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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

William SAROYAN
( 1908 - 1981 )

L'auteur

William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 31 août 1908, décès le 18 mai 1981 à Fesno (USA).

Ecrivain américain dont les romans célèbrent l’optimisme au milieu des difficultés de l’époque de la « Dépression » aux Etats-Unis. Plusieurs œuvres de Saroyan sont tirées de ses propres expériences, bien que son approche des faits autobiographiques doive être qualifiée de « poétique » … Son conseil à un jeune écrivain : « Apprend à respirer profondément, à jouir des plats que tu manges, à dormir réellement dans ton sommeil. Essaie d’être complètement vivant de toutes tes forces, et quand tu ris, ris comme un démon ! » Saroyan travailla constamment à perfectionner un style de prose plein de vivacité tout en étant impressionniste, connu comme style « saroyannesque ».

Saroyan naît à Fresno, en Californie, fils d’un émigrant arménien. Son père déménage vers le New-Jersey en 1905 – il était un petit viticulteur, qui avait fait des études de prêtre presbytérien. Dans cette nouvelle contrée, il est obligé de se livrer au labour des champs. Il meurt en 1911 de péritonite, après avoir bu un verre d’eau glacée donné par sa femme Takouhie. Saroyan est conduit dans un orphelinat d’Alameda avec ses frères. Six ans plus tard, la famille est de nouveau réunie à Fresno, où Takouhie a trouvé un emploi dans une conserverie.

En 1921, Saroyan suit les cours de l’Ecole Technique pour apprendre la typographie. A l’âge de 15 ans, il quitte l’école. Sa mère lui a montré des écrits de son père, et il décide de devenir écrivain. Saroyan continue son éducation tout seul, par des lectures et des écrits, et en vivant de petits boulots. A la Compagnie du Télégraphe de San Francisco, il est chef de service. Quelques-uns de ses premiers articles paraissent dans The Overland Monthly. Ses premières nouvelles commencent à apparaître dans les années 1930. Parmi celles-ci , « La Roue brisée », publiée en 1933 sous le pseudonyme Sirak Goryan dans le journal arménien Hayrenik.

Comme écrivain, Saroyan fait sa percée dans le Story Magazine, avec « Le Jeune homme au trapèze volant » (1934), le titre d’une chanson connue. Le protagoniste en est un jeune écrivain meurt-la-faim, qui essaye de survivre dans une société minée par la « Dépression » des années 1930. « Volant par les airs sur son trapèze, son esprit vagabondait. C’était amusant, absolument drôle. Un trapèze vers Dieu, ou vers rien, un trapèze volant vers une sorte d’éternité ; il priait pour trouver la force de voler avec grâce. » Le personnage de Saroyan est l’écho de l’écrivain impécunieux de Knut Hamsun dans son fameux roman « La Faim » (1890), mais sans la colère et le nihilisme du narrateur de Hansun. L’ouvrage est constamment publié parmi les best-sellers de Saroyan, et avec ses droits d’auteur Saroyan finance son voyage en Europe et en Arménie, où il prend goût aux cigarettes russes. Il développe alors une théorie selon laquelle « Votre cancer viendra de ce qui vous pousse à fumer, pas de ce vous fumez . »

Un grand nombre des nouvelles de Saroyan sont basées sur son enfance, sa vie parmi les exploitants fruitiers américano-arméniens de la San Joaquin Valley, ou traitent de l’absence de racines de l’immigré. Le recueil de nouvelles « Mon Nom est Aram » (1940) un best-seller international, a pour sujet un jeune garçon, Aram Garoghlanian, et les personnages colorés de sa famille immigrée : l’ouvrage a été traduit en de très nombreuses langues, dont le finnois.

