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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Vassili Semenovitch GROSSMAN
( 1905 - 1964 )

L'auteur

Vassili Semenovitch GROSSMAN --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 12 décembre 1905 à Berditchev (Ukraine), décès le 15 septembre 1964 à Moscou (Russie).

Après des études de chimie à l'université de Moscou, il devient ingénieur dans le Donbass, et y décrit sur des carnets la vie des mineurs avant la révolution de 1917 dans une nouvelle datée de 1934. Il suit stylistiquement les canons du 'réalisme socialiste' : il appartient par ailleurs à une génération qui soutient encore le Staline. Mais la guerre va bouleverser sa perception de l'URSS : entre combats sanglants et exterminations des Juifs d'Europe, Vassili Grossman commence à entrevoir la réalité soviétique et met en parallèle les essences totalitaires des régimes staliniens et hitlériens. Il est dès 1941 correspondant de guerre, notamment pendant le siège de Stalingrad dont il retirera son premier roman publié en 1945 et intitulé 'Stalingrad, choses vues'. Il travaille aussi sur les témoignages des hommes et des crimes de guerre et découvre durant son périple l'horreur de Treblinka. Ces chocs historiques lui inspireront son chef d'oeuvre, 'Vie et Destin', en 1952 qui sera saisi et interdit par le KGB. Ce roman d'une ampleur considérable ne franchira le Rideau de Fer que vingt ans après la mort de son auteur, grâce à une version microfilmée que conservait Andreï Sakharov.

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Livre numéro 1293
Vassili Semenovitch GROSSMAN --- Cliquer pour agrandir La paix soit avec vous : : notes de voyage en Arménie
Titre : La paix soit avec vous : : notes de voyage en Arménie / auteur(s) : Vassili Semenovitch GROSSMAN - traduit du russe par Nilima Changkakoti ; préface de Shimon Markish
Editeur : L'Age d'Homme
Année : 2007
Imprimeur/Fabricant : Nouvelle Imprimerie Laballery, 58500 Clamecy
Description : 175 pages, 14 x 21 cm
Collection :
Notes : Nouvelle édition
Autres auteurs :
Sujets : Arménie -- Descriptions et voyages
ISBN : 9782825137833
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 18,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

On connaissait le « Voyage en Arménie » de Iossip Mandelstam, écrit dans les années 30, peu avant que le poète ne prenne un aller simple vers la Kolyma. A part cet hymne d'un Juif russe que l'on lit et relit encore, le régime soviétique a produit peu ou pas d'œuvres littéraires de valeur sur l'Arménie ou sur le peuple arménien. Pourtant il existait un autre texte, dont le destin a fait une œuvre mythique : « La Paix soit avec vous » de Vassili Grossman, un autre Juif, comme par hasard.

Soljenitsyne
L'histoire réelle du livre débute en novembre 1961. Jusqu'en 1950, Grossman est un artisan littéraire dans la plus pure lignée du réalisme socialiste, très bien noté au Kremlin. « Le peuple est immortel » ou « Pour une juste cause », aux titres si évocateurs qu'on peut les lire sans les avoir ouverts, sont les livres de chevet de Souslov, grand maître de l'idéologie soviétique.
Hélas, Grossman veut faire œuvre d'écrivain. A peine le cadavre de Staline refroidi, voici qu'il passe dix années entières à rédiger ce qui sera le grand opus de sa carrière, « Vie et Destin ». 750 pages d'une épopée tolstoïenne, de la fin de la guerre à la fin du stalinisme. Parmi les premiers à découvrir les camps, à Treblinka, comme correspondant de guerre, il est sans doute le premier aussi à faire le parallèle entre l'horreur nouvelle et celle ancienne qu'il connaissait : le massacre des Arméniens.
Pendant 750 pages, « Vie et Destin » portera en filigrane le parallélisme de destin de ces deux peuples. Soumis à la censure, « Vie et Destin » connaîtra le verdict en février 1961 : le KGB confisque toutes les copies de l'œuvre. Sauf une. Le précurseur de Soljenitsyne entre dans l'oubli.
C'est la pauvreté, qui conduira Grossman à accepter un travail de « rewriting » d'un roman arménien : « Les enfants de la grande maison » de Hratchia Kotchar, plus connu pour son roman Garod, mis en film par Frounzé Dovlatian. Il arrive à Erevan en novembre 1961.
En décembre, il commence à mettre en forme ses notes sur l'Arménie sous le titre « La paix soit avec vous », traduction de « Parev Tzez ».

