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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Jacques SEMELIN
( n. 1951 )

L'auteur

Jacques SEMELIN --- Cliquer pour agrandir
Naissance en 1951 au Plessis-Robinson

Directeur de recherche CNRS

Jacques Semelin a obtenu son doctorat en histoire contemporaine à la Sorbonne en 1986 et son habilitation à diriger des recherches à Sciences Po en 1997. Il est également titulaire d’un DESS de psychopathologie (Paris V) et de 1986 à 1988 il a été post-doctoral fellow à Harvard (Center For International Affairs).
En 2007, il a été qualifié par le CNU professeur des Universités en Science politique et en Histoire moderne.
Il dirige le projet international de l’Online Encyclopedia of Mass Violence (massviolence.org)
Il est membre des comités scientifiques des revues European Review of history, Journal of genocide research et Vingtième siècle.
Il est aussi membre de l’International Genocide Scholars Association (IGSA) et de l’International Network of Genocide Scholars (INOGS).
Ses recherches prennent place dans le Projet transversal du CERI "Sortir de la violence".

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Livre numéro 1336
Jacques SEMELIN --- Cliquer pour agrandir La résistance au génocide, Pluralité des actes de sauvetage
Titre : La résistance au génocide, Pluralité des actes de sauvetage / auteur(s) :Sous la direction de Jacques Semelin, Claire Andrieu, Sarah Gunsberg
Editeur : Les Presses de Sciences Po
Année : 2008
Imprimeur/Fabricant : 42-Saint-Just-la-Pendue : Impr. Chirat
Description : 1 vol. (552 p.) ; 21 cm
Collection : Académique
Notes : Index des noms, Index des lieux, contribuent également sur le génocide arménien : Hasmik Tevosyan, Ugur Ümit Üngor, Hans L. Kieser, Fatma Müge Göçek ; Bibliogr. p. 519-539. Index
Autres auteurs : Raymond Haroutiun KEVORKIAN [contribution] - Jacques SEMELIN [directeur] - Yves TERNON [contribution] - Hans-Lukas KIESER [contribution] -
Sujets : Guerre mondiale (1939-1945) -- Juifs -- Sauvetage -- Congrès
Génocide arménien (1915-1916 ) -- Congrès
Génocide rwandais (1994 ) -- Congrès
Défense par actions civiles -- Congrès
ISBN : 9782724610895
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 28,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Textes issus d'un colloque international organisé à Sciences Po en 2006
Les actions menées pour tenter de sauver des juifs pendant la seconde guerre mondiale connaissent une certaine notoriété en France depuis que le titre de « Justes » a été introduit dans la législation française en 2000, mais les ouvrages scientifiques sur le sujet sont rares. Les actions de sauvetage des Arméniens (1915-1916) et des Tutsis (1994) restent quant à elles largement inconnues.

SOMMAIRE
Introduction – De l’aide au sauvetage, Jacques Semelin
Première partie – Entre histoire et mémoire : le concept de sauvetage
- De la mémoire du sauvetage à l’institution d’un titre de Juste parmi les Nations, Sarah Gensburger
- À la recherche des Justes : le cas des massacres arméniens de 1915, Fatma Müge Göçek
- Approches comparées de l’aide aux juifs et aux aviateurs alliés, Claire Andrieu
- Pour une approche quantitative de la survie et du sauvetage des juifs, Marnix Croes
- Antisémitisme et sauvetage des juifs en France : un duo insolite ?, Renée Poznanski
- Qui a osé sauver des juifs et pourquoi ?, Nechama Tec
- « Sauvetage » et intérêts. Protéger des biens pour sauver des personnes ?, Florent Le Bot
- Les juifs d’Italie et la mémoire du sauvetage (1944-1961), Paola Bertilotti
- Sauveteurs et sauveteurs. Tueurs dans le génocide rwandais, Lee Ann Fujii