Comme auteur de théâtre, ses œuvres sont tirées de sources très personnelles. Il rejetait l’idée conventionnelle selon laquelle le conflit était essentiel au théâtre. « Mon Cœur dans les montagnes » (1939), sa première pièce, est une comédie mettant en scène un jeune garçon et sa famille arménienne. Elle fut produite au Guild Theatre à New York. Une des meilleures pièces de Saroyan est « Le Temps de notre vie », (1939), qui se passe dans un bar en front de mer à San Francisco ; l’œuvre lui vaut le Prix Pulitzer. Il refuse de l’accepter, au motif que ce n’est pas aux marchands à juger d’œuvres artistiques (Pulitzer était un riche propriétaire de journaux), mais accepta le prix du Cercle de la critique dramatique de New York. En 1948, l’ouvre fut portée à l’écran, sous les traits de James Cagney.

« La Comédie Humaine » (1943) se passe à Ithaca, dans la San Joaquin Valley de Californie, où le jeune Homer, petit télégraphiste, est le témoin des peines et des joies des habitants d’une petite bourgade pendant la Seconde Guerre mondiale. « Madame Sandoval », dit doucement Homer, « votre fils est mort. C’est peut-être une erreur. C’est peut-être pas votre fils. C’est peut-être quelqu’un d’autre. Le télégramme dit que son nom est Juan Domingo. Mais peut-être que le télégramme se trompe » (extrait de la « La Comédie humaine »). Le récit fut acheté par la MGM, et améliora la situation financière bancale de Saroyan. Louis B. Mayer avait acheté les droits pour 60 000 dollars, et payait Saroyan 1 500 dollars par semaine pour diriger le film. Après avoir vu les premiers rushes, Mayer donna la direction du film à Clarence Brown. La fin sentimentale de ce film vainqueur des Oscars, avec pour interprètes Mickey Rooney et Frank Morgan, a été considérée comme « la scène la plus gênante de toute l’histoire du cinéma » (David Shipman dans Histoire du cinéma, vol. 2, 1984). Avant la guerre, Saroyan avait travaillé sur le film Golden Boy (1939) d’après la pièce de Clifford Odet, mais il n’obtint jamais un grand succès à Hollywood.

Saroyan publia aussi des essais et des mémoires, dans lesquelles il décrit les gens qu’il a rencontrés dans ses voyages en Union soviétique et en Europe, comme l’auteur Bernard Shaw, le compositeur finlandais Jean Sibelius, et Charlie Chaplin. Pendant la seconde guerre mondiale, Saroyan rejoint l’armée US. Il est basé à Astoria, dans le Queens, mais il passe le plus clair de son temps au Lombardy Hotel à Manhattan, loin du personnel militaire. En 1942, il est affecté à Londres dans une unité cinématographique et manque de peu la cour martiale quand son roman « les Aventures de Wesley Jackson » (1946) s’avère plutôt pacifiste.

En 1943 Saroyan épouse Carol Marcus, âgée de 17 ans ; ils ont deux enfants, Aram et Lucy. Quand Carol lui révèle qu’elle est juive et enfant illégitime, Saroyan divorce. Ils s’épousent à nouveau, et re-divorcent. Lucy devint actrice. Aram devint poète et publia un livre à propos de son père. Plus tard, Carol Marcus épousa l’acteur Walter Matthau.

La situation financière de Saroyan ne s’arrange pas après la Seconde guerre mondiale, quand décline l’intérêt pour ses nouvelles et qu’on critique son sentimentalisme. Saroyan aimait la liberté ; l’amour fraternel et une bienveillance universelle était pour lui des valeurs essentielles, mais avec son idéalisme était plus ou moins considéré comme « daté ». Il écrivait cependant sans cesse. « Comment pouvez-vous écrire de si bonnes choses, tout en en écrivant de si mauvaises ? », demandait un de ses lecteurs. En 1952, Saroyan publie le premier de ses sept volumes de mémoires, « Le Cycliste de Berverly Hill ». Dans la nouvelle titre de son livre « L’Assyrien, et autres histoires » (1950), Saroyan mêle des éléments allégoriques à un roman réaliste. Les pièces SAM EGO'S HOUSE (1949) et « Le Massacre des Innocents » (1958) traitent de questions morales, mais elles n’obtiennent pas le même succès que ses pièces d’avant-guerre. Quand Saroyan se moqua de « Mort dans l’après-midi » d’Ernest Hemingway, celui-ci lui répondit « On les a vu venir et s’en aller. Des bons aussi. De meilleurs que vous, Mr. Saroyan ».

