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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Païladzo CAPTANIAN

L'auteur

 
Institutrice arménienne de Samsun (Mer Noire), témoin des déportations à Deir ez-Zor (désert de Syrie) en 1915
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Livre numéro 1555
Païladzo CAPTANIAN --- Cliquer pour agrandir Mémoires d’une déportée arménienne
Titre : Mémoires d’une déportée arménienne / auteur(s) : Païladzo CAPTANIAN - Récit ; préface de Anahide Ter Minassian
Editeur : Jacques Flament Editions
Année : 2010
Imprimeur/Fabricant :
Description : 160 pages
Collection : Mémorielles
Notes : Réédition de l'ouvrage paru en 1919
Autres auteurs : Anahide TER MINASSIAN [préfacier] -
Sujets : Génocide arménien (1915-1916 ) -- Récits personnels
ISBN : 9782363360052
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 14,90 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Les “Mémoires d’une déportée arménienne” furent publiés à Paris par l’éditeur Flinikowski, en 1919.
Ce document de Pailadzo Captanian constitue à coup sûr un témoignage capital sur le génocide arménien et les déportations de 1915.

Pailadzo Captanian, femme d’instituteur et honorable mère de famille de Samsoun, tint un journal détaillé des tragiques événements qui marquèrent sa déportation. Destination initiale : Deïr-Ul-Zor, lieu de sinistre mémoire de la destruction raisonnée et programmée où furent massacrés près de 200 000 Arméniens. Heureusement pour elle, son voyage au bout de l'enfer prendra fin à Alep.
Le journal qu’elle tenait ayant été perdu, elle a restitué de façon méthodique et structurée ses souvenirs profondément marqués par les souffrances et les humiliations endurées durant son épouvantable marche au sein des caravanes de déportés.
Dans son avant-propos, elle précise : « Est-il possible de décrire les horreurs d'une pareille situation ? Non. La férocité délirante qui s'acharna sur nous est impossible à exprimer, tant elle dépasse toute imagination, comme toute expression humaine. Seules les victimes peuvent réaliser, dans leur propre souvenir, ce qui est et restera impossible à décrire. »


Article de Anahide Ter Minassian, France-Arménie, numéro 375, Mai 2011

Déportation : le calvaire des femmes arméniennes. L'horreur vue de l'intérieur. Jour après jour. Humiliation après humiliation. Le regard poignant d'une Arménienne sur la déshumanisation imposée aux femmes arméniennes.
La déportation des Arméniens en 1915, c'est surtout la déportation des femmes, des enfants et des vieillards. Les hommes qui n'avaient pas été mobilisés et les garçons de plus de 15 ans ont. en général, été séparés de leurs familles et massacrés. Pour sauver la vie de leurs adolescents, la ruse des misérables mères consiste à les cacher sous des vêtements féminins.
L'intérêt du livre de Païladzo Captanian est multiple. Il tient d'abord à la relation précise d'un périple de plusieurs mois qui la mène de Samsun, port de la Mer Noire, à Alep, préfecture de Syrie. Transmises par la seule vertu de la mémoire, la notation exacte de l'itinéraire, l'énumération des villes d'étape vers lesquelles confluent les différents convois de déportés sans être autorisés à y entrer, la description fidèle de l'espace géographique- pierrailles, montagnes, déserts,fleuves et rivières —,où la nature et le climat deviennent des armes meurtrières, sont remarquables. Non moins remarquable est sa capacité d'enregistrer les noms des personnes croisées, qu'elles soient victimes ou bourreaux, de les arracher à l'oubli et de se montrer une observatrice lucide du système d'extermination. "Le but de notre course à travers l'Anatolie était Deir-ul-Zor. Ainsi en avaient décidé les autorités. Mais celles-ci s'appliquèrent à y mener les déportés par les chemins les plus longs de façon à les réduire par la fatigue, la faim, la soif, sans préjudice des assassinats et des pillages systématiques".
Mais l'intérêt irremplaçable du livre de Madame Captanian tient à ses notations sur la vie quotidienne des déportées et à ses remarques sur les inégalités sociales renforcées devant la mort. Plus frustes et endurantes, moins exposées à la concupiscence masculine, les paysannes arméniennes se montrent physiquement et psychiquement plus résistantes que les citadines et les jeunes femmes éduquées. Cependant seuls les bijoux, l'or et l'argent, avidement recherchés et extorqués par les gendarmes turcs et les misérables tribus turcomanes, kurdes ou bédouines dont les habitudes de pillage ont été réveillées par les richesses prêtées aux Arméniens, assurent la survie de celles qui les possèdent et qui réussissent à les échanger contre de la nourriture, de l'eau ou contre la sauvegarde de leur «honneur». Cela nous vaut cette remarque désabusée : «Sans la corruption turque personne n'aurait échappé à la persécution».
Alors que les violences, les vols, les viols, les meurtres sont quotidiens, Pailadzo enregistre, sans condamner ses compagnes, leur volonté de survivre à n'importe quel prix. Elle note chez les déportées, avec la disparition des règles sociales, la régression de la solidarité, l'effacement de la dignité, l'effondrement des valeurs spirituelles voire des affections familiales. Elle constate leur déshumanisation progressive, ce qu'elle appelle la «dépression morale». En termes simples et surannés, elle tente de dire, elle dit l'indicible. L'abandon, dans les gorges de Malatia, de centaines d'enfants que leurs mères n'ont plus la force de porter. La conversion forcée ou volontaire à l'islam des jeunes femmes et des jeunes filles qui, aussi longtemps qu'elles conservent leur beauté, un peu de chair ou une apparence féminine, sont convoitées et emportées par des officiers ottomans ou des quidams turcs, kurdes ou arabes. Le consentement des mères qui livrent une ou deux de leurs filles pour sauver les autres, pour sauver un fils voué à la hache ou pour se sauver elles-mêmes. Les heurts entre celles qui se résignent à ces sacrifices et celles qui exhortent leurs compagnes à "mourir avec honneur". Elle se fait l'écho du "tchiblak barhana ", ou la marche sous le soleil du désert d'une colonne de femmes arméniennes squelettiques et totalement nues, la barbarie humiliante d'une telle épreuve prenant tout son sens dans un monde où la pudeur et le voile sont les attributs obligés de la musulmane. Mais elle se fait aussi l'écho de la résistance désespérée des Arméniennes d'Ourfa, qui se sont battues avec leurs hommes et se sont jetées dans des puits pour mourir en martyres.
Anahide Ter Minassian, France-Arménie, numéro 375, Mai 2011


