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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Georges KEVORKIAN
( n. 1941 )

L'auteur

Georges KEVORKIAN --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 7 mai 1941 à Cogolin (Var, France)

Georges Kévorkian, résidant maintenant en Bretagne, est né de parents qui, avant la Second guerre mondiale, ont participé avec d'autres familles arméniennes à la création de l'usine des Tapis et Tissus de Cogolin : Tapis faits main, point par point, sur métiers Jacquard (selon la tradition des Tapis d'Aubusson). Marié, père de deux enfants.

Après des études secondaires à Saint-Tropez, immergé dans le milieu Marine (Arsenal maritime de Saint-Tropez : conception et fabrique de torpilles), il poursuit ses études à l'école des ingénieurs de l'armement à Brest. En sortie d'école, ses affectations successives l'ont conduit, de 1965 à 1978 à la réparation des sous-marins à l'Arsenal de Toulon, puis de 1978 à 1998 à diriger différentes opérations à partir des bureaux parisiens de la Délégation Générale pour l'Armement (Ministère de la Défense), dont la gestion économique et technique du programme des Sous-Marins Nucléaires Lanceurs d'Engins (ceux de la composante maritime de la Dissuasion Nucléaire du pays). C'est ainsi que de 1966 à 1998, année de son départ en retraite, il a participé à nombre d'essais à bord des sous-marins, à partir de Toulon, Lorient, Brest/Île Longue.

Ayant été confronté à l'Arsenal de Toulon, notamment, aux pertes corps et biens des sous-marins Minerve (en 1968) et Eurydice (en 1970), et compte tenu de son expérience dans ce domaine, il a écrit un ouvrage de référence sur les accidents de sous-marins français, hors faits de guerre, ouvrage publié en 2006 et d’un certain succès: "Accidents des sous-marins français 1945-1983", édité par Marines Editions.
Puis, la découverte d'archives du Ministère de la Défense et de témoignages écrits par des marins bretons sur le sauvetage des Arméniens de Musa Dagh en 1915, l'ont amené à s'intéresser aux actions humanitaires de la Marine, lorsque les navires français ont sauvé des sévices et de la mort les Arméniens de l'Empire ottoman persécutés par les Turcs, en Méditerranée orientale, en deux occasions au siècle dernier : avril / mai 1909 et septembre 1915, en les plaçant dans le contexte politique et de guerre des années de la Grande Guerre : "La flotte française au secours des Arméniens, 1909-1915", également à Marines Editions.

Georges Kévorkian est également président de l'association Menez Ararat de la région Bretagne et des Pays de la Loire, qui a célébré dernièrement la mémoire des victimes du génocide des Arméniens à Beuzec-Cap-Sizun (Finistère).

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Livre numéro 2014
Georges KEVORKIAN --- Cliquer pour agrandir La France chassée de l'Empire ottoman
Titre : La France chassée de l'Empire ottoman / auteur(s) : Georges KEVORKIAN - Une guerre oubliée 1918-1923
Editeur : L'Harmattan
Année : 2014
Imprimeur/Fabricant : 14-Condé-sur-Noireau : Impr. Corlet numérique
Description :
Collection :
Notes : En appendice, choix de documents. - Bibliogr. p. 333-334, Préface de Jean-François Cordet
Autres auteurs :
Sujets : Génocide arménienne -- -- Traité de Lausanne -- 1ère Guerre mondiale
ISBN : 9782343017853
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 32,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Quatre ans après l'armistice de Moudros du 30 octobre 1918, consacrant la victoire des Alliés sur l'empire ottoman, les armées de Mustapha Kemal se défont des Arméniens, des soldats français en Cilicie, puis conquièrent Smyrne en 1922. Kemal impose ses conditions par le traité de Lausanne de 1923. Les espoirs d'une Arménie rétablie sur ses terres ancestrales et d'un Kurdistan détaché de la Turquie s'envolent. Le panturquisme triomphant, à la barbe des "grandes puissances", contraint les chrétiens du Levant à l'exode.