Ses pièces tardives, telles « La Comédie parisienne » (1960), « La Comédie londonienne » (1960), et SETTLED OUT COURT (1969) font leur première en Europe. Nombre de ses pièces n’ont jamais été jouées. Saroyan travaillait rapidement, révisant à peine son texte. Il dépensait son argent dans la boisson et le jeu. A partir de 1958, l’auteur vivait à Paris, où il avait un appartement. « je suis un étranger, dit le menteur ; étranger à moi-même, à ma famille, mon voisin, mon pays, mon monde, mon temps et ma culture. Je ne suis pas un étranger de Dieu, bien que je ne croies rien à propos de Dieu, à part ce Dieu indéfinissable, présent en toute chose et absent de toute chose » (extrait de « Voici qui vient et qui s’en va qui vous savez », 1961) Vers la fin des années 1960 et 1970, Saroyan réussit à se libérer de ses dettes et à se créer un revenu substantiel.

Saroyan mourut du cancer le 18 mai 1981 à Fresno, au Veteran’s Hospital Il aurait dit : « Je savais que tout le monde meurt. Mais dans mon cas, je pensais qu’il y aurait une exception. » A sa demande, ses cendres furent enterrées pour partie à Fresno et pour partie en Arménie.


Gag : n'a jamais écrit en arménien.

A créé la "William Saroyan Foundation" (site : www.williamsaroyanfoundation.org) le 30 décembre 1966, qui travaille en liaison avec la Stanford University aux Etats-Unis.

Célèbre (pour les Arméniens) texte de Saroyan
"I should like to see any power of the world destroy this race, this small tribe of unimportant people, whose wars have all been fought and lost, whose structures have crumbled, literature is unread, music is unheard, and prayers are no more answered. Go ahead, destroy Armenia. See if you can do it. Send them into the desert without bread or water. Burn their homes and churches. Then see if they will not laugh, sing and pray again. For when two of them meet anywhere in the world, see if they will not create a New Armenia."
("Je voudrais voir quelle force au monde peut détruire cette race, cette petite tribu de gens sans importance dont l'histoire est terminée, dont les guerres ont été perdues, dont les structures ont été détruites, dont la littérature n 'est plus lue, dont la musique n 'est pas entendue, et dont les prières ne sont pas exaucées. Allez-y, détruisez cette race, détruisez l'Arménie. Voyez si vous pouvez le faire. Envoyez-les dans le désert. Laissez-les sans pain ni eau. Brûlez leurs maisons et leurs églises. Voyez alors, s'ils ne riront pas de nouveau, voyez s'ils ne chanteront ni ne prieront de nouveau. Car quand deux d'entre eux se rencontrent, n'importe où dans le monde, voyez s'ils ne créeront pas une Nouvelle Arménie.")

