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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Pascaline MARRE
( n. 1972 )

L'auteur

 
Naissance le 23 septembre 1972

Photographe

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Livre numéro 2134
Pascaline MARRE --- Cliquer pour agrandir Fantômes d'Anatolie - Regard sur le génocide arménien
 
Titre : Fantômes d'Anatolie - Regard sur le génocide arménien / auteur(s) : Pascaline MARRE -
Editeur :
Année : 2015
Imprimeur/Fabricant : 81-Graulhet : Impr. Escourbiac
Description : 1 vol. (183 p.) : ill. en coul. ; 28 cm
Collection :
Notes : Tirage : 500 exemplaires
Autres auteurs :
Sujets : Gnéocide arménien -- Photographies -- Turquie contemporaine
ISBN : 9782955191507
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 45,00 euros

Commentaire :

"Fantômes d'Anatolie" est un ouvrage photographique, qui explore les traces et la place du génocide arménien dans l'histoire turque et l'inconscient collectif turc. Au-delà d'un devoir de mémoire, il y avait le besoin de revisiter une histoire niée par les gouvernements turcs successifs, révéler sa contemporanéité par l'image. Le livre est introduit par Anouche Kunth, historienne et chercheuse au CNRS. Il comprend 98 images légendées ainsi que des textes écrits par l'auteur.

[source éditeur]


Depuis quelques années, les langues se délient en Turquie. Une irrépressible envie de comprendre, connaitre et dire surtout.
Dire ce qui a été enfoui depuis presque un siècle ; dire son arménité et sa double identité.
Dire sa reconnaissance envers celui ou celle qui a porté tout ce temps le silence, souvent jusqu’à la tombe, parce qu’il lui était impossible de raconter : une grand-tante, une grand-mère, une mère.
Dire pardon, au grand pardon, est-ce bien dicible ?
Ne plus cacher et ne plus vivre dans la peur de la vérité de ces morts et de ces témoins.

Pourquoi photographier, fouiller les traces d’une histoire ancienne, dont il ne reste plus que des bribes ?

"Fantômes d’Anatolie" explore les traces et la place du génocide arménien dans l’histoire turque et l’inconscient collectif turc.

Au-delà d’un devoir de mémoire, il y avait le besoin de revisiter une histoire niée par les gouvernements turcs successifs, révéler sa contemporanéité par l’image. Se donner l’espoir qu’un essai photographique pourrait en appeler un autre ; qu’il pourrait être un prétexte pour nourrir d’autres recherches, d’autres réflexions, et rendre l’Histoire vivante. Rendre tangible par la photographie la véracité de ce qui a été et qui n’est plus ; ce qui fut et qu’on ne peut plus visiter, chérir et transmettre.

Malgré les actes de destruction, l’histoire a laissé son empreinte sur le paysage. Si cette empreinte a été effacée, saccagée, réécrite, par inconscience, par ignorance, ou dans une volonté politique de négation, les traces, rares, sont néanmoins présentes, et l’histoire, omniprésente.

Je choisissais de travailler sur une écriture évocatrice, cherchant des signes, des symboles. Rester dans l’évocation afin d’aller vers l’essentiel ; débarrasser l’image de référents immédiats et encombrants, et mettre en regard les faits historiques et la réalité d’aujourd’hui.

Je suis donc partie des lieux qui conservaient encore des traces visibles de la présence arménienne et de son histoire. De ces lieux de mémoire, s’échappait le vide. Montrer la réalité de ce vide et de cette transformation était une façon de traduire le silence et le déni. Mais il ne suffisait pas de photographier des paysages, aussi magnifiques soient-ils ; l’onirisme n’avait pas sa place et cela aurait été déplacé.

Roland Barthes dit des photographies de paysage qu’elles "doivent être habitables", et non "visitables." En ce sens, l’image doit porter en elle la dimension profonde qui va permettre au spectateur de s’inviter dans le paysage, de le questionner, le sonder, et par là même faire vivre cette image. Il me fallait donc aller plus loin : trouver une écriture permettant de montrer l’invisible, d’interroger le passé et les effets de sa négation sur le présent.

A la manière d’un kaléidoscope, j’ai apposé des scènes de vie, des détails d’aujourd’hui, dans ces lieux vides, dévastés ou réappropriés. Passer du noir et blanc à la couleur était aussi un moyen de ramener cette histoire passée, à la vie dans la Turquie actuelle.

Au-delà du crime indescriptible, la position du déni soulève une injustice profonde à la fois universelle et singulière, touchant à l’Histoire, aux liens que nous tissons tous avec nos réalités respectives et nos histoires personnelles, à la reconnaissance d’un peuple et de sa réalité historique, à notre besoin inhérent de marquer notre présence et de l’inscrire dans l’Histoire et le monde, ancrée dans le passé par nos aïeux et dans l’avenir avec nos enfants, et à tant de questions que pose cette histoire, et que j’ai tenté d’exprimer par la photographie, puis par l’écriture.

Qu’apportent ces images aujourd’hui ? J’aurais pu faire le choix d’une image documentaire dans le sens classique du terme : documenter à but informatif et didactique. J’aurais pu compiler de façon exhaustive les lieux, partant des images d’archives, et photographier sous le même angle ce qu’ils sont devenus. C’est une idée que l’on m’a suggérée. Il me semblait que la dimension humaine essentielle à cette histoire se serait perdue dans la masse de documents et d’images documentaires. Je suis partie des pierres, seules testament de la présence des Arméniens sur ce territoire, pour en venir à l’homme. J’ai tenté de formuler par ces images les questions universelles que pose une telle histoire. Ces écritures photographiques contemporaines, et je pense, à celles de Kathryn Cook (the memory of trees), Bardig Kouyoumdjian (Deir es-Zor), Antoine Agoudjian et d’autres, sont des voix qui, parce que personnelles, mettent à jour un passé qui ne veut se soumettre à l’oubli.


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