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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Jean-Pierre KIBARIAN

L'auteur

 
Animateur de la Socité bibliophilique ANI

ANI - Jean-Pierre Kibarian 163 rue du Faubourg-Saint-Antoine 75011 Paris

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Livre numéro 1877
Jean-Pierre KIBARIAN --- Cliquer pour agrandir Voyage descriptif dans les provinces arméniennes de la Turquie orientale en 1882
 
Titre : Voyage descriptif dans les provinces arméniennes de la Turquie orientale en 1882 / auteur(s) : Manuel MIRAKHONIAN -
Editeur : Société Bibliophilique ANI
Année : 2013
Imprimeur/Fabricant : Laballery à Clamecy
Description : 684 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection :
Notes : Index pp 651-699
Autres auteurs : Jean-Pierre KIBARIAN [directeur] -
Sujets : Récit de voyage -- Arménie historique
ISBN : 9782746663329
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 64,00 euros

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ANI - Jean-Pierre Kibarian 163 rue du Faubourg-Saint-Antoine 75011 Paris

Article de Michel Dreyfus, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014

En 1882, en dressant un inventaire des écoles arméniennes, un instituteur réalise un véritable reportage sur la vie quotidienne de ceux qui vivaient dans certaines provinces de l'Empire. Un témoignage d'autant plus précieux qu'il est réalisé deux ans avant le début des massacres hamidiens.

Voilà un ouvrage dont on ne saurait trop recommander la lecture et ce, pour bien des raisons. Au début des années 1880, Manuel Mirakhorian décida de visiter la Turquie orientale et à l'issue de ce voyage , livra un récit de la vie des Arméniens. Il parcourut donc cette région de la Turquie, à travers quelques villes et surtout de nombreux villages. Il les décrit de façon très vivante, et nous fournit une masse d'informations considérables sur la situation économique des Arméniens, le plus souvent à la campagne, la façon dont ils vivent, leur travail quotidien, leur religion et leurs croyances. Ce récit n'a rien de convenu dans la mesure où Manuel Mirakhorian ne cache pas, et ce à maintes reprises, sa désolation devant l'insuffisance des écoles, l'ignorance des enseignants, et donc le très bas niveau d'éducation qui en résulte le plus souvent. Son témoignage est donc très précieux. En effet, si les massacres des Arméniens dans les années 1895-1897 puis le génocide de 1915, perpétrés par les différents gouvernements turcs, ont fait l'objet d'une littérature immense, nous ne savons que peu de choses sur la situation antérieure. Ce livre est donc une contribution majeure à la mémoire du peuple arménien.

Une grande valeur documentaire
Le témoignage photographique réalisé dans les années 1950 par le grand historien d'art, archéologue et voyageur, Jean-Michel Thierry de Crussol sur cette région a permis de mieux mesurer la perte du patrimoine humain et culturel arménien, résultant de ces massacres et de ce génocide. Or Jean-Michel Thierry de Crussol avait largement utilisé le livre de Manuel Mirakhorian, car il avait apprécié sa grande valeur documentaire, comme il l'expliqua ensuite à Jean-Pierre Kibarian. Aussi, ce dernier décida de publier cet ouvrage en langue française. Jean-Pierre Kibarian fut aidé et soutenu par quelques amis mais c'est d'abord grâce à lui que cet ouvrage parait aujourd'hui. Il fallut d'abord le faire traduire. Il était dépourvu de cartes dans son édition originale, ce qui s'explique par la faiblesse des moyens financiers dont disposait Manuel Mirakhorian ; Jean-Pierre Kibarian a donc remédié à cette absence. Mais il a fait bien davantage : il a modernisé le style du récit, l'a agrémenté d'une iconographie abondante et d'un appareil critique considérable, sous forme de notes expliquant les lieux, les expressions, les circonstances et les hommes. Ce travail était en effet indispensable pour comprendre toute la richesse d'un récit vieux de plus d'un siècle et qui fourmille d'allusions à des évènements le plus souvent oubliés aujourd'hui. Jean-Pierre Kibarian a fait ainsi du témoignage de Manuel Mirakhorian un livre d'histoire. Ajoutons que notre voyageur fut constamment soumis à la censure, ce qui explique les nombreux passages où il s'autocensure. En dépit de ses innombrables recherches, Jean-Pierre Kibarian ne pouvait expliquer toutes les allusions auxquelles procède Manuel Mirakhorian. Souhaitons que de futurs historiens puissent découvrir les thèmes sur lesquels s'exerçait cette censure. En conclusion, je ne saurais trop recommander la lecture de cet ouvrage et remercier Jean-Pierre Kibarian sans qui il n'aurait jamais vu le jour. Ce livre est indispensable pour qui veut connaitre la situation des Arméniens en Turquie orientale à la fin du XIXe siècle, et il devrait toucher un très large public.