Site web de l'auteur : www.williamsaroyansociety.org

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Livre numéro 590
William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir Echappée en roue libre
Titre : Echappée en roue libre / auteur(s) : William SAROYAN - Traduction de "Short Drive Sweet Chariot" ; récit trad. de l'américain par Françoise Jaouën ; préf. d'Aram J. Kevorkian
Editeur : Buchet-Chastel
Année : 2003
Imprimeur/Fabricant : 18-Saint-Amand-Montrond : Bussière Camedan impr
Description : 143 p. : ill. ; 21 cm
Collection : Littérature étrangère
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : États-Unis -- Descriptions et voyages -- 1945-1970 -- Récits personnels
ISBN : 9782283019306
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 15,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Romancier et auteur dramatique américain d'origine arménienne, William Saroyan (1908-2001) fut l'un des écrivains les plus prolifiques de sa génération. La critique le remarque dès son premier ouvrage, L'Audacieux Jeune Homme au trapèze volant (un recueil de nouvelles), et le prix Pulitzer lui est attribué en 1940 pour sa pièce Le (Bon) Temps de votre vie. En 1943 il obtient l'Oscar du meilleur scénario pour le film Une comédie humaine, scénario dont il tirera le roman du même nom. Les éditions Buchet Chastel éditent simultanément trois ouvrages de ce "conteur-né" (David Guinsbourg). Échappée en roue libre. Dans ce "road novel" autobiographique, Saroyan et son cousin John traversent les États-Unis en voiture d'est en ouest. Incidents, rencontres, paysages, servent de prétexte à la réflexion ou à l'évocation de souvenirs personnels où apparaissent de grands noms : Hemingway, Ford, Fellini.

Livre numéro 589
William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir Folie dans la famille
Titre : Folie dans la famille / auteur(s) : William SAROYAN -
Editeur : Buchet-Chastel
Année : 2003
Imprimeur/Fabricant :
Description :
Collection : Littérature étrangère
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 9782283019276
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 15,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Romancier et auteur dramatique américain d'origine arménienne, William Saroyan (1908-2001) fut l'un des écrivains les plus prolifiques de sa génération. La critique le remarque dès son premier ouvrage, L'Audacieux Jeune Homme au trapèze volant (un recueil de nouvelles), et le prix Pulitzer lui est attribué en 1940 pour sa pièce Le (Bon) Temps de votre vie. En 1943 il obtient l'Oscar du meilleur scénario pour le film Une comédie humaine, scénario dont il tirera le roman du même nom. Les éditions Buchet Chastel éditent simultanément trois ouvrages de ce "conteur-né" (David Guinsbourg). Folie dans la famille (nouvelles). Si ces nouvelles concernent souvent la communauté arménienne, comme toujours Saroyan nous parle des grands thèmes de tous les temps - l'enfance, la famille, l'amour, la mort - en alliant sophistication de pensée et simplicité de parole.

Livre numéro 588
William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir Une Comédie humaine
Titre : Une Comédie humaine / auteur(s) : William SAROYAN -
Editeur : Buchet-Chastel
Année : 2003
Imprimeur/Fabricant :
Description :
Collection : Littérature étrangère
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 9782283019269
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 15,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Romancier et auteur dramatique américain d'origine arménienne, William Saroyan (1908-2001) fut l'un des écrivains les plus prolifiques de sa génération. La critique le remarque dès son premier ouvrage, L'Audacieux Jeune Homme au trapèze volant (un recueil de nouvelles), et le prix Pulitzer lui est attribué en 1940 pour sa pièce Le (Bon) Temps de votre vie. En 1943 il obtient l'Oscar du meilleur scénario pour le film Une comédie humaine, scénario dont il tirera le roman du même nom. Les éditions Buchet Chastel éditent simultanément trois ouvrages de ce "conteur-né" (David Guinsbourg). Une comédie humaine (roman). Le romancier suit les joies et les peines de l'attachante famille Macauley dans la petite ville d'Ithaca, en Californie. À travers les drames qui se déroulent dans ces pages, et la galerie d'acteurs qui y défilent, c'est l'âme du peuple américain tout entier que Saroyan nous livre avec humour.