Article de Tigrane Yegavian, France-Arménie, numéro 406, Mars 2014

(…) Cet ouvrage est le fruit d'un travail de lecture des archives des ministères français des Affaires étrangères et de la Défense, des départements de la Marine et de l'armée de Terre. Il se présente sous la forme d'une chronique des évènements clés qui ont scellé le destin de l'Asie Mineure durant les années qui s'étalent du début du XXe siècle jusqu'à l'entre deux guerres. On y retrouve des analyses politiques émanant des rapports, pour la plupart secrets, des représentants ainsi que des services de renseignements français en poste en Turquie.
S'il y a une question à retenir c'est bien celle-ci : comment les alliés ont-ils pu perdre en deux années tout le crédit d'une victoire pour se soumettre au diktat de Moustafa Kemal ? Tout au long du livre, l'auteur tente une analyse de ce que fut la place de la France dans cette région du monde, puis son déclin, en partie lié aux drames qui ont suivi le traité de Sèvres de 1920 et de son avatar lausannois en 1923. Chronique d'une guerre oubliée, celle que mène la France, épuisée par la Première Guerre mondiale, contre le nationalisme turc revanchard, l'ouvrage se fait l'écho d'une tâche indélébile qui macule son histoire. Toutes les bonnes paroles des dirigeants français n'auront été d'aucun secours dans le lâchage par Paris de ces millions d'âmes coupables d'avoir trop longtemps fait confiance aux promesses d'une nation se targuant d'être la "protectrice des chrétiens d'Orient".

Tigrane Yegavian, France-Arménie, numéro 406, Mars 2014


Table des matières

- Préface
- Introduction
- Prologue (L'Asie Mineure Un peu d'histoire )

Partie I — La victoire des Alliés
1— La Grande Guerre en Orient
2 — La légion arménienne en Cilicie
3 — Le Congrès de la Paix (1919)

Partie II — La défaite des Alliés
La Turquie aux Turcs

1 - L'armée française en Cilicie (1920)
2 - Le temps des traités et des accords de Paix
3 — Le traité de Sèvres (10 aout 1920)
4 —L'accord Briand/Békir Sami (11 mars 1921)
5 Le traité entre la Turquie et les Soviets (16 mars 1921)
6 — L'accord franco-turc d'Angora (20 octobre 1921)
7 — La situation en Arménie
8 - Le gouvernement d'Angora
9 - La guerre gréco-turque
10 — Smyrne proie des Turcs/La flotte française et les réfugiés
11 — Les exactions de part et d'autre
12 — L'armistice de Mudania (11 octobre 1922)
13 — L'unité turque
14 — Le traité de Lausanne (23 juillet 1923)
15 — L'échange des populations
16 - La France cède le sandjak d'Alexandrette à la Turquie
Conclusion
Chronologie du théâtre oriental de la Grande Guerre
Annexes
1 — L'article du journal Le Petit Parisien
2 — Le sauvetage des Arméniens du mont Moïse en septembre 1915
3 - L'affaire d'Athènes — Compléments historiques
4 - Le général Dufieux
5 — Un texte biblique sur Abraham
6 - Les capitulations
7 —Notices biographiques
8 — Principales cartes de pays de la région (Turquie et Arménie)
Bibliographie
Crédits photographiques


Article d’Elisabeth Baudourian, , Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014

Chronique d'une guerre oubliée, Une analyse sur le rôle de la France après la Première Guerre mondiale.
Le 30 octobre 1918, par l'armistice de Moudros, l'Empire ottoman signe sa capitulation. Les troupes alliées occupent Constantinople ainsi que de nombreux territoires : les Britanniques contrôlent la Mésopotamie et une partie de la Syrie; la France occupe la Cilicie, les Italiens le sud-ouest de l'Anatolie et l'armée grecque occupe la Thrace orientale et Smyrne. Un traité de paix est signé à Sèvres le 10 aout 1920 qui prive l'Empire ottoman des quatre cinquième de son territoire, prévoit notamment la formation d'un État arménien. Mais les Alliés, qui ont sous-estimé la réaction turque, s'aperçoivent de leur incapacité à faire appliquer ce traité qui ne sera jamais ratifié et sera remplacé le 24 juillet 1923 par le traité de Lausanne dans lequel Mustafa Kémal impose ses conditions face à la désunion des Alliés.
Ancien ingénieur en chef dans le domaine des constructions navales au sein du ministère de la Défense, Georges Kévorkian a essayé dans son nouvel ouvrage de comprendre « comment les Alliés ont perdu, en deux années, tout le crédit d'une victoire pour accepter le diktat d'un chef nationaliste ». Il s'appuie pour cela sur des archives du ministère de la Défense de la France, des départements de la Marine et de l'armée de Terre ainsi qu'à celles du ministère des Affaires étrangères. Le livre présente ainsi des rapports, pour la plupart secrets, des représentants français en poste dans l'Empire ottoman. La France qui avait tant promis finira même par céder, en juillet 1939, le sandjak d'Alexandrette à la Turquie ce qui provoquera le départ de 14 000 Arméniens.