Michel Dreyfus, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014


Présentation de Jean-Pierre Kibarian

La version originale du livre de Manuel Mirakhorian m’a d’emblée frappé par la description pointilleuse de la vie des Arméniens en Turquie orientale dans les années 1880. En effet, rares sont les Arméniens qui ont laissé un compte-rendu de ces régions avant la grande tuerie de 1895-1897 puis le génocide de 1915, perpétrés par les différents gouvernements turcs.

À partir des années 1950, le témoignage photographique incomparable de l’éminent historien d’art et archéologue-voyageur Jean-Michel Thierry de Crussol sur cette même région a permis de mieux mesurer ce qu’a été l’immense perte du patrimoine humain et culturel arménien. Jean-Michel Thierry de Crussol avait abondamment utilisé le livre de Manuel Mirakhorian dont il m’avait confirmé la grande valeur documentaire.Y remédier fut une tâche difficile mais passionnante. Il fallut également moderniser le style du récit, tout en l’accompagnant d’une iconographie abondante ainsi que d’un important appareil critique et d’annexes. C’est ce travail entrepris il y a cent trente ans qui est aujourd’hui délivré au lecteur.
Jean-Pierre Kibarian


Propos recueillis par Elisabeth Baudourian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014

Jean-Pierre Kibarian , le traducteur enthousiaste du livre de Mirakhorian
Ce bibliophile averti a traduit et actualisé le texte de Manuel Mirakhorian en y ajoutant des notes, des index, des cartes et de nombreuses photos. Un travail remarquable qui met en lumière un ouvrage essentiel.