Deuxième partie – L’État, ses frontières et les conditions de l’aide
- Les pratiques de sauvetage dans le génocide arménien, Hasmik Tevosyan
- L’opposition de fonctionnaires ottomans au génocide des Arméniens, Raymond Kévorkian
- Conversion et sauvetage : stratégies de survie au cours du génocide arménien, Ugur Ümit Üngor
- Humanitaire et massacres. Le Comité international de la Croix-Rouge (1904-1994), I. Hermann D. Palmieri
- La Suisse face au génocide nazi : refus actif, secours passif, Ruth Fivaz-Silbermann
- L’OSE et le sauvetage des enfants juifs, de l’avant-guerre à l’après-guerre, Katy Hazan et Georges Weill
- Le contexte du sauvetage dans l’Europe de l’Ouest occupée, Bob Moore
- La répression du sauvetage pendant l’« action Brunner » (1943-1944), Tal Bruttmann
- « Guide et moteur » ou « trésor central » ? Le rôle du Joint en France (1942-1944), Laura Hobson-Faure
- Le service hongrois de la BBC et le sauvetage des juifs de Hongrie, Franz Chalk
- L’échec de l’opposition locale au génocide au Rwanda, Scott Straus
- Le sauvetage dans la zone frontière de Gishamvu et Kigembe au Rwanda, Charles Kabwete Mulinda

Troisième partie – Réseaux, minorités et sauvetage
- La missionnaire Béatrice Rohner face au génocide arménien, Hans L. Kieser
- L’impossible sauvetage des Arméniens de Mardin. Le havre du Sindjar, Yves Ternon
- L’Union générale des israélites de France fut-elle un obstacle au sauvetage ?, Michel Laffitte
- Rafles et réseaux sociaux à Paris (1940-1944), Camille Ménager
- Protestantismes minoritaires, affinités judéo-protestantes et sauvetage des juifs, Patrick Cabanel
- Nieuwlande, pays sauveteur (1941-1942 à 1945), Michel Fabréguet
- Survivre dans la clandestinité : le « Bund » dans l’Allemagne nazie, Mark Roseman
- Les musulmans de Mabare pendant le génocide rwandais, Emmanuel Viret
Conclusion – Le sauvetage, un concept renouvelé, Claire Andrieu


Autre commentaire

A l'occasion du soixantième anniversaire de la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide, La résistance aux génocides met en évidence - dans une étude comparative des génocides arménien, juif et rwandais - que chaque fois qu'il y a génocide, il y aussi une résistance civile qui émerge. Discrète, elle est l'œuvre d'individus qui, chacun à leur échelle, font oeuvre de sauvetage. Dans cette descente aux enfers qui caractérise les temps de génocide, il se trouve des gens qui se tiennent à distance, et dont les gestes sauvent, ou retardent sans la stopper la machine criminelle.
La figure du sauveteur est complexe. A côté du sauveur altruiste se trouvent des gens dont l'aide n'est pas désintéressée. On sauve parfois pour de l'argent. Raymond Kévorkian recense ainsi quelques cas d'Arméniens qui avaient pu « gagner du temps » en adressant chaque mois une lettre de crédit à leur sauveteur. Durant la Shoah, il y a des sauveteurs qui ne sont pas philosémites. Au Rwanda, en 1994, on voit des sauveteurs qui furent aussi des tueurs. La notion de Juste parmi les Nations, juive à l'origine, s'est internationalisée. Depuis les années 1990, l'expression s'applique aussi aux Turcs qui ont sauvé des Arméniens et aux Hutus qui ont sauvé des Tutsis.