Elisabeth Baudourian, , Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014


Livre numéro 1864
Georges KEVORKIAN --- Cliquer pour agrandir Le retable des dix mille martyrs crucifiés sur le mont Ararat
   
Titre : Le retable des dix mille martyrs crucifiés sur le mont Ararat / auteur(s) : Georges KEVORKIAN -
Editeur : Edilivre
Année : 2013
Imprimeur/Fabricant :
Description : 13,4 x 20,4 cm, 86 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection :
Notes : Georges KEVORKIAN --- Cliquer pour agrandir
Autres auteurs :
Sujets : Art religieux -- Bretagne -- Martyrs arméniens
ISBN : 9782332576049
Prix : 11,50 euros

Commentaire :

Article AZAD-Magazine, 2e trimestre 2013

Le retable des dix mille martyrs crucifiés sur le mont Ararat
La présence de ce retable, où il est question de martyrs et du mont Ararat, à la pointe de la Bretagne, appelle à la réflexion et rend les visiteurs proches des Arméniens, de leur histoire, de leurs drames et de leur foi. Car l'art s'avère être un lien précieux avec le religieux et la fraternité humaine.
Cet ensemble est remarquable par le foisonnement des scènes, la richesse des couleurs, et aussi par une certaine naïveté artistique dans sa création. II est sans doute l'un des retables les plus attachants du patrimoine historique breton.

Qui a créé ce retable ?
D'après les travaux de recherche historique menés par Louis Le Bras, curé de Crozon de 1994 à 2002, le mystère demeure sur la création du retable. Cette œuvre serait datée du début du XVIe siècle, si l'on se rapporte au style de la Renaissance. La date de 1624, gravée dans le bois dans une partie du retable, en haut vers la gauche, correspondrait à des travaux de restauration. Enfin, vraisemblablement, le créateur, ou plus certainement le groupe d'artistes qui a contribué à la réalisation de l'œuvre seraient des habitants de la région de Crozon. En outre, il est aussi supposé que l'autel des martyrs aurait été élevé sur un emplacement où de nombreux ossements auraient été découverts. Ce qui milite pour un culte des martyrs en terre bretonne.

Rappel historique
Vers l'an 120 apr. J.-C., l'empereur romain Adrien (117-138) aurait envoyé seize mille soldats en Arménie pour mater les populations arméniennes hostiles à la domination romaine qui s'établissait dans la région. Cette expédition se transforme d'abord en une déroute. Seulement neuf mille soldats parviendront à combattre, et finalement à remporter la bataille, persuadés qu'ils doivent leur salut à leur foi en Jésus Christ, qu'un ange serait venu les convertir, peu avant le combat, en leur promettant la victoire. Leur conversion étant faite, ils refusent de dédier leur succès aux dieux romains. Rejoints par mille autres légionnaires solidaires, ils seront alors battus et crucifiés sur le mont Ararat, lieu symbolique chrétien, s'il en est. Un retable, daté du 16e siècle, classé par les Monuments historiques, voué au souvenir de ces dix mille martyrs, est disposé à la droite du maitre autel de l'église Saint-Pierre de Crozon, commune du Finistère.

Le retable des dix mille martyrs de Crozon
Ce retable comprend un triptyque principal en bois de 24 tableaux en relief, de 400 personnages, que l'on peut numéroter de 1 à 24 afin de traduire les motifs sculpturaux, tableau par tableau, et d'expliquer leur cheminement. Il est surmonté par un autre triptyque de dimensions plus modestes comprenant cinq tableaux. Rappelons que les triptyques sont des œuvres peintes ou sculptées, dont les deux panneaux, situés chacun à l'extérieur de part et d'autre du panneau central, peuvent se refermer sur ce dernier. Ils ont été développés, surtout au Moyen Âge, dans le domaine religieux propre au christianisme, et se réfèrent au chiffre 3 de la Sainte Trinité (le « Père », le « Fils » et le « Saint-Esprit »).