Nouvelles d'Arménie Magazine: Qu'est-ce qui vous a poussé à publier ce livre?
Jean-Pierre Kibarian : Il s'agit du témoignage d'un enseignant qui dresse un état des lieux des écoles arméniennes d'Anatolie mais aussi des provinces traversées avant la destruction quasi totale de ses habitants qui allait mettre fin à 2 500 ans de présence arménienne. Ce livre a été rédigé avant les massacres d'Abdul Hamid. Il s'agit d'un éclairage partiel de la situation des Arméniens à cette date mais essentiel. D'ailleurs ce livre est connu des historiens. Il a été beaucoup utilisé dans le dictionnaire géographique en 5 volumes publié en Arménie entre les années 1986 et 2001 et aussi par Jean-Michel Thierry qui m'avait encouragé à sa publication. Il m'avait dit que sur place il a constaté combien les observations de Mirakhorian étaient exactes.
NAM: Quelles sont les provinces que choisit de traverser Manuel Mirakhorian?
J.-P. K. : C'est probablement le patriarcat d'Istanbul qui envoie Mirakhorian faire un état des lieux des écoles arméniennes dans certaines provinces. Parti de Trébizonde, il descend vers Erzeroum puis vers le Sassoun et se rend dans la région autour du lac de Van dont il est originaire. Le mot Arménie étant interdit, il utilise le terme de « provinces habitées par les Arméniens ». Il s'agit en somme d'un reportage dans lequel il décrit les villages, la végétation, les animaux.... Déjà à cette époque Mirakhorian constate le départ de familles arméniennes prises en tenaille par la pression fiscale turque et le racket exercé par les tribus nomades. Dans ceratins villages, des Arméniens se sont intégrés à la population musulmane voire assimilés. Il voit des villages se dépeupler et le remplacement par l'élément kurde qui se sédentarise. Mais comme Mirakhorian est soumis à la censure, il présente un village où il dit qu'il y a beaucoup de khatchkars mais peu d'Arméniens et parfois indique la présence de nouveaux arrivants Kurdes.
NAM : Comment Mirakhorian juge-t-il la situation des écoles arméniennes?
J.-P. K. : Il constate que dans la plupart des cas l'enseignement est dans un état déplorable, dispensé par des prêtres le plus souvent ignorants. Il est meurtri par cette situation car la crainte qui hante le texte de Mirakhorian, c'est la perte de l'identité arménienne. Il souhaiterait que les écoles soient plus nombreuses et gérées par des laïcs avec des méthodes pédagogiques modernes. Il aimerait voir le clergé participer à l'amélioration des conditions de vie des Arméniens pour éviter qu'ils demeurent dans la servilité, l'ignorance ou la superstition. Mais Mirakhorian reproche également aux intellectuels arméniens d'Istanbul de se désintéresser de leurs compatriotes provinciaux en les abandonnant à leur ignorance.
NAM: À qui ce livre s'adresse-t-il ?
J.-P. K. : C'est un ouvrage qui s'adresse à la fois au grand public mais aussi aux chercheurs. J'ai voulu réunir les trois tomes avec une pagination continue. Mais je ne voulais pas me contenter de publier une simple traduction. Afin de mettre en valeur l'œuvre de Mirakhorian, je me suis lancé dans une aventure qui a duré dix ans : j'ai actualisé son style, j'ai ajouté des notes -j'y ai mis tout ce que la censure ne lui permettait pas d'écrire - une bibliographie, un index à tiroirs, une cartographie, des photos que j'ai puisées dans ma bibliothèque. Le prix de l'ouvrage de 64 euros s'explique par la qualité du papier qui permet une meilleure reproduction des photos que j'ai voulu insérer dans le texte.

Propos recueillis par Elisabeth Baudourian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 207, Mai 2014


Texte "Imprescriptible"

Ce récit de voyage de Manuel Mirakhorian à travers les hayapnag kavarner («provinces habitées par les Arméniens») décrit avec justesse la vie du paysan arménien confronté au contexte politique des années précédant les massacres hamidiens de 1895-1898 et le génocide perpétré par les Turcs en 1915. l'ouvrage fait référence au livre du médecin personnel des sultans, Amirdovlat Amassiatsi, «Inutile aux ignorants.»

CRAINTES
La crainte qui hante le texte de Mirakhorian, c'est la perte de l'identité du peuple arménien, décrit comme ancien et qu'il souhaite voir retrouver sa riche culture grâce à une alphabétisation et une éducation fondées sur la modernité. Mais peu à peu dévoré par ceux qui occupent son territoire historique et devenu minoritaire dans un monde musulman, l'Arménien est de plus en plus relégué au statut de dhimi («citoyen de seconde classe») subissant en permanence une ségrégation politique et sociale par le biais d'impôts divers et multiples.

UN VISIONNAIRE
À ses yeux, la nécessité pour les Arméniens de redécouvrir leur histoire devait les conduire à recouvrer leur dignité culturelle pour mieux s'imposer au sein même des structures de l'État turc.

Mal accepté par l'aile conservatrice de l'Église dont il déplore le manque de stratégie politique, Mirakhorian agacera quelques laïcs qui verront en lui un donneur de leçons par trop visionnaire et indépendant. Il n'appartient à aucune chapelle, n'épargnant ni l'Église ni les amira et encore moins les intellectuels qu'il accuse de manier seulement de belles paroles.

