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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Arsène (A. TORCOM) PERLANT

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Livre numéro 536
Arsène (A. TORCOM) PERLANT --- Cliquer pour agrandir Éternelle Turquie !
 
Titre : Éternelle Turquie ! / auteur(s) : Arsène (A. TORCOM) PERLANT - Préface de Philippe Godet
Editeur : Éditions Delachaux et Niestlé S.A., Neuchâtel (Suisse) et Librairie Fischbacher
Année : 1912
Imprimeur/Fabricant : Imprimerie Delachaux et Niestlé S.A., Neuchâtel
Description : 11,5 x 18 cm, 386 pages, Errata, Table des matières
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Turquie XIXe siècle - Politique européenne - Massacres hamidiens
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix :

Commentaire :

APPE NDICE
On lit dans le Matin du 13 octobre (1912) :
LES ADJURATIONS DE PIERRE LOTI
IL CONJURE L’EUROPE D’INTERVENIR EN FAVEUR DES OTTOMANS
On sait que Pierre Loti a été pendant plusieurs années commandant du stationnaire français sur le Bosphore, sous son nom véritable de Julien Viaud, et qu'il a écrit un certain nombre d'ouvrages se rapportant à son séjour à Constantinople, notamment Aziyadé, et récemment encore les Désenchantées.
D'autre part, Pierre Loti est un grand ami de l'ex-reine de Roumanie, Carmen Sylva, et au cours d'un séjour qu'il fit à la cour de Roumanie, il écrivit Fleurs d’ennui, ouvrage dans lequel il résume ses impressions de voyage dans la péninsule balkanique.
Nous recevons par câblogramme, de New-York, où il se trouve actuellement, l'article suivant, de Pierre Loti, sur la situation actuelle dans les Balkans :
En 1870, les Arabes d’Algérie, qui avaient contre nous de justes griefs, venaient de décider la révolte. Mais la guerre éclata entre la France et l’Allemagne. Ils eurent alors le scrupule presque exagéré de se contenter de nous avertir, et c’est seulement quand la paix fut signée avec nos terribles ennemis qu’ils se soulevèrent en masse contre nous.
Ce noble exemple donné par une nation musulmane n’a pas été suivi, hélas ! par les peuples des Balkans. Quels que soient leurs griefs contre la Turquie, il est vraiment lâche de profiter de ce que ce pays est accablé de malheurs pour venir tous ensemble, l’attaquer par derrière. Je les comparais dernièrement à ces hyènes qui, en troupeaux, approchent des proies, quand elles les savent déjà blessées. Sans eux, l’Italie n’aurait jamais triomphé de l’obstination sublime de la Turquie, malgré ses formidables canons de marine qui, seuls, lui ont livré la côte de la Tripolitaine.
Je veux cependant croire, pour l’honneur de cette nation latine, que ce n’est pas elle, l’Italie, qui a fomenté le soulèvement balkanique. L’Europe chrétienne aurait dû s’indigner et intervenir, ne fût-ce que par respect pour l’héroïsme admirable des Turcs. Son inaction restera comme une tache dans son histoire.
Ce que l’Europe n’a pas fait, peut-être la grande Amérique, libre et désintéressée, se donnera-t-elle la gloire de le faire à sa place !
Quelques mots que le président Taft m’a fait l’honneur de me dire, me laissent lieu d’espérer que les États-Unis ont déjà songé à proposer leur arbitrage et que le moment où sera faite une démarche dans ce sens n’est pas éloigné.
Quoi qu’il arrive, le peuple turc, par sa résistance et sa bravoure, s’est acquis la plus belle des couronnes, et je crois qu’au fond l’immense majorité des Français pensent comme moi.
PIERRE LOTI
de l’Académie française.

