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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Revue Etudes arméniennes

L'auteur

 
Pour "défendre par les œuvres de l’esprit" d'une nation trois fois millénaire
En 1920, la République d’Arménie venait d’être absorbée dans l’Union Soviétique, les Etats-Unis refusaient de ratifier le traité de Sèvres, qui garantissait l’existence d’un état arménien, et la France, épuisée par la Grande Guerre, tentait de se dégager des campagnes d’Orient ; c’est alors qu’Antoine Meillet, l’un des pères de la grammaire comparée des langues indo-européennes, qui avait souvent pris la défense des Arméniens dans les heures les plus tragiques, écrivit à Boghos Nubar Pacha – fondateur de l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance (UGAB), créateur de la Légion d’Orient, qui avait servi les Alliés, et président de la Délégation nationale arménienne à la Conférence de la paix à Versailles en 1918 – pour solliciter le financement d’une revue scientifique qui étudierait tous les aspects de l’histoire, de la littérature et de la philologie arméniennes.

Puisque le jeu des armes et de la diplomatie avait nié les droits et déçu les aspirations d’une nation trois fois millénaire, il ne restait plus qu’à la défendre par les œuvres de l’esprit en recueillant tous les témoignages de son existence, en élucidant tous les épisodes de son passé, en montrant son apport aux lettres et à la civilisation. La première série de la Revue des Études Arméniennes parut annuellement jusqu’en 1933, trois ans avant la mort d’Antoine Meillet. En 1938 mourut son collaborateur, Frédéric Macler, professeur d’arménien à l’École des Langues Orientales.

Une revue servie par d’éminents spécialistes
La chaire fut alors occupée pendant dix ans par Georges Dumézil, qui était déjà un éminent caucasologue et venait d’inventer les méthodes de la mythologie comparée des peuples indo-européens. Dès 1924, dans sa thèse, Le Festin d’immortalité, Dumézil avait analysé la fête arménienne de l’Ascension dans le village d’Astapat, près de Naxijewan, telle que l’avait vue Manuk Abeghian dans son enfance. Quelques années plus tard, il avait comparé la naissance lacustre du dieu Vahagn, l’Héraklès arménien, à l’émergence d’Indra sortant de la fleur de Lotus.

Dès cette époque, il était familier d’un érudit arménien, nommé Haïg Berbérian qui, après avoir servi d’interprète au maréchal Allenby et de secrétaire à Boghos Nubar Pacha, était devenu bibliothécaire de l’UGAB à Paris. Entouré de livres, en arménien, en osmanli, et dans toutes les langues d’Europe, Berbérian ne vivait que pour la science et pour l’érudition historique et philologique. Il correspondait avec des savants du monde entier et assistait tous les vendredis aux séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

Quand Georges Dumézil apprit que, par testament, Calouste Gulbenkian – le célèbre « Monsieur cinq pour cent » – avait créé une fondation destinée à soutenir les œuvres arméniennes, il constitua un comité, incluant plusieurs membres de l’Institut ou du Collège de France (Émile Benveniste, Claude Cahen, André Dupont-Sommer, André Grabar, Paul Lemerle et Louis Robert), pour proposer la renaissance de la Revue des Études Arméniennes, ce prestigieux recueil qui n’avait jamais été remplacé. Le premier volume de la nouvelle série parut en 1964. Le vingt-septième paraît en mars 2001.

Haïg Berbérian assura le secrétariat de la Revue, de 1964 jusqu’à sa mort, en 1978. C’était pour lui un véritable ministère. Sa persévérance et son immense érudition eurent raison de toutes les barrières politiques. Il noua des liens de science et d’amitié avec toutes les institutions d’Arménie soviétique, reçut chez lui les personnes de tout âge et de toute nationalité qui abordaient les études arméniennes, rendit compte de centaines d’ouvrages et publia des mémoires pénétrants, qui font encore aujourd’hui autorité.