Livre numéro 587
William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir Mon Nom est Aram
Titre : Mon Nom est Aram / auteur(s) : William SAROYAN - Nouvelles traduites de l’anglais par Michel Chrestien
Editeur : Climats
Année : 2000
Imprimeur/Fabricant :
Description :
Collection : Arc-en-ciel
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 9782841581467
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 13,70 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Vers Noël 1933, un jeune écrivain apprend que sa nouvelle "L’Audacieux jeune homme au Trapèze volant" est acceptée par la revue Story. Pendant un mois, il écrit au moins une nouvelle par jour et les expédie quotidiennement à ses éditeurs qui, après avoir lu les premières, le pressent de poursuivre. Sur les trente-trois envoyées, dix-huit se trouvent dans ce livre. Les quinze autres dans "Mon Nom est Aram".
Voilà ce qu’écrivait William Saroyan, au début des années quarante, sur "L’Audacieux jeune homme au trapèze volant" : «Ce livre a été publié pour la première fois le 15 octobre 1934, il y a très exactement six ans et dix jours. Et je vous donne ma parole que je ne croyais pas que le monde redeviendrait jamais le même. Je croyais que ce serait un monde meilleur. « Ces deux recueils devaient rencontrer, il est vrai, un succès foudroyant.
“Un roman, c’est un romancier, écrit-il, et une nouvelle c’est un auteur de nouvelles.” Saroyan a écrit sur les hommes et les femmes qu’il croisait, et toujours avec une grande humanité. S’il fut l’un des premiers écrivains américains du siècle à porter autant d’attention aux communautés d’immigrés, il innova aussi par son écriture. La fraîcheur de son style renouvela le genre. On parla à son sujet de lyrisme et de simplicité, la redécouverte de ses nouvelles permettra de confirmer leur modernité.

