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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

EVAGRE le Pontique
( 346 - 399 )

L'auteur

 EVAGRE le Pontique --- Cliquer pour agrandir
Evagre le Pontique* (Evagrius Ponticus, vers 346-399).

L'article ci-dessous est un texte de soeur Véronique Dupont, cistercienne (Osb Venières), extrait de la page web :
http://www.scourmont.be/studium/dupont/vol1/chapiv.html

L’intellectuel des Cellules! (345-399). Né à Ibora, dans la province du Pont (d’où son surnom de "Pontique"), Evagre fut ordonné lecteur par Basile. Après la mort de ce dernier, il s’attacha à Grégoire de Nazianze qui l’ordonna diacre et qu’Evagre considéra toujours comme son maître. Grégoire lui apprit en effet la philosophie et la théologie.
En 381, lorsque Grégoire de Nazianze quitte le siège patriarcal, Evagre reste à Constantinople avec le successeur, Nectaire, et se fait remarquer par son habileté dans les discussions avec les hérétiques. Et voilà que survient dans sa vie privée un événement qui va bouleverser son orientation. Très brillant, Evagre côtoie les plus hauts personnages de la cour impériale. Il reçoit des honneurs partout, et voilà qu’il s’éprend de la femme d’un haut fonctionnaire. Il réalise alors les dangers et les tentations de la vie. A la suite d’un songe il quitte Constantinople pour échapper aux dangers de toutes espèces auxquels l’exposait cette passion. Ce départ fut pour lui la première phase d’une conversion à la vie ascétique. Il gagne Jérusalem où il est accueilli par sainte Mélanie l’Ancienne et par Rufin. Mélanie l’engage à embrasser la vie monastique et à se rendre dans le grand désert d’Egypte. C’est ainsi qu’Evagre passe deux ans à Nitrie, puis quatorze ans dans le désert des Cellules où il se livre à l’ascétisme le plus rigoureux, domptant sa chair par le jeûne et de rudes mortifications, exerçant le métier de copiste "car, écrit Pallade, il écrivait très bien les caractères d’oxynorhinque". Evagre est le compilateur des sentences des premiers maîtres de vie ascétique et il composera lui-même de nombreuses sentences et centuries (sentences groupées par cent) : courts passages bien frappés, visant à la concision, facilitant la tâche de la mémoire et permettant ainsi à tout le monde - même aux analphabètes - de ruminer ces perles monastiques. Mais vous savez, au milieu de ce peuple de moines illettrés, Evagre fait vraiment figure d’intellectuel; il tranche sur l’ordinaire et vous trouverez nombre d’apophtegmes dans lesquels on le rappelle à la modestie, ou bien on l’amène à reconnaître que toute la philosophie qu’il a trouvée dans les livres n’est rien auprès des vertus que les égyptiens, dans leur rusticité, ont acquises par l’ascèse. Ces réserves s’expliquent par le fait qu’Evagre appartenait à un petit groupe de moines origénistes, mal vus de l’ensemble des anachorètes. De plus il sera toujours considéré comme un étranger. Avant que ne se lève la querelle origéniste, Evagre était tellement estimé de l’évêque Théophile d’Alexandrie que celui-ci voulut l’ordonner évêque. Mais Evagre refusa. Il meurt à cinquante-quatre ans, en 399, dans le désert.
Evagre est un auteur très fécond. Les moines d’Orient comme d’Occident ont étudié ses écrits et l’on va retrouver sa doctrine spirituelle dans toute la tradition. Il va avoir un rayonnement extraordinaire, mais, condamné comme origéniste au Ve concile oecuménique, les grecs ne pouvaient plus le reconnaître. On a brûlé une partie de ses écrits. Cependant, pour ne pas renoncer à ceux de ses ouvrages qu’ils tenaient à conserver, ils durent les camoufler et les firent passer sous d’autres noms, principalement sous celui de Nil.


Evagre est un témoin de la spiritualité du désert. Il s’est fait, dans toute son oeuvre, témoin de l’enseignement que se transmettaient, de maître à disciple, les solitaires égyptiens et qui nous est surtout connu par les apophtegmes. Lui-même se réfère aux paroles des Pères ou à l’enseignement de tel ou tel d’entre eux. Sa doctrine de la xénythia (s’expatrier = fuir le monde) et de l’hésychia (la vie en solitude dans la paix intérieure) est en fait celle du milieu monastique dans lequel il a vécu. Dans sa démonologie (il est très fort là-dessus!) une grande part est faite à l’expérience et à l’enseignement pratique des moines du désert. Mais Evagre a su incorporer les éléments de cette doctrine toute empirique dans un ensemble de spéculations empruntées à la tradition philosophique et théologique et tout à fait étrangères à l’esprit des solitaires égyptiens. Il a ainsi constitué un système personnel. Evagre vise à donner un enseignement selon la mesure de chacun. Chaque sentence est faite pour être méditée pour elle-même. Elle prend souvent un tour énigmatique de manière à mieux stimuler la méditation et aussi de façon à ne pas exposer trop brutalement une vérité devant des esprits qui ne peuvent pas encore la comprendre "toute crue". Vous trouvez là des traces fortes de "discrétion" que l’on rencontre dans toute la tradition monastique.
La théologie spirituelle d’Evagre peut schématiquement se considérer ainsi : première étape : la pratique, deuxième étape : la théorie (= la contemplation). La pratique, c’est la lutte contre les pensées qui assaillent, les passions, pour atteindre l’apatheia (la maîtrise des passions). Evagre connaît bien les passions, il les analyse et lance ainsi la doctrine des huit vices capitaux qui deviendra celle des sept péchés capitaux et à laquelle Cassien, Jean de Damas, Grégoire le Grand, attacheront une grande importance. Au terme de la pratique s’épanouit la charité, l’agapè, fille de l’apatheia. Alors commence la vie gnostique qui s’achève dans ce qu’Evagre appelle la théologie. Ce que l’intellect peut voir ici-bas, c’est "le lieu de Dieu", "la lumière sans forme" qui se lève en lui à l’heure de la prière. Cette lumière, Evagre la nomme tantôt "lumière de l’intellect", tantôt "lumière de la sainte Trinité".
Cette doctrine ascétique et mystique s’insère dans un système métaphysique et théologique assez particulier qu’Evagre expose dans sa Lettre à Mélanie et, bien sûr, dans les Centuries gnostiques. Mais vous étudierez cela plus tard si vous vous spécialisez dans la théologie d’Orient.



