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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Laure MARCHAND

L'auteur

 
Journaliste du Figaro, en poste en Turquie
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Livre numéro 1825
Laure MARCHAND --- Cliquer pour agrandir La Turquie et le fantôme arménien - Sur les traces du génocide
 
Titre : La Turquie et le fantôme arménien - Sur les traces du génocide / auteur(s) : Laure MARCHAND - Laure Marchand et Guillaume Perrier
Editeur : Actes Sud
Année : 2013
Imprimeur/Fabricant :
Description : 256 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection :
Notes :
Autres auteurs : Taner AKÇAM [préfacier] -
Sujets : Génocide arménien -- Turquie contemporaine
ISBN : 9782330017873
Prix : 23,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Le premier génocide du XXe siècle reste impuni. La Turquie continue de nier les massacres de plus d'un million d'Arméniens ottomans pendant la Première Guerre mondiale et s'efforce d'effacer les traces de ce crime.

Présents en Turquie depuis bientôt une décennie, deux journalistes, Laure Marchand et Guillaume Perrier, ont mené une vaste enquête de terrain — une première — sur la mémoire du génocide dans la Turquie d'aujourd'hui. Ils ont retrouvé des survivants, des Arméniens convertis à l'islam pour être épargnés, des descendants de Justes turcs qui ont sauvé des Arméniens, des témoignages enfouis dans le silence, des traditions et des églises qui ont survécu à un siècle de déni et d'hostilité.
D'Istanbul à la frontière irakienne, de la mer Noire à la Méditerranée, les deux auteurs ont rassemblé les preuves bien vivantes et si nombreuses du génocide.
À deux ans du centenaire des massacres, ces récits, ces reportages et ces rencontres dessinent k portrait d'un pays malade de son négationnisme, hanté par ce passé qui ne passe pas. Même si des Turcs se battent courageusement contre l'idéologie officielle, à l'instar de 'Taner Akçam, qui préface ce livre.
Enfin. La Turquie et le Fantôme arménien apportera des éléments au débat en cours en France sur la pénalisation de la négation du génocide arménien - la loi votée en janvier 2012 puis refusée par le Conseil constitutionnel ; le président François Hollande a promis un nouveau texte.


Article d’Isabelle Kortian, Nouvelles d'Arménie Magazine, numéro 195, Avril 2013

Le livre rédigé par deux correspondants de la presse française en Turquie fera sans doute date car leur démarche renouvèle l'approche traditionnelle de la question arménienne.

Ils sont l'un et l'autre correspondants en Turquie de deux grands quotidiens nationaux, elle pour Le Figaro, lui pour Le Monde et sont à Istanbul depuis une dizaine d'années. C'est par eux notamment que les citoyens français sont informés de l'actualité turque, qu'il s'agisse de questions politiques, économiques, culturelles et sociétales ou encore des sujets de politique étrangère comme les négociations en vue d'adhérer à l'Union européenne, les protocoles arméno-turcs ou les frontières avec l'Irak et la Syrie. Laure Marchand et Guillaume Perrier signent aujourd'hui un livre qui fera sans doute date, parce que leur démarche renouvèle l'approche traditionnelle de la question arménienne. Plutôt que de parler d'emblée du génocide, du cadavre d'un peuple assassiné et jeté à la cave ou sous le tapis, ils sont partis sur les traces de 1915, remontant du visible à l'invisible. Éblouissantes, ces traces de l'existence jadis d'un peuple et d'une culture les ont interpelés et conduits à cette longue enquête qu'ils livrent aux lecteurs en toute sincérité.
Des traces qui résistent au temps La notion de traces est évidemment au cœur de tout processus d'extermination. C'est le point d'achoppement où se rencontrent bien malgré eux les victimes, les indifférents et les auteurs du crime. Les survivants s'attachent aux traces que le criminel a voulu effacer et auxquelles sont aveugles les indifférents. Les traces résistent au temps, sous forme de ruines ou de murmures, mais en conservant toujours leur pouvoir d'évocation, de suggestion et d'attraction. Elles aimantent les descendants des rescapés, tandis que les négationnistes poursuivent leur déni du réel. Laure Marchand et Guillaume Perrier n'avaient pas nécessairement une conscience aiguë de 1915 avant d'arriver sur place. Mais, servis, il est vrai, par une intense actualité, ils furent stupéfaits par la présence et la vivacité de la question arménienne.
Briser le silence sur le génocide Taner Akçam, qui préface remarquablement le livre, ne s'y est pas trompé. Cette enquête sur les traces du génocide ouvre la voie à une quête du vrai. Elle est « le miroir » que les deux journalistes tendent à la société turque. Pourquoi voient-ils ce que beaucoup refusent de voir? Ou pour reprendre la question obsédante, matrice de toute l'œuvre de l'historien turc : « Pourquoi, nous les Turcs, nions encore le génocide? » Il faut écouter sa question et entendre résonner les dimensions politiques, économiques, existentielles, voire métaphysiques qu'elle renferme. Il faut inlassablement la reprendre pour cerner le trou noir de 1915 et briser le silence consensuel à son sujet. Reste que ce livre ne s'adresse pas uniquement aux Turcs. Il cible aussi la diaspora et, au-delà le public français, qui pourrait aujourd'hui oublier l'essentiel et réduire 1915 à un débat pour ou contre la loi pénalisant le négationnisme du génocide arménien. En cette année 2013 où Marseille est capitale européenne de la culture, il était particulièrement judicieux de faire partir l'enquête depuis cette ville, ce port où débarquèrent tant de réfugiés. Marseille parle au cœur de tous les Arméniens et on y est aussi actif qu'à Paris. En 1973, la Turquie rappelait son ambassadeur après l'inauguration, dans l'enceinte de l'église arménienne du Prado, d'un monument à la mémoire du génocide.

Des rencontres multiples
D'un siècle à l'autre que de chemin parcouru depuis! Sans s'attarder sur ce point de vue rétrospectif, les auteurs nous emmènent vite sur le terrain de leurs reportages. Ils ne s'attardent pas non plus chez les Arméniens d'Istanbul quitte à confondre l'église protestante de Gedikpacha avec le siège du Patriarcat à Kumkapi. Ils filent vers les eaux turquoise du lac de Van. Ils grimpent dans les montagnes du Dersim à la rencontre des petits-enfants de ces grands-mères à qui Fethiye Cetin a donné une voix. Ils vont à Vakifle. Rencontrent des convertis dont les enfants se reconvertissent. Ils font parler les pierres, les morts et les vivants. En refermant le livre, on sait que certaines pages ne s'effaceront jamais de la mémoire. Albatros ou fantôme, on est ému, pris d'un espoir fou. On se met à rêver bien au-delà du pessimisme ambiant.

Isabelle Kortian, Nouvelles d'Arménie Magazine, numéro 195, Avril 2013


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