Pour tous ceux férus d'histoire ou simples esprits curieux, le périple de Mirakhorian constitue le témoignage de première main d'un enseignant qui se donnerait pour mission d'informer son lecteur aussi bien sur l'encadrement des écoles arméniennes que sur les conditions de vie du peuple arménien dans les hayapnag kavarner à la fin du XIXe avant sa disparition programmée qui mettait fin à deux mille cinq cents ans de présence arménienne.


Livre numéro 476
Jean-Pierre KIBARIAN --- Cliquer pour agrandir ANI, Rêve d'Arménie
 
Titre : ANI, Rêve d'Arménie / auteur(s) : Nicolas Yacovlevich MARR - traduit du russe par Aïda Tcharkhtchian
Editeur : anagramme
Année : 2001
Imprimeur/Fabricant : Impression Design à Boulogne
Description : 224 pages, 21 x 27 cm, couv. ill. en couleurs, très nombreuses illustrations, Chronologie, Lexique
Collection :
Notes : Copyright Société Bibliophilique Ani, 163 rue du Faubourg Saint-Antoine - 75011 Paris
Autres auteurs : Jean-Pierre KIBARIAN [préfacier] -
Sujets : Arménie -- Histoire -- Ani
ISBN : 2914571003
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

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Société bibliophilique ANI
Chez M. Jean-Pierre KIBARIAN
163, rue du Faubourg-Saint-Antoine - 75011 Paris

Commentaire Nombre de voyageurs, dès le XIIIe siècle, avaient été éblouis par la majesté des vestiges d'Ani. Les guerres, les tremblements de terre et le temps n'ont pas épargné la ville, et il était à craindre que ces ruines silencieuses ne disparaissent avant d'avoir livré tous leurs secrets.
Eminent archéologue et linguiste russe des années 1900-1920, Nicolas MARR entreprend les fouilles de la légendaire cité arménienne du Xe siècle, surnommée la ville "aux mille et une églises".
Fruit de ses nombreuses et méthodiques campagnes, son ouvrage, "Ani", paru en 1934, est traduit ici du russe pour la première fois. II nous restitue le glorieux passé de cette étape sur la Route de la Soie, nous révélant l'originalité et la splendeur de l'art arménien, symbiose des cultures de la région.

Préambule du Dr Jean-Pierre Kibarian, président de la Société Bibliophilique Ani
C'est à l'occasion d'une rencontre avec l'historien Meroujan Garabedian de l'Institut des manuscrits à Erevan, que j'ai eu connaissance des travaux du savant russe Nicolas Marr et en particulier son livre intitulé Ani, fruit de nombreuses campagnes archéologiques sur le site de cette ville qui a appartenu jusqu'en 1914 à l'Empire russe. Publié en 1934, cet ouvrage consacré à Ani, la prestigieuse capitale arménienne, constitue plus qu'un essai marquant dans l'histoire de l'art. Il présente un intérêt historique et archéologique à la fois exceptionnel et universel.
Malheureusement, à partir d'un tirage initial restreint, seuls quelques exemplaires - de surcroît en langue russe - ont survécu aux destructions des guerres et aux vicissitudes ordinaires qui font le singulier destin des livres.
L'auteur, l'archéologue Nicolas Marr, était également l'un des plus grands linguistes sinon le plus renommé d'Union soviétique durant les années 1920. Il fut vice-président de l'Académie des Sciences de Russie de 1930 jusqu'à sa mort en 1934.
C'est grâce aux fouilles sur le site d'Ani qu'il a édifié une théorie fort controversée, baptisée "japhétique" par référence à Japhet, troisième fils de Noé, qui serait à l'origine des puples dits "indo-européens". Dénommée ensuite "nouvelle théorie linguistique", cette conception sera l'antithèse de la vison cyclique de l'histoire qu'avait définie l'historien et philosophe italien Vico (1668-1744) et dont Michelet s'inspira largement.
Le sort a voulu que tous les matériaux recueillis pendant de nombreuses années à Ani, (journaux de fouille, plans, dessins, photographies) et destinés à l'Institut d'Histoire et d'Archéologie de Tiflis, ont été égarés ou détruits lors d'un transport entre Armavir et Bakou.
Ce n'était que justice de rendre un hommage posthume à Nicolas Marr et c'est la raison pour laquelle l'association que je préside a décidé de faire traduire et paraître cet ouvrage afin de le porter à la connaissance du public occidental.