Promotion à outrance
Plus qu'un récit, le texte est la recherche d'une arménité insaisissable parce que quotidienne « J'ai vu, écrit-il dès le début, le fondement, la racine d'un peuple millénaire de laboureurs, vignerons, bergers ; j'ai vu des maçons ; j'ai vu des assassins, des zazous, des sportifs, des magouilleurs et des roublards, j'ai vu de grands dadais paumés, et j'ai vu des colonels et des pêcheurs du Sevan... ». L'Arménie d'aujourd'hui, en somme. « ... En chacune des personnes, si spéciales et différentes, il y a une nuance, une couleur, qui participe du caractère national ». Ce sentiment national est si omniprésent dans ces années soixante, qu'il envahit tous les compartiments de la raison.
Grossman en tire les conséquences, pour nous si familières : « La poésie, l'architecture, la science, l'histoire, cessaient d'avoir une signification en elles-mêmes... Elles n'avaient de sens que dans la mesure où elles permettaient de mettre en évidence la supériorité du caractère national arménien ... » Et de conclure sur cette hypertrophie «J’ai compris que dans cette promotion à outrance du caractère national arménien, les coupables étaient ceux qui, de longs siècles durant, avaient bafoué la dignité arménienne. Les coupables étaient les assassins turcs qui avaient fait couler le sang arménien innocent » Plusieurs fois, le mot de « génocide » reviendra dans le texte. Quatre ans avant la manifestation du cinquantenaire à Erevan...

Ignoré par l'intelligentsia
Après cette introduction, Grossman tire les portraits de visages croisés à Erevan, Dilidjan ou Cahkadzor, si proches pour les avoir jadis rencontrés dans son village natal de Berditchev en Ukraine, ou à la sortie de Treblinka.
Pourtant, dans le monde littéraire arménien, aucune manifestation particulière de sympathie. Rien. L:intelligentsia arménienne le boude. Pire, l'ignore.
La seule consolation à sa solitude forcée viendra à la fin, dans un village perché sur le flanc sud de l'Aragats, au cours d'une noce villageoise. Dans le hangar où les « guénats » se succèdent, le charpentier du kolkhoze prend la parole. « Il disait, raconte l'auteur, qu'il avait lu mes articles de guerre où je décrivais les Arméniens et avait pensé : voilà un homme, dont le peuple a subi de cruelles souffrances et qui écrit encore sur les Arméniens ! Il avait envie qu'un fils du peuple martyr arménien écrive sur les juifs. En cet honneur, il allait même boire un verre de vodka. Tout le monde se leva, hommes et femmes... »
Lorsque la noce se termine, Grossman clôt le récit par «Barev Dzes - La paix soit avec vous, Arméniens et non-Arméniens ». Fin.

Traduction
Une fois son texte achevé, Grossman envoie son manuscrit au journal Novy Mir. Le texte ne verra jamais le jour de son vivant.
Il ressurgira en 1965, dans la revue Literaturnaia Armenia, amputé de plus de la moitié. Il attendra 1988 pour être édité en version intégrale et un an encore pour être traduit en français par la maison L'Âge d'Homme.
La réédition vient de paraître et complète l'œuvre d'un auteur que beaucoup considèrent aujourd'hui comme l'un des plus grands écrivains de l'ère soviétique, avec Soljenitsyne, Pasternak et Mandelstam.
A l'heure qu'il est, nous ne savons pas si « Barev Dzes » -La paix soit avec vous- est traduit en arménien.

René Dzagoyan, Les Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 138, Février 2008


Livre numéro 312
Vassili Semenovitch GROSSMAN --- Cliquer pour agrandir La Paix soit avec vous : notes de voyage en Armenie
 
Titre : La Paix soit avec vous : notes de voyage en Armenie / auteur(s) : Vassili Semenovitch GROSSMAN - trad. du russe par Nilima Changkakoti ; pref. de Shimon Markish
Editeur : defallois
Année : 1989
Imprimeur/Fabricant : 18-Saint-Amand-Montrond : Impr. SEPC
Description : 175 p. 20 cm
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Armenie -- Descriptions et voyages
ISBN : 2877060306
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 11,43 euros

Commentaire :

A lire comme le testament d'un écrivain, le bilan de sa vie. Grossman parle de ce qui lui tient à cœur, le peuple, les gens simples, le martyre arménien.

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