Livre numéro 1338
Georges KEVORKIAN --- Cliquer pour agrandir La flotte française au secours des Arméniens, 1909-1915
Titre : La flotte française au secours des Arméniens, 1909-1915 / auteur(s) : Georges KEVORKIAN - les escadres des amiraux Pivet et Darrieus au Levant ; Préface du Vice-Amiral Henri Darrius
Editeur : marines
Année : 2008
Imprimeur/Fabricant : 53-Laval : Impr. Barnéoud
Description : 127 pages, 19 x 26 cm, cartes, photos d'archive
Collection :
Notes : En appendice, choix de documents. - Bibliogr. p. 108-109
Autres auteurs :
Sujets : Génocide arménien -- Histoire contemporaine -- Flotte française - Mont Moïse (Province d'Antioche)
ISBN : 9782357430099
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 29,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Avril/mai 1909
L’Empire ottoman, depuis juillet 1908, est aux mains des « Jeunes-Turcs » qui ont renversé le régime du sultan Abdul Hamid (le « Grand Saigneur »), promettant la mise en œuvre de la constitution libérale de 1876, jamais appliquée. Des troubles éclatent en Cilicie où les nationalistes turcs, de crainte que cette constitution leur fasse perdre leur prééminence vis-à-vis des autres communautés non musulmanes, notamment des Arméniens fortement implantés dans cette province, s’en prennent à ces derniers qui sont ainsi l’objet d’une terrible oppression. Les missions chrétiennes de la région ne sont pas épargnées. Alertées, les pays occidentaux dépêchent leurs navires de guerre pour aider, secourir leurs ressortissants et les communautés arméniennes. La France, n’est pas en reste : l’escadre légère de Méditerranée, sous les ordres du contre-amiral Pivet, rallie le golfe d’Alexandrette. On assistera alors à une opération d’ingérence humanitaire en territoire turc…

Septembre 1915
La « Grande Guerre » a éclaté en août 1914 : l’Empire ottoman s’est allié aux Empires allemand et austro-hongrois pour combattre les pays de « l’Entente », Grande-Bretagne, Russie et France. La 3ème escadre de la flotte de combat française en Méditerranée, sous les ordres du contre-amiral Darrieus, qui vient d’assurer l’intérim du vice-amiral Dartige du Fournet appelé à remplacer le vice-amiral Boué de la Peyrère à la tête de l’armée navale, surveille les côtes syriennes. Le gouvernement turc a décrété l’extermination de sa population arménienne. Des villageois arméniens de la région du Mont Moïse, en bordure du golfe d’Alexandrette, sont acculés sur la plage : leur héroïsme face aux soldats turcs ne peut tenir encore plus longtemps. Les marins français vont sauver ces Arméniens en les recueillant sur leurs navires et en les transportant dans des camps de réfugiés à Port-Saïd avec l’aide des autorités anglaises. On assistera alors à une opération de sauvetage, de plus de 4000 Arméniens, remarquablement organisée par la Marine française....

Cet ouvrage est un récit historique construit à partir d’archives exceptionnelles émanant pour partie des descendants des amiraux français impliqués dans ces opérations de sauvetage. Il prend place dans le contexte du conflit mondial et des soubresauts de l’Empire ottoman. Il rappelle, s’il en est besoin, les malheurs de ce peuple de tradition chrétienne et rend hommage au courage des marins français.