Livre numéro 1554
Païladzo CAPTANIAN --- Cliquer pour agrandir Mémoires d'une déportée arménienne
 
Titre : Mémoires d'une déportée arménienne / auteur(s) : Païladzo CAPTANIAN -
Editeur : M. Flinikowski
Année : 1919
Imprimeur/Fabricant :
Description : 144 pages, In-8°
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Génocide arménien (1915-1916 ) -- Récits personnels
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :

Les “Mémoires d’une déportée arménienne” furent publiés à Paris par l’éditeur Flinikowski, en 1919.
Ce document de Pailadzo Captanian constitue à coup sûr un témoignage capital sur le génocide arménien et les déportations de 1915.
Pailadzo Captanian, femme d’instituteur et honorable mère de famille de Samsoun, tint un journal détaillé des tragiques événements qui marquèrent sa déportation. Destination initiale : Deïr-Ul-Zor, lieu de sinistre mémoire de la destruction raisonnée et programmée où furent massacrés près de 200 000 Arméniens. Heureusement pour elle, son voyage au bout de l'enfer prendra fin à Alep.
Le journal qu’elle tenait ayant été perdu, elle a restitué de façon méthodique et structurée ses souvenirs profondément marqués par les souffrances et les humiliations endurées durant son épouvantable marche au sein des caravanes de déportés.
Dans son avant-propos, elle précise : « Est-il possible de décrire les horreurs d'une pareille situation ? Non. La férocité délirante qui s'acharna sur nous est impossible à exprimer, tant elle dépasse toute imagination, comme toute expression humaine. Seules les victimes peuvent réaliser, dans leur propre souvenir, ce qui est et restera impossible à décrire. »

Avant-propos

Je présente ce livre à mes compatriotes endeuillés qui se trouvent en terre étrangère, impatients de connaître toute la vérité sur les déportations de 1915. C'est le témoignage d'une exilée qui partagea les souffrances infligées par la cruauté turque à des milliers de malheureux. J'ai décrit ce que j'ai vu et ce que j'ai éprouvé. Malheureusement le journal où j'avais noté les faits et les événements a disparu. Des montagnards l'ont jeté à l'eau comme papiers inutiles, en même temps qu'une liasse de billets de banque soustraite à mes compagnons d'exil. Toutefois, les souffrances endurées ont si profondément sillonné mon âme, et tout mon être est si plein de ce cauchemar, que je suis parvenue à le reproduire avec une exactitude satisfaisante.
Mais que dis-je ? Est-il possible de décrire les horreurs d'une pareille situation ? Non. La férocité délirante qui s'acharna sur nous est impossible à exprimer, tant elle dépasse toute imagination, comme toute expression humaine. Seules les victimes peuvent réaliser, dans leur propre souvenir, ce qui est et restera impossible à décrire.
Et si je dis que parmi mes compagnes d'infortune, je fus encore celle qui eut le moins à souffrir, que le lecteur essaye d'imaginer, après avoir parcouru ces pages, ce que fut leur vie, durant ces quatre terribles dernières années.
Les pertes que nous avons subies sont cruelles et irréparables; aussi nous sera-t-il, après cela, permis d'espérer que les pleurs et les gémissements de toute une nation martyrisée trouveront un écho dans le cœur des nations civilisées ? Trouveront-elles suffisantes nos souffrances séculaires pour que la Conférence de la Paix y mette un terme et pour que, prenant en considération les torrents de sang versés pour la cause de la liberté des peuples, elle résolve la question arménienne de telle sorte que les survivants soient à jamais libérés du joug criminel qui les a accablés et indemnisés de leurs pertes et de leurs sacrifices?


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