La théologie d’Evagre a eu une influence importante sur la théologie postérieure, influence décisive sur la formation de la doctrine ascétique chrétienne chez les latins via Cassien; chez les grecs tels les Pères neptiques (les Veilleurs), Maxime le Confesseur, Jean Climaque, etc...; chez les syriens qui vénèrent Evagre comme le grand Docteur mystique, en particulier les nestoriens, notamment Isaac de Ninive (VIIe s), Joseph Hazzaya (VIIIe s) et Jean Bar Kaldoun (Xe s) pour ne citer que quelques chaînons de cette grande tradition; chez les arméniens où Evagre jouit d’un très grand prestige. Les versions syriaques des oeuvres d’Evagre servent à réaliser des versions arabe et iranienne qui vont porter l’influence de celui-ci jusqu’au coeur de l’Asie. On possède aussi de nos jours certaines parties des textes d’Evagre en géorgien et en éthiopien.


Je ne saurais trop vous recommander la lecture de quelques oeuvres d’Evagre tel son Traité sur l’oraison, un petit joyau un peu difficile d’accès mais plein de perles précieuses. Ce sont de courtes maximes, bien frappées, présentées en cent cinquante-trois petits chapitres, sur la prière. Pourquoi cent cinquante-trois? Parce qu’il y a eu cent cinquante-trois poissons péchés sur les bords du lac de Galilée lors de la pêche miraculeuse. Dans le traité Du Moine vous trouverez des sentences compilées des Pères et maîtres de la vie monastique; à vous d’en trouver le sens dans la prière à la lumière du Saint- Esprit.

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Livre numéro 275
 EVAGRE le Pontique --- Cliquer pour agrandir Le Gnostique, à celui qui est devenu digne de la science
Titre : Le Gnostique, à celui qui est devenu digne de la science / auteur(s) : EVAGRE le Pontique - Évagre le Pontique ; éd. critique des fragments grecs, trad. intégrale établie au moyen des versions syriaques et arménienne, commentaire et tables par Antoine Guillaumont,... et Claire Guillaumont,..
Editeur : Editions du Cerf
Année : 1989
Imprimeur/Fabricant : 87-Limoges : Impr. A. Bontemps
Description : 208 p. ; 20 cm
Collection : Sources chrétiennes, ISSN 0750-1978 ; 356
Notes : Fait suite au "Traité pratique" du même auteur. - Bibliogr. p. 9-16 et 87. Index
Autres auteurs :
Sujets : Religion
ISBN : 9782204031905
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 21,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Le petit traité intitulé Le Gnostique d'Evagre le Pontique fait suite au Traité pratique du même auteur, édité précédemment (V170 et 171). Le "gnostique" est celui qui, ayant mené à bien la "pratique" et ayant atteint par elle un certain degré d'impassibilité, est parvenu à la science spirituelle. Il a pour tâche désormais d'aider les autres à y accéder à leur tour et à y progresser. Le livre concerne donc essentiellement l'enseignement du gnostique ; à quelles conditions celui-ci pourra enseigner, ce qu'il enseignera (notamment l'exégèse), comment il enseignera, les précautions qu'il devra prendre, ne révélant à chacun que ce qu'il est capable de comprendre et réservant aux plus avancés les vérités les plus hautes concernant la "physique" et la "théologie". L'introduction situe cet enseignement dans la tradition monastique du désert et, d'autre part, dans la tradition scolaire issue de l'hellénisme. Le texte grec de ce livre ne nous est pas parvenu en tradition directe. Seuls ont pu être recueillis et sont édités ici des fragments de provenance diverse et souvent de médiocre qualité, représentant environ la moitié du traité. L'ensemble du texte a pu être établi, pour la première fois, en traduction française, à l'aide de trois versions syriaques et d'une version arménienne. Le commentaire signale les principales divergences existant entre ces divers témoins, fragments grecs et versions, souvent en grave désaccord entre eux. Il fournit aussi de nombreux rapprochements avec les autres oeuvres d'Evagre et avec celles d'auteurs antérieurs, rapprochements qui permettent d'éclairer ces "chapitres" qui, comme c'est la loi du genre, sacrifient souvent la clarté à la concision.

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