Article Nouvelle d’Arménie Magazine, numéro 149, Février 2009

Nouvelles d'Arménie magazine : Qu'est-ce qui vous a amené à vous intéresser à ce fait précis de l'histoire ?
Georges Kévorkian : Disons-le, c'est un peu par hasard. Mes recherches sur des événements du passé, propres à la Marine nationale (je suis retraité du ministère de la Défense, ingénieur de l'armement dans le domaine des constructions navales), auprès des services historiques de la Défense (du fort de Vincennes, des ports de Toulon et Brest, ainsi que du fort d'Ivry) m'ont fait découvrir des dossiers d'archives faisant état du sauvetage de 4 000 Arméniens du Mousa Dagh par des bâtiments de la flotte française, en 1915, durant la guerre navale en Méditerranée du conflit mondial 1914/1918. Ces dossiers comprenaient des photos et des témoignages écrits de marins bretons ayant participé aux opérations de sauvetage. Compte tenu de mes origines arméniennes, ces dossiers m'ont fortement intéressé.
En poursuivant mes recherches, j'ai également découvert qu'en 1909, une opération d'intervention avait eu lieu pratiquement dans les mêmes lieux A partir de là, connaissant le milieu de la marine, j'ai pu approcher des descendants des amiraux qui ont commandé les escadres : François Pivet, petit-fils de l'amiral Louis Pivet (opération de 1909), le colonel (en retraite) Guy Dartige du Fournet, petit-neveu de l'amiral Louis Dartige du Fournet et l'amiral Henri Darrieus (2e Section) petit-fils de l'amiral Gabriel Darrieus (opérations de 1915). Ces descendants ont mis à ma disposition leurs archives familiales personnelles. Compte tenu de la richesse des archives que j'avais pu ainsi constituer, c'est avec une grande passion que j'ai voulu aller au bout de ce projet d'écriture de l'histoire de nos ancêtres.
NAM: Qu'ont ces faits de particulier ?
GK: En 1909, ce fut une « intervention d'humanité » décidée et concertée par plusieurs nations occidentales, en quelque sorte « une ingérence» en territoire turc, pour secourir les chrétiens et surtout les Arméniens, mais la France n'était pas en guerre avec l'Empire ottoman, ce qui explique des rapports mesurés entre l'amiral Pivet et les autorités turques.
Alors qu'en 1915, ce fut une intervention de la seule marine française (avec l'aide des Anglais), pour sauver les Arméniens du génocide. Bien évidemment, à ce moment là, la France ignorait tout du processus du génocide, elle a accompli cette intervention pour sauver des chrétiens pourchassés par les Turcs, dans le contexte de la guerre navale 14/18; l'Empire ottoman était alors l'allié des Empires allemand et austro-hongrois en guerre face aux pays de l'Entente (France, Angleterre et Russie).
Je n'ai éludé aucun aspect du sujet. Certes, c'est un hommage appuyé à la marine nationale et aux marins français, mais je n'ai pas écarté les travers de la diplomatie française qui font mal aux Arméniens, notamment les dessous du traité de Lausanne de 1923 remettant en cause les fondements du traité de Sèvres (création d'une « Grande Arménie ») et l'abandon par la France du sandjak d'Alexandrette cédé aux Turcs en 1939. Bref, l'abandon par la France du protectorat des chrétiens d'Orient est un sujet qui reste d'actualité. On pourra noter ainsi l'antagonisme entre les militaires français et les diplomates.
NAM: Cela n'a-t-il pas été traité avant ?
G.K: Il existe un ouvrage connu de beaucoup d'Arméniens, Les quarante jours de Mousa Dagh, de l'Autrichien Franz Werfel, écrit en 1933. Mais c'est un récit romanesque écrit à partir de témoignages sur la résistance des habitants des villages de Mousa Dagh et leur sauvetage par la marine française en septembre 1915. Pour ne pas être influencé, je n'ai pas lu ce livre. Par ailleurs, des récits et photos sur les deux événements (1909 et 1915) sont accessibles sur internet (notamment le site Imprescriptible). Certains ouvrages sur la guerre navale en Méditerranée par la Marine française évoquent l'opération de 1915, mais en deux ou trois lignes.
NAM: Avez-vous le sentiment que ces faits historiques, tant 1909 que 1915, ne sont pas assez connus ? Des Français ? Des Arméniens ?
G.K. : La plupart des Arméniens les connaissent mais, semble-t-il, pas dans le détail, ni dans le contexte de la guerre navale. Il est indéniable en revanche qu'ils ne sont pas du tout ou mal connus des Français. Seuls quelques-uns, ceux qui s'intéressent à la guerre navale 14/18, les connaissent.
NAM : Vous le regrettez ?
G.K. : Oui, cela est regrettable, mais c'est à nous de faire l'effort d'un retour historique vers ce passé. J'espère que mon livre va aussi intéresser les Français car c'est un pan de leur histoire. Notez qu'en novembre, au salon du livre de Toulon, alors que mon livre venait de sortir (sans pub et sans bouche-à-oreille), j'ai dédicacé mon ouvrage à 13 personnes. Et parmi elles, seules 2 étaient d'origine arménienne...