Biographie de Nicolas Y. Marr
De mère géorgienne et de père écossais, Nicolas Yacovlevitch Marr est né le 25 décembre 1864 à Koutaïssi en Géorgie. Brillant helléniste et latiniste, il est diplômé en 1884 du lycée de Koutaïssi avant d'être reçu à l'Université de Saint-Pétersbourg dans la section orientaliste, où il se spécialise en arménien, géorgien et iranien et poursuit des études d'érudition classique. En 1891, il est "remarqué" à l'Université de Saint-Pétersbourg et devient en 1900 directeur d'études en philologies arménienne et géorgienne. Un an plus tard, il obtient le titre de docteur en philologie et se voit nommé professeur de langue et de littérature arméniennes. Ce qui lui vaudra de solides inimitiés. En 1915 et 1916, durant la Première guerre mondiale, il part avec Orbéli à Van, alors située dans la zone russe, pour y étudier les inscriptions cunéiformes ourartéennes. Après l'instauration du régime soviétique, il élabore une méthode d'analyse paléontologique et l'applique à l'étude des langues non écrites de certains peuples.
En 1922, à l'initiative de Lénine et sur son ordre, il fonde l'Académie d'Histoire des Vestiges Matériels, qu'il dirigera jusqu'à sa mort. Il crée également l'Institut d'Etudes d'Ethnologie et de Culture Nationales des Peuples d'Orient, dont il sera le premier directeur en 1925. De son propre aveu, il maîtrise toutes les langues caucasiennes. Parallèlement, il se consacre à l'étude du sanscrit, du persan ancien et du pehlevi. De 1925 à 1930, il est à la tête de la Bibliothèque Nationale de Leningrad et devient, à partir de 1930, vice-président de l'Académie des Sciences d'Union soviétique. Dès 1931, il fonde l'Institut de Japhétisme (rebaptisé Institut de Langue et de Pensée), où l'on étudie la japhétologie, discipline qui prétend englober toutes les langues du monde. En 1934, il organise une expédition scientifique vers Chypre et les côtes méridionales de la Grèce, et meurt la même année, quelques mois après la parution de son ouvrage fondamental sur la ville d'Ani.
Marr débute sa carrière scientifique comme historien de la littérature arménienne ancienne : il s'intéresse minutieusement aux œuvres de Yeghishé, Yeznik de Kolb, Lazare Parbetsi et Mékhitar Koch. Afin de traiter les questions d'histoire littéraire, il s'est penché sur les collections de recueils historiques manuscrits rédigés dans les langues des peuples chrétiens d'Orient. Au cours de ses voyages d'études à Etchrniadzine, au Sinaï et au Mont-Athos, il a publié plusieurs documents de premier ordre, et en particulier la traduction en arabe d'Agathange. Au travers de ses articles et monographies consacrés aux oeuvres de Movsès Khorénatsi, Sébéos, Hovannès Goriun, Chota Roustaveli ou Pedritsi, Marr a mis en relief le rôle des écrits arméniens dans la reconstitution des textes originels en langues syriaque et grecque. Dans l'étude des cultures, Marr a souvent fait référence à l'histoire ethnographique et religieuse des peuples de Transcaucasie. C'est lui qui, le premier, a démontré, qu'au début du huitième siècle, les liens culturels et littéraires ne se sont pas interrompus par la transformation des églises chrétiennes en églises nationales. En 1890, Marr a étudié les manuscrits arméniens des bibliothèques d'Etchrniadzine et de Sevan. Par la suite, il a commencé des fouilles dans les sites archéologiques d'Arménie à Agner, Chirakavan, Dvin. Zvarnots et Garni. Parallèlement à ces premiers chantiers. Marr s'est occupé essentiellement des fouilles d'Ani. De 1893 à 1917, avec des interruptions. Il s'agissait de la première entreprise archéologique, méthodique et programmée en Arménie, Dans le cadre de ses recherches, il a découvert la statue complète du roi Gaguik Ier Bagratouni et la cathédrale construite par Gaguik, identique par son plan et sa forme à celle de Zvarnots. A côté des monuments architecturaux et artistiques, il ne manquait pas d'étudier l'urbanisme du Moyen-Age, la structure sociale et administrative de la ville, le commerce et l'artisanat...