RÉPONSE A PIERRE LOTI
Nous recevons d'un officier bulgare, ancien stagiaire à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, les lignes suivantes :
La guerre est à peine commencée aux Balkans et nous assistons déjà à une levée de plumes injurieuses en Europe.
Nous nous soucions peu de ce qu’on écrit dans les pays allemands.
Mais de France, de ce pays de France qui reste pour nous le foyer des plus nobles sentiments, nous venons de recevoir, coup sur coup, deux boulets qui nous touchent, sans trop nous endommager, il est vrai ....
Hier c’était l’ineffable M. d’Estournelles de Constant qui disait son fait au roi du Monténégro en termes rien moins que diplomatiques.
A la « lettre ouverte » du trop discret sénateur de la Sarthe, M. Franc-Nohain s’est chargé de répondre dans l’Écho de Paris.
Et je présume que « l’ancien secrétaire de la commission internationale pour la délimitation du Monténégro » gardera « pendant trente-trois ans » — au moins — le cinglant secret que lui a livré publiquement M. Nohain.
Aujourd’hui c’est Pierre Loti — un marin — qui câble de New-York cinquante lignes d’inepties et d’injures à notre adresse.
11 y a quelques mois M. Loti — alias Julien Yiaud, ex-commandant du stationnaire français à Constantinople — insultait l’armée et la marine italiennes, trouvait que « l’héroïsme et la bravoure » étaient du côté de l’Islam.
Peu après, l’épouvantable massacre de Fez et le raid audacieux des marins italiens, renouvelant à 142 ans de distance l’intrépide folie d’Elphinston dans les Dardanelles, démontrèrent de façon péremptoire à M. Viaud de quel côté se trouvaient le véritable héroïsme et la bravoure.
Mais M. Loti reste sourd aux plus sanglants démentis. M. Loti exhorte «l’Europe chrétienne » à voler au secours de l’Islam auquel il tisse des couronnes, menace de soulever «la grande Amérique libre et désintéressée» qui frémit encore au souvenir des grands massacres d’Arménie !
M. Loti nous traite de «troupeaux d’hyènes » et de « lâches », nous qui faisons la guerre pour sauver d’un régime de tyrannie, d’oppression et de massacres ceux qui sont de notre chair et de notre sang. [M. Loti connaît-il l’histoire de la Turquie — six siècles de dévastation et de barbarie ?
L’ex-commandant du stationnaire français était-il aux environs du cimetière d’Eyoub, en 1896, lorsque, dans les rues de Stamboul et de Galata, sous les yeux des ambassadeurs européens, les Turcs assommèrent quinze mille Arméniens inoffensifs ?
Dans quelle Mosquée verte, au pied de quelle Aziyadé de Rochefort se prélassait, en juin 1909, le faux-marin Yiaud lorsque l’envoyé spécial du Matin narra les hécatombes d’Adana, où trente mille Arméniens, hommes, femmes, enfants tombèrent sous le yatagan des bachi-bouzouks et les balles d’une partie de l’héroïque armée ottomane ?
M. Loti a-t-il lu les comptes rendus des massacres de Bulgares à Ichtip l’année passée, de ceux récemment de Bulgares à Kotchana, de Serbes à Berana ? M. Loti sait-il que dans ces « troupeaux d’hyènes » aux Balkans il y a un roi —Pierre Ier de Serbie — qui combattit vaillamment pour la France en 1870, contre les « terribles ennemis »; un autre roi, Ferdinant de Bulgarie, qui se dit fier d’avoir du sang français dans les veines?
M. Loti sait-il qu’une défaite des peuples balkaniques, c’est l’irrémédiable amoindrissement de la Russie « amie et alliée ».... c’est le renforcement de l’Autriche, le triomphe définitif de l’Allemagne en Europe ? !...
L’ennuyeux auteur des Fleurs d'ennui ignore sans doute tout cela. Mais que pensent de cet académicien ignorant et blasphémateur MM. Frédéric Masson et Denys Cochin ?
Des lâches ? Nous ! Qui marchons avec cinq cent mille baïonnettes contre le million de «héros» que la Turquie déclare nous opposer ?
Nous n’attaquons pas l’armée turque « par derrière ». La guerre de Tripolitaine ne l’a pas entamée. Elle reste intacte, impatiente de nous montrer sa force.
Des lâches, nous !
Dans vos écoles militaires, M. Viaud, nous étions, l’année passée, quelques-uns: Bulgares, Serbes, Grecs, déterminés à nous faire trouer la peau sur vos frontières de l’Est.
J’en appelle à mes braves camarades de Saint-Cyr.
Il faut que «l’immense majorité des Français» sache qu’en dépit de MM. d’Estourtournelles de Constant et Pierre Loti, nous n’avons pas changé, nous ne changerons pas de sentiments envers la France.
Il faut que l’Europe entière et avec elle « la grande Amérique libre et désintéressée » sachent que c’est avec sérénité que nous affrontons aux Balkans le verdict de l’histoire.
Quel que soit le sort des armes, l’histoire — pas celle du plus efféminé des romanciers pour femmes, ni celle de cet autre dont le « pacifisme » semble être « l’industrie » — mais la magnifique histoire des peuples affranchis, dira que c’est pour élargir de quelques pouces le domaine de la civilisation et de l’humanité, c’est en somme pour l’Europe, sans l’Europe, malgré l’Europe, c’est pour laver l’infamie de l’Europe, que nous avons versé notre sang !
Sofia, 18 octobre 1912.


Table des matières

PRÉFACEV
I - D'UN RÉGIME A L'AUTRE
I. Des canicules de juillet aux premiers frimas d'octobre 1
II. Un peu d'histoire8
III. Le fléau10
IV. La réforme12
V. La première constitution30
II - LE BLUFF JEUNE-TURC
I. L'Islam est d'une incroyable lâcheté morale52
II. Le danger56
Au lecteur 64
III. Trois documents96
IV. Les massacres d'Adana118
V. La guerre italo-turque. L'ultimatum italien150
VI. En Macédoine159
VII. En Asie Mineure et Arménie182
III - PRISONS, JUSTICE, HOPITAUX
Journal d'un prisonnier210
APPENDICE
Les adjurations de Pierre Loti380


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