Extrait de « Mon nom est Aram

Cette année-là, mon oncle prépara sa bicyclette pour aller jusqu’à Hanford, à quarante-trois kilomètres. Il devait y trouver du travail.
Il avait été question, tout d’abord, d’y envoyer mon cousin Vask avec lui. En fin de compte c’est moi qui l’accompagnai.
On ne voulait pas se plaindre dans la famille de compter parmi nous un imbécile comme l’Oncle Jorgi. D’un autre côté, avec les beaux jours, on voulait pouvoir l’oublier quelque temps. Ce serait parfait s’il trouvait du travail à Hanford. Il gagnerait un peu d’argent à cueillir les pastèques. En même temps, il ne serait pas perpétuellement entre les jambes. C’était ça l’important : qu’il ne serait pas perpétuellement entre les jambes.
« Qu’il aille au diable, lui et sa cithare, disait grand-père. Si vous lisez qu’un homme reste toute la journée sous un arbre à jouer de la cithare et à chanter, croyez-moi, cet écrivain n’est pas un homme pratique. L’argent, c’est ce qui compte. Qu’il aille suer au soleil pendant quelque temps, lui et sa cithare.
– Tu dis ça, répond ma grand-mère, attends seulement huit jours, que tu aies besoin de musique.
– Sottise, dit grand-père, si un écrivain affirme qu’un homme qui chante est un homme véritablement heureux, eh bien ! cet écrivain est un rêveur. Même en mille années on n’en fera pas un commerçant. Qu’il s’en aille. Quarante-trois kilomètres, c’est une distance judicieuse.
– Tu dis ça aujourd’hui. Dans trois jours tu seras triste. Tu marcheras de long en large. C’est moi qui verrai cela et qui rirai.
– Tu es une femme… Si vous trouvez dans un livre de plusieurs centaines de pages en petits caractères qu’il existe une femme qui soit véritablement quelqu’un d’admirable, c’est que l’écrivain ne regardait pas sa femme, il rêvait… Qu’il s’en aille !
– Tu n’es plus jeune. C’est pour ça que tu cries.
– Assez !… Assez ! ou je te flanque ma main sur la figure. Grand-père regarda tout autour de lui dans la chambre, ses enfants et ses petits-enfants :
« J’ai dit qu’il irait à Hanford, sur sa bicyclette. Que dites-vous ? »
Personne ne parla.
« Voilà qui est décidé !… Mais qui l’accompagnera ? Quel est l’enfant disgracié qui sera puni et que nous enverrons à Hanford avec Jorgi ? Si vous lisez dans un livre qu’un voyage à la ville voisine constitue pour un jeune garçon une expérience agréable, l’écrivain est certainement un homme de quatre-vingt-dix ans qui a été jusqu’à trois ou quatre kilomètres de chez lui dans son enfance… Qui allons-nous punir ? Vask ? Est-ce que Vask sera la victime ? Approche, garçon. »
Mon cousin Vask se leva, vint se placer devant le vieil homme qui abaissa sur lui un regard furieux, tordit son épaisse moustache, s’éclaircit la gorge, et mit sa main, qui la couvrait tout entière, sur la figure de l’enfant. Vask ne bougeait pas.
« Iras-tu avec ton oncle Jorgi à Hanford ?
– Si mon grand-père le veut, j’irai.
Grand-père se mit à faire des grimaces, tout en réfléchissant.
– Laissez-moi penser. Jorgi est le fou de la tribu. Toi, tu n’en es pas loin. Est-il sage de mettre deux fous ensemble ?
Il se retourna vers les autres :
« Faites-moi connaître votre opinion à ce sujet. Est-il sage de mettre ensemble un fou adulte et un fou en train de grandir, tous deux appartenant à la même tribu ? Parlez, que je tienne compte de ce que vous aurez dit.
– Je crois que c’est la chose la plus naturelle que nous puissions faire, dit l’Oncle Zorab. Un fou et un autre fou. L’homme travaillera, le garçon gardera la maison et fera la cuisine.
– Peut-être, dit grand-père. Examinons… Deux fous ensemble ! L’un pour le travail, l’autre pour la maison et la cuisine… Sais-tu faire la cuisine, garçon ?
– Naturellement, qu’il sait faire la cuisine, dit grand-mère, le riz au moins.
– C’est bien vrai, cette histoire ? Tu sais faire le riz ? Quatre bols d’eau, un bol de riz, une cuiller à thé de sel. Sais-tu préparer le riz comme un vrai plat au lieu d’en faire une bouillie ? ou rêvons-nous ?
– Bien sûr qu’il sait faire le riz, dit grand-mère.
– Attention au revers de ma main. Que le garçon s’explique lui-même. Il a une langue… Est-ce que tu sais le faire ? Si vous lisez qu’un garçon répond avec bon sens à un vieillard, c’est que l’écrivain est un Juif, enclin à l’exagération… Ton riz était-il bien détaché ou en bouillie ?
– J’ai cuit du riz, dit Vask, et il était bien détaché.
– Était-il assez salé ?… Si tu mens, rappelle-toi ma main.
Vask hésite.
« Je comprends ce que c’est. Et qu’avait-il, ton riz ? La vérité seule m’intéresse. Parle sans crainte. Si tu dis la vérité, sans crainte, personne ne peut t’en demander davantage. Qu’avait ton riz ?
– Il était trop salé. Nous avons dû boire de l’eau pendant toute la journée et toute la nuit. Il était trop salé.
– Pas de fioritures, dit grand-père, rien que la vérité. Vous avez bu de l’eau tout le jour et toute la nuit. Naturellement ! Nous avons tous mangé du riz trop salé. Ce n’est pas une raison pour imaginer que vous êtes les premiers Arméniens à qui cela arrive. Contente-toi de dire qu’il était trop salé. Je ne suis pas ici pour apprendre. Je sais. Dis simplement : il y avait trop de sel et laisse-moi chercher à savoir si c’est bien toi qu’il faut envoyer.
Grand-père se tourna vers les autres : il se remit à faire des grimaces :
« Je crois qu’il faut l’envoyer. Mais parlez, parlez si vous avez quelque chose à dire… Trop salé ! ça vaut mieux que s’il avait été en bouillie. Est-ce qu’il était léger au moins ?
– Il était léger.
– Je crois qu’il faut l’envoyer à Hanford. L’eau est excellente pour l’intestin : allons-nous choisir ce garçon, Vask Garoghlanian, ou qui ?
– Non ; peut-être pas, réflexion faite, dit l’Oncle Zorab. Ces deux fous achevés, ensemble. Non ! même si le riz est mangeable… Je propose Aram. Il devrait partir. Il mérite qu’on le punisse.
– Aram, dit grand-père, Aram, ce garçon qui rit si fort ? Tu veux parler d’Aram Garoghlanian ?
– Naturellement. Il ne peut s’agir que de lui. Tu le sais très bien, dit grand-mère.
– Si vous lisez qu’un homme s’éprend et se marie, l’écrivain fait certainement allusion à un très jeune homme qui ne s’imagine pas qu’elle va parler, sans qu’on lui ait adressé la parole, jusqu’au moment où elle sera prête à rentrer sous terre, à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans. L’écrivain pense certainement à un très jeune homme… Tu veux dire Aram, Aram Garoghlanian ?
– Oui, dit l’Oncle Zorab.
– Mais qu’a-t-il fait pour mériter ce redoutable châtiment ?
– Il le sait très bien.
– Aram Garoghlanian ! appela grand-père. Je me levai et me tins devant lui. Il posa sa grosse main sur mon visage, le caressa. Je savais qu’il n’était pas fâché.
« Qu’as-tu fait, garçon ? »
J’éclatai de rire, me rappelant tout ce que j’avais fait. Grand-père m’écouta un moment, puis il se mit à rire lui aussi. Les autres n’osaient pas. Grand-père le leur avait défendu, puisqu’ils ne savaient pas rire comme lui. Et j’étais le seul autre Garoghlanian au monde à rire de cette façon.
« Aram Garoghlanian, dis-moi, qu’est-ce que tu as fait ?
– Quelle fois ?
Grand-père se tourna vers l’Oncle Zorab :
– Quelle fois, répéta-t-il, dis-lui au juste de quelle bêtise il est coupable. Il doit y en avoir quelques-unes.
– Il sait très bien laquelle, dit l’Oncle Zorab.
– C’est quand j’ai dit au voisin que tu étais fou ?
L’Oncle Zorab ne daigna pas répondre.
« Ou quand je suis allé partout en imitant ta façon de parler ?
– C’est lui qu’il faut envoyer avec Jorgi, dit l’Oncle Zorab.
– Sais-tu préparer le riz ? demanda grand-père.
Il ne désirait pas entrer dans les détails, savoir au juste comment je m’étais moqué de mon oncle. Il suffisait de savoir faire le riz pour accompagner Jorgi à Hanford.
Cela revenait à ça. Je voulais y aller, bien sûr. Peu importait si l’écrivain ayant écrit qu’il était bon pour un jeune homme de voyager était menteur ou fou. Je voulais partir.
– Oui ! je sais faire cuire le riz.
– Et il est trop salé, écrasé, ou quoi ?
– Parfois il est salé, parfois il est écrasé, parfois il est parfait.
– Réfléchissons, dit grand-père.
Il s’appuya au mur : « Trois grands verres d’eau… »
Grand-mère partit vers la cuisine et revint aussitôt avec trois grands verres d’eau. Mon grand-père but les trois verres d’eau coup sur coup, puis se tourna vers les autres, non sans changer plusieurs fois d’expression :
« Parfois il est salé, dit-il, parfois il est écrasé… Parfois il est parfait… C’est lui qu’il faut envoyer à Hanford.
– Oui ! dit l’Oncle Zorab, lui, et lui seul.
– Ainsi soit-il… dit encore grand-père, ce sera tout. Qu’on me laisse.
Je fis un mouvement. Mais grand-père me saisit par le cou :
« Reste un instant. Et quand nous fûmes seuls : Parle un peu comme ton Oncle Zorab. Ce que je fis, et grand-père rit aux éclats.
« Pars pour Hanford, dit-il. Va avec ce fou de Jorgi, et que le riz soit salé, qu’il soit écrasé, qu’il soit parfait… »
C’est ainsi que je fus désigné comme compagnon de voyage de Jorgi.