NAM: Combien de temps cela vous a-t-il pris ?
G.K. : Environ deux années pour présenter mon manuscrit (mon éditeur était acquis à ce projet).
NAM : Quelles réactions votre ouvrage provoque-t-il chez les gens que vous avez rencontrés depuis sa parution ?
G.K. : Chez les Français : un intérêt historique sur le rôle tenu par la marine nationale lors du conflit 14/18 (par exemple, le forum du site internet 14/18 souligne l'intérêt d'un tel ouvrage). Chez les Arméniens : un gros intérêt, me semble-t-il, compte tenu de sa documentation et de l'exploitation des archives des descendants des amiraux. Les arméniens que j'ai rencontrés, en décembre, à la braderie arménienne du collège de Sèvres et au salon du livre d'Alfortville (gros succès lors de ces 2 manifestations), étaient enthousiasmés par cet ouvrage.
NAM: Sera-t-il vendu en Arménie ?
G.K. : On peut l'imaginer, particulièrement si rien n'existe sur le sujet en Arménie. Il aurait certainement sa place au sein du monument érigé près d'Erevan. Je pense qu'il peut intéresser les enfants et petits-enfants de ces réfugiés de la région de Mousa Dagh. Je crois savoir que beaucoup de ces réfugiés se sont regroupés (après leur départ de la région, consécutivement au départ des Français en 1939) en formant le village d'Anjar au Liban. D'autres ont émigré aux Etats-Unis, du côté de Los Angeles. On peut rêver de versions en arménien et en anglais de cet ouvrage.
NAM: Que reste-t-il du rôle de la France envers les Arméniens ? Que pensez-vous de son refus de pénaliser la négation du génocide ?
G.K:11 faut sans cesse rappeler les raisons de l'amitié franco-arménienne, surtout vis-à-vis de nos responsables politiques totalement incultes, pour la plupart, dans ce domaine, et des nouvelles générations. Cet ouvrage va dans ce sens. Comme le rappelle si justement Henri Darrieus dans la préface qu'il m'a fait l'honneur d'écrire : à l'époque des croisades, la ville d'Antioche a été reprise aux Turcs grâce à l'aide des Arméniens. On voit bien que cette amitié ne date pas d'hier, sans oublier, bien entendu le combat mené pour la liberté de la France par les combattants et résistants arméniens, durant les conflits mondiaux. S'agissant du projet de loi sur la pénalisation de la négation du génocide, j'admets qu'il peut conduire à débat, même si, par principe, je suis plutôt favorable à cette loi. Je préférerais que l'on soit plus ferme sur les conditions d'admission de la Turquie dans la communauté européenne : la Turquie ne peut être admise que si elle reconnaît le génocide. Elle est déjà membre de l'OTAN grâce aux Etats-Unis pour des raisons stratégiques liées à la guerre froide : la Russie étant l'ennemie héréditaire de la Turquie. Les Etats-Unis et d'autres pays européens feront tout pour que la Turquie rejoigne l'Europe. Je n'ai pas tous les éléments pour apprécier si nous avons intérêt (politiquement, économiquement,..), à avoir ce pays musulman au sein de la communauté européenne. Je suis plutôt opposé, car je crains le pire pour nos enfants. Ce dont je suis persuadé, c'est que si la Turquie entre dans la communauté, sans la reconnaissance du génocide, l'affaire sera entendue pour toujours au détriment des Arméniens. Il ne faut pas que la diplomatie française nous fasse encore un pas de reculade.
NAM: Etes-vous impliqué dans des actions politiques en faveur de la pénalisation, et jadis en faveur de la reconnaissance ?
G.K. : Non, pas de façon structurée, mais chaque fois que j'en ai l'occasion, j'explique à mes interlocuteurs français de bon niveau les raisons de ces actions que je soutiens moralement. Les Français ne comprennent pas bien cette affaire. Nous devons faire aussi des efforts de pédagogie.
NAM: Plus généralement, menez-vous des activités au sein de la communauté ?
G.K. : Je suis membre de l'association arméno-bretonne Menez Ararat (Menez = Mont en breton), dont j'apprécie beaucoup l'activité de son président, Gérard Bossière, plus Arménien que les Arméniens. J'aime bien l'expression : je suis 100% Français et 100% Arménien.
NAM : Est-ce que vous travaillez sur autre chose ?
G.K. : Pas encore. J'ai des idées. Par exemple, pour compléter le sujet, je vais essayer de voir s'il existe des archives sur les actions des bâtiments de la marine pour transporter les Arméniens qui ont été obligés de quitter Smyrne après la guerre gréco-turque de 1922. Pour le moment, j'essaie de faire connaître mon livre.

Propos recueillis par Virginie Tauzin


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