Son œuvre comporte l'ouvrage intitulé "Ani", publié en 1934. Rédigé en langue russe, ce livre recense ses études scientifiques sur Ani et une approche méthodologique pour l'étude de l'histoire du Moyen-Age dans le Caucase. Grâce aux fouilles qui se sont étalées durant presque deux décennies, les schémas de pensée ont été radicalement bouleversés. Marr a ainsi jeté de nouvelles bases de méthodes de travail pour l'académie arménienne. Au travers de ses travaux à Ani, il a élaboré et fixé, dès ses premières publications, les principes et les modalités de recherche des sources d'inscriptions rupestres. Grâce à cet approfondissement, l'étude des vestiges matériels a pu confirmer l'hypothèse avancée par le savant russe, suivant laquelle l'histoire des Arméniens et de leur culture n'obéit pas à un processus isolé dans l'espace. Les preuves accumulées dans les faits linguistiques, l'histoire, la littérature et les récits populaires ont été vérifiées par les objets recueillis lors des fouilles. Entre 1909 et 1910, la découverte des vichaps dans les monts de Kégham et leur examen a amené Marr à chercher à démontrer l'existence de liens entre les représentations cultuelles arméniennes et le monde sémitique.
Durant les deux premières décennies de son activité scientifique, Marr s'est occupé pour l'essentiel de l'étude comparative des textes d'origine rédigés en différentes langues. Dans le domaine linguistique, il a été confronté aux problèmes de terminologie, d'emprunts culturels et d'interpénétration. Il a ainsi mis l'accent sur les mots arméniens, et par leur intermédiaire, sur les mots géorgiens, empruntés aux langues orientales. Ce succès de la philologie arméno-géorgienne (de même que la présence dans la langue arménienne, d'éléments non indo-européens, selon l'affirmation de Marr) a conservé jusqu'à aujourd'hui sa valeur scientifique. Les travaux théoriques de Marr concernant le problème de l'origine des langues se divisent en trois périodes. De 1908 à 1916, n'ont été considérées comme japhétiques que les langues kartvéliques, puis en 1916-1920, ont été englobées les langues abkhaze et daghestanaise, et dans la troisième période, l'étrusque et le basque. Point culminant des hypothèses de Marr, une nouvelle théorie s'est peu à peu mise en place. Avant de se transformer - indépendamment de l'avis de son auteur et en dépit d'erreurs de départ - en une école qui par la suite justifiera la critique.
Fondée sous l'autorité de Marr (1912-1922), la revue académique Khristanski Vostok (Orient Chrétien) est une publication unique. Dans certains domaines scientifiques, plusieurs élèves de Marr, comme N, Adontz, H. Orbéli, I. Djavakhichvili, I. Mechtchannikov, G. Ghapantzian et V. Abaev ont joué un grand rôle. L'histoire de cette nouvelle phase de la caucasologie est étroitement liée aux noms de Marr et de ses condisciples durant l'agonie du peuple arménien, en particulier en 1916. Grâce aux efforts du savant russe ont pu être sauvés de nombreux monuments de la culture arménienne