Livre numéro 586
William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir L'Audacieux Jeune homme au trapèze volant
Titre : L'Audacieux Jeune homme au trapèze volant / auteur(s) : William SAROYAN - Nouvelles traduites de l’anglais par Michel Chrestien
Editeur : Climats
Année : 2000
Imprimeur/Fabricant :
Description : 236 p.
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 9782841581405
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 13,70 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Vers Noël 1933, un jeune écrivain apprend que sa nouvelle "L'Audacieux jeune homme au Trapèze volant" est acceptée par la revue Story. Pendant un mois, il écrit au moins une nouvelle par jour et les expédie quotidiennement à ses éditeurs qui, après avoir lu les premières, le pressent de poursuivre. Sur les trente-trois envoyées, dix-huit se trouvent dans ce livre. Les quinze autres dans "Mon Nom est Aram". Voilà ce qu'écrivait William Saroyan, au début des années quarante, sur "L'Audacieux jeune homme au trapèze volant" : "Ce livre a été publié pour la première fois le 15 octobre 1934, il y a très exactement six ans et dix jours. Et je vous donne ma parole que je ne croyais pas que le monde redeviendrait jamais le même. Je croyais que ce serait un monde meilleur." Ces deux recueils devaient rencontrer, il est vrai, un succès foudroyant. "Un roman, c'est un romancier, écrit-il, et une nouvelle c'est un auteur de nouvelles" Saroyan a écrit sur les hommes et les femmes qu'il croisait, et toujours avec une grande humanité. S'il fut l'un des premiers écrivains américains du siècle à porter autant d'attention aux communautés d'immigrés, il innova aussi par son écriture. La fraîcheur de son style renouvella le genre. On parla à son sujet de lyrisme et de simplicité, la redécouverte de ses nouvelles permettra de confirmer leur modernité.