Le premier directeur de la nouvelle série fut Émile Benvéniste, que sa formation d’iraniste portait vers l’étude des mots d’emprunt parthes et sassanides en arménien. Quand il professait au Collège de France ses leçons sur les institutions européennes, il échangea une correspondance nourrie avec Berbérian sur plusieurs champs importants du vocabulaire arménien. Après lui, la Revue fut dirigée par Georges Dumézil, qui donna à la nouvelle série des études passionnantes sur les dialectes arméniens, qui l’occupèrent, par intervalles, jusqu’à la fin de sa vie. La veille de sa mort, il achevait un article sur le parler des Arméniens de Hemsin.

Son successeur, Sirapie Der Nersessian était, comme Haïg Berbérian, l’un des derniers témoins de la culture arménienne de Constantinople. Chez son oncle, le patriarche Malachie Ormanian, elle avait entendu, encore enfant, le grand musicien Komitas. Après des études supérieures en France, elle devint le meilleur spécialiste de la miniature byzantine et arménienne. Professeur à Harvard, elle s’était retirée en France, où elle acheva des ouvrages majeurs sur l’art arménien, les manuscrits enluminés d’Ispahan et la miniature cilicienne. Ses contributions à la Revue dénotent un jugement très sûr et une connaissance extraordinaire de l’ensemble des manuscrits arméniens, enluminés ou non.

Une véritable encyclopédie

Dès le début, la nouvelle série a bénéficié de collaborations internationales les plus qualifiées. Elle est devenue le point de ralliement des meilleurs spécialistes arméniens, européens et américains. Au fil des ans, les vingt-sept volumes parus depuis 1964 ont fini par constituer une véritable encyclopédie de l’Arménie antique et médiévale, depuis les origines jusqu’au XVIIIe siècle.

L’amateur d’étymologies y trouve l’origine de l’œil du soleil et de l’éclair, le rapport entre la force et le poids, les termes les plus anciens pour la dot et pour les fiançailles. L’historien y apprend la localisation de Tigranocerte, la chronologie des rois arsacides, les limites des cantons et des provinces, l’économie de l’Arménie à l’époque du califat, l’histoire des diasporas de Pologne, de Crimée et d’Ukraine, le rôle des Arméniens en Ethiopie. Le lecteur de l’épopée savoureuse des géants du Sassoun découvre comment des missionnaires portugais du XVe siècle entendirent pour la première fois la légende dans la région de Xlat et se firent montrer par les villageois arméniens les anneaux de cheville de la géante Xandut. On peut parcourir les monastères du Vaspurakan, retrouver la trace des mausolées royaux, découvrir l’école architecturale d’Ani. Si l’on préfère, on se plongera dans les manuscrits pour analyser le programme iconographique des anciens évangéliaires, reconnaître les écoles d’enluminure de Cilicie ou du Vaspurakan. On peut aussi déchiffrer les neumes et commenter les plus anciens recueils musicaux.

Tous ceux qui ont parcouru l’Arménie sentent la profondeur d’un pays qui conserve tant de vestiges émouvants d’un passé glorieux et tourmenté. Les guides de voyage et les ouvrages généraux sur l’art apportent des réponses immédiates aux questions des visiteurs ; ils les aident à replacer les monuments dans un vaste contexte historique. La Revue des Études Arméniennes ouvre une voie plus lente : elle sonde en profondeur les racines d’une tradition culturelle ; elle n’en finit plus d’épuiser les richesses d’une nation qui a tant produit et tant donné au monde.

Jean-Pierre Mahé
Décembre 2000

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Livre numéro 808
  Mémorial Sirarpie Der Nersessian (Mélanges)
   
Titre : Mémorial Sirarpie Der Nersessian (Mélanges) / auteur(s) : Revue Etudes arméniennes -
Editeur : Revue des Etudes arméniennes
Année : 1992
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Livre numéro 795
Revue Etudes arméniennes --- Cliquer pour agrandir Tome 28
   
Titre : Tome 28 / auteur(s) : Revue Etudes arméniennes -
Editeur : Revue des Etudes arméniennes
Année : 0000
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