Fatma Müge Gôcek
Dès 1992, Richard Hovanissian consacrait une première étude à ce sujet, reconnaissant que beaucoup d'Arméniens n'avaient survécu que grâce à l'aide de Turcs.
Comme l'écrit Jacques Sémelin, la question du sauvetage « pour le moins décalée par rapport au combat mémoriel des organisations arméniennes toujours mobilisées pour la reconnaissance internationale de ce génocide » mérite d'être explorée. Et les contributions relatives à 1915 enrichissent le débat sur la notion de Juste. Ainsi Fatma Müge Gôcek propose d'élargir la notion pour prendre en compte l'expérience musulmane tirée du concept islamique d'adala, et rappelle d'autre part que la formation intellectuelle des Jeunes-Turcs est européenne. Hasmik Tevosyan, en pointant le déni de justice, souligne la charge affective véhiculée par la notion de Juste chez les Arméniens.
Son simple témoignage fait de Morgenthau un Juste, alors qu'il n'a pas sauvé de vie. De même, Antranik - alors qu'en principe le terme de Juste s'applique aux étrangers -est vu comme un Juste parce qu'il est ce héros qui, pendant le génocide, a sauvé des vies arméniennes. Elle note également la valeur cathartique de la notion de Juste pour les Turcs et les Arméniens.

Ugur Umit Ungôr
Petit chef-d'oeuvre que la contribution de Raymond Kévorkian : même l'examen d'un sujet mineur fait surgir dans toutes ses dimensions l'entreprise d'extermination. Dans une approche intentionnaliste du génocide, il rappelle d'emblée l'idéologie d'exclusion qui caractérise le CUP et son projet d'extermination. Or, note l'historien, il fait partie de ce projet de sauver quelques rares éléments : des jeunes femmes bien éduquées. A un autre niveau, les femmes et les enfants qui furent violemment enlevés au cours des déportations et placés dans les familles turques, kurdes, bédouines, comme domestiques, esclaves ou épouses, furent malgré tout « sauvés ».
Son étude se concentre sur la résistance de hauts fonctionnaires turcs aux ordres de déportation. Certains, sans sympathie pour les Jeunes-Turcs, le CUP et l'Organisation spéciale qui servait aussi de structure parallèle pour surveiller les bureaucrates, ont résisté en différant l'application des ordres venus de la capitale. Sans sauver des vies, ils ont temporisé avant d'être mutés ou exécutés. Mais d'autres menèrent à bien de véritables opérations de sauvetage, à Kütahya et Adana par exemple.
Ugur Umit Ungôr note que pour les Arméniennes « le sauvetage était souvent le prélude à la misère ». Il aborde le cas de ces femmes vendues sur les marchés régionaux d'esclaves qui étaient serai-légaux jusqu'en 1915 dans l'Empire ottoman : leur arrivée massive provoque l'effondrement des cours sur ces marchés. Enfin, si la conversion était une condition sine qua non du sauvetage, elle n'empêchait ni la suspicion ni la mort. Talaat, ministre de l'Intérieur, supervisait les choses : nouvelle carte d'identité avec noms turcs pour les converti(e)s. Quand donc la conversion a sauvé une vie, le plus souvent la vie d'une femme, comme celle de la grand-mère de Fethiye Cetin, ce quia été sauvé, c'est une existence physique, coupée de son groupe, et dont on considérait que l'identité arménienne avait été éradiquée.

Hans Lucas Kieser
Hans Lucas Kieser revient sur Béatrice Rohner, cette religieuse qui dirigea pendant un an à Alep, avec l'autorisation de Djemal, un orphelinat regroupant un millier d'enfants arméniens avant qu'ils ne soient dispersés dans des orphelinats de l'Etat en 1916.
En choisissant de parler des Arméniens de Mardin où il y eut très peu de survivants, Yves Ternon essaie de comprendre ce qui a rendu impossibles dans ce cas les opérations de sauvetage. Question décalée, question éminemment féconde. Il faut lire ce livre intelligent qui commence par une cartographie de l'échelle spatiale des trois génocides.
Il faut le lire en entier pour comprendre que l'approche comparative n'est pas une vaine recherche, puisqu'elle permet de rapprocher ce qui peut se subsumer sous un même concept tout en établissant des différences spécifiques.
Saluons ici les grandes qualités intellectuelles et morales de Jacques Sémelin à l'initiative de ce livre qui fait suite au colloque qu'il organisa en 2006.

Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 148, Janvier 2009


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