM : La rappeler dans une France avec un ministère de l'identité nationale n'est pas un hasard.
D. D. : Son parcours nous dit effectivement des choses sur aujourd'hui. Il y a actuellement des gens que l'on expulse, la France se mordra un jour les doigts de ne pas les avoir gardé sur son territoire. Mais heureusement tout n'est pas oublié.
Plein de jeunes connaissent le poème d'Aragon, la chanson de Leo Ferré. Ils ont étudié l'Affiche rouge en classe.
NAM : Comment expliquez-vous que cette année sorte pratiquement en même temps Votre livre, celui sur Thomas Elek et L'armée du crime de Robert Guediguian ?
D. D. : L'injure qui m'a été faite en tant que citoyen français de dénommer un ministre, ministre de l'identité nationale, est une chose contre laquelle les gens s'insurgent. Dans ce climat, on a besoin à un moment de rappeler les enseignements de l'histoire. Si on se tait, on se sent complice. Faire ce film permet à Guédiguian de dire : « Non, pas avec moi ». En écrivant ce livre, je dis : « Non, pas avec moi. Je ne serai pas complice, même par le silence ». Cette période réveille les énergies, redonne une incroyable force.
NAM : Vous avez beaucoup travaillé sur le négationnisme.
D. D.: Effectivement. Je me suis retrouvé aux côtés de personnalités comme Yves Ternon, Phlippe Videlier... Vous savez, ce combat est essentiel. Moi, je ne suis ni Arménien, ai juif, ni cambodgien ni ruandais mais je suis victime en tant qu'homme qu'une part de l'humanité ait été exterminée.
NAM : Vous comprenez que la Turquie ambitionne de rentrer en Europe sans reconnaître le génocide ?
D. D. : Absolument pas. Jean Jaurès déjà expliquait que les puissances européennes, l'Occident devaient aider l'empire ottoman à se moderniser, se démocratiser. Sans soutien aux partis les plus démocratiques rien ne changerait affirmait-il. On est toujours dans cette position là. De fait, le problème de la Turquie en Europe se pose. Mais si déjà il n'y a pas de reconnaissance pleine et entière du génocide et des responsabilités de l'état turc, alors la Turquie ne peut pas rentrer en Europe. Pour moi, c'est un préalable à toute discussion.
NAM : On a longtemps soupçonné le parti communiste d'avoir donné le groupe. Êtes-vous de cet avis ?
D. D. : J'ai eu accès à toutes les archives policières. J'ai consulté aussi celles du parti communiste : il n'y a pas de trace d'un ordre qui aurait exigé d'abandonner le groupe ou de le livrer aux Nazis. L'acharnement et la patience de la police est une donnée essentielle à la chute du groupe Manouchian. On s'aperçoit, et c'est une des révélation du livre, qu'une mécanique incroyable s'est mise en route après l'arrestation d'Henri Krasucki, dont le mouvement réunit 300 jeunes juifs. Une centaine est arrêtée en mars 1943. Soit sept mois avant Manouchian. Les deux hommes ne se connaissent pas. Mais Marcel Rayman qui parvient à échapper à la rafle est activement recherché par la police. Elle le repère en juillet, le file et découvre qu'il rencontre Manouchian et tout le groupe. Les policiers extrêmement nombreux tissent une toile. Tous les soirs, un analyste fait une synthèse des notes ramenées par les agents. Rien ne leur échappe, c'est effroyable. En octobre, Davidovich donne des signes de fébrilité, il se fait arrêter. Ce commissaire politique, ce type courageux craque lorsque l'on menace de torturer sa femme. Il commence à parler. En novembre, ils sont arrêtés.
NAM : Désormais qu'attendez-vous de ce livre ?
D. D.: La restitution de l'image de Manouchian, de ses compagnons, des anonymes aussi comme la grand-mère de Katia. Rescapée du génocide, avec deux enfants en bas âge, elle planque chez elle des hommes du groupe. Elle est le symbole de cet héroïsme au quotidien. Mais ce que je désire vraiment c'est qu'un jeune historien lise mon livre et entame un doctorat sur Manouchian. Qu'il s'embarque pour cinq-six ans, ait accès à des textes arméniens et aille retrouver les traces de Melinée à Erevan. C'est tout.

Propos recueillis par Marie Aude Panossian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 156, Octobre 2009


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