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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

A.-P. HACOBIAN

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Livre numéro 1711
A.-P. HACOBIAN --- Cliquer pour agrandir L'Arménie et la guerre
 
Titre : L'Arménie et la guerre / auteur(s) : A.-P. HACOBIAN -
Editeur : Hagop Turabian
Année : 1918
Imprimeur/Fabricant : Hagop Turabian
Description : 13 x 18 cm, 144 pges
Collection :
Notes : Traduction d el'ouvrage paru en 1917 à Londres "Armenia and the war, an Armenian's point of view with an appeal to Britain and the coming peace conference, by A. P. Hacobian. With a preface by the Rt. Hon. Viscount Bryce" ; Préface du Très Honorable Vicomte Bryce, O. OM.
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ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :

INTRODUCTION DE M. ALBERT THOMAS

Vendredi, 11 Octobre.
A l'heure où nos ennemis nous demandent de déposer les armes, où nous allons avoir à débattre nos conditions de paix et où nous devons nous préoccuper des formules qui régleront pour longtemps le sort futur des peuples impliqués dans la guerre, il est bon qu'une voix autorisée vienne nous parler une fois encore des Arméniens. Le petit livre de M. A. P. HACOBIAN a été fait pour le public anglais, il y a quelque temps. C'est un plaidoyer auquel les événements tout récents donnent un intérêt d'actualité. Les faits qui y sont exposés sont la preuve poignante de l'invraisemblance et .de l'injustice des accusations qui ont été lancées fort légèrement contre les Arméniens de Bakou, lors de l'échec pénible de la trop faible expédition anglaise. Il présente cependant assez de généralités pour valoir la peine d'être donné tel quel au public français. Des hommes généreux ont toujours fait appel à sa sympathie et à sa pitié en faveur du peuple arménien. Mais ce n'est pas de sympathie et de pitié qu'il s'agit. Il s'agit de droit et d'organisation politique. De ce point de vue, il est bon et particulièrement opportun de rappeler le peuple arménien à la sollicitude de notre opinion et de notre Gouvernement. L'Arménie offre le cas le plus aigu du problème des nationalités, c'est, pourrait-on dire, le cas de conscience par excellence des nationalités. Un très antique passé, une énergie politique qui fut parfois redoutable, une civilisation originale et vivace, des qualités individuelles et des qualités de peuple de tout premier ordre font aux Arméniens une place d'honneur parmi les peuples qui ont le droit de se dire des nations. Les accidents historiques qui les ont subordonnés à une succession d'empires et finalement à l'empire turc n'ont pas réussi à disloquer leur âme nationale. Elle a survécu même à la bonne volonté de s'accommoder aux circonstances. Les Arméniens ont fait de leur mieux pour se prêter au régime turc. C'est celui-ci qui n'a pas pu s'accommoder de leur masse non assimilée, de leur prospérité économique, de leur esprit d'entreprise, de leur valeur inquiétante. Les Turcs ont opté pour la solution simple du problème : l'extermination. Ils n'ont pas réussi et la révolte de l'esprit public en Europe porte témoignage au droit imprescriptible de la nationalité.
Mais il ne suffit pas de le reconnaître. Il faut qu'il puisse s'exercer. L'un des mérites du livre de M. HACOBIAN est de poser et d'examiner les conditions dans lesquelles pourrait vivre la nationalité arménienne. La solution qu'il critique, celle de la suzeraineté ou de l'annexion russe n'a plus qu'un intérêt historique. M. HACOBIAN revendique nettement pour l'Arménie l'indépendance absolue, la constitution en état autonome. Mais, la masse arménienne s'étant effritée, attirée par les grandes villes, par l'étranger, et de plus, hélas, on sait combien elle a souffert, que reste-t-il d'Arméniens en Turquie? Combien de foyers sont éteints pour jamais. Les débris d'un peuple arménien pourraient-ils subsister en forme d'état? M. HACOBIAN pose nettement pour les Arméniens le droit aux réparations. Il affirme leur valeur supérieure à celle des Turcs et des Kurdes auxquels ils se trouvent mêlés dans le territoire qu'ils revendiquent. Il compte sur leur énergie vitale et la puissance de reconstitution dont ils ont fait preuve.
Mais quelles que soient les possibilités de l'heure, quelles que soient les convenances et l'imagination des diplomates qui discuteront la paix, il faudra que le traité de paix que nous attendons garantisse au peuple arménien non seulement la sécurité des individus, mais son existence et son libre développement en tant que nationalité. L'Entente l'a promis implicitement ou expressément dans les déclarations trop obscures et trop décousues qu'elle a faites de ses buts de guerre, mais qui cependant procèdent de principes constants. C'est un cas de haute morale internationale qui se pose à la conscience des peuples et des politiques. L'Arménie fait appel à la solidarité des nations.
On parle beaucoup en ce moment de comptes ouverts et de comptes à régler. Le compte de solidarité que les Arméniens présenteront à l'Europe le jour où s'ouvrira le congrès de la paix se solde à l'heure qu'il est par un déficit inquiétant. Certes la responsabilité des massacres arméniens retombe lourdement sur l'Allemagne. Mais peut-on dire que l'Europe occidentale n'en ait pas sa part. C'est la tâche de la politique internationale timide, méfiante, égoïste des années si plates que nous avons vécues. Tout homme dont la pensée dépasse le cercle de la vie quotidienne ne saurait lire sans rougir les beaux passages que M. HACOBIAN a détaché du livre du duc d'Argyl : Our responsibilities for Turkey.
L'Europe occidentale a endossé par inaction les crimes de la Turquie et peut-elle se flatter pour la façon dont cette guerre a été conduite en Orient pendant de trop longues années ait été sage et honorable. Entre toutes les nationalités d'Orient sacrifiées à notre timidité, l'Arménie est un remords. La pensée de l'Arménie est une pensée pénible et nous nous devons à nous-mêmes les restaurations, les compensations qui doivent être sa revanche, heureux si le sang qu'elle a versé donne vie et pouvoir aux lois non écrites de l'humanité qui jugent la politique et dont procède, en fin de compte, le droit des nationalités.
ALBERT THOMAS.


PRÉFACE DU VICOMTE BRYCE pour l'édition française
Cette guerre a causé de multiples et terribles souffrances à beaucoup de peuples, mais celles infligées par la cruauté turque et l'ambition allemande au peuple Arménien, ont été les plus terribles de toutes. Les Arméniens n'ont rien fait pour provoquer ni les Turcs, ni les Allemands ; ils n'ont été massacrés que parce qu'ils étaient chrétiens et supérieurs en intelligence et en industrie. Ils ont été trahis même par les bolchevikis [sic] russes qui ont rendu une partie de leur pays aux Turcs et les ont laissés presque sans défense. Le premier des devoirs des nations alliées, aussitôt qu'elles auront battu les Turcs, devra être de libérer la totalité des territoires habités par les Arméniens, et de donner, à ce vaillant peuple, la liberté qu'il a si bien mérité et pour laquelle il a combattu si courageusement.


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