Livre numéro 585
William SAROYAN --- Cliquer pour agrandir Les Aventures de Wesley Jackson
Titre : Les Aventures de Wesley Jackson / auteur(s) : William SAROYAN -
Editeur : Flammarion
Année : 1981
Imprimeur/Fabricant :
Description : 384 p.
Collection : Littérature étrangère
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 9782080644039
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 12,20 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

"Je m'appelle Wesley Jackson, j'ai dix-neuf ans, et ma chanson préférée est Valencia. Je crois que tout le monde se trouve une chanson préférée un jour ou l'autre. Je sais que j'ai la mienne parce que je suis toujours en train de la chanter ou de l'entendre, même quand je dors." "Jusqu'ici vous connaissez mon nom, mon âge, et ma chanson préférée, mais vous ne savez pas la chose la plus importante : je suis laid. Je ne suis pas un peu tard comme certains, je suis complètement moche. Pourquoi c'est comme ça, je ne sais pas, mais c'est comme ça et voilà. Chaque fois que je m'apprête à me raser, je sui surpris. Je n'arrive pas à croire que n'importe qui puisse être aussi laid, mais il est là, juste devant mes propres yeux, et c'est moi." Wesley reçoit bientôt une lettre du Président l'invitant à entrer dans l'armée. La Seconde Guerre mondiale fait rage. Nous retrouvons dans LES AVENTURES DE WESLEY JACKSON les multiples facettes du talent de William Saroyan et surtout son sens aigu de la fraternité humaine, de l'authenticité et son bonheur d'écriture.

Livre numéro 1608
  Papa, tu es fou
 
Titre : Papa, tu es fou / auteur(s) : William SAROYAN - ["Papa, you're crazy"], roman traduit de l'américain par Danièle Clément
Editeur : Stock
Année : 1961
Imprimeur/Fabricant : Lagny-sur-Marne, impr. E. Grévin et fils
Description : In-16 (19 cm), 185 p
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Sujets : Roman
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 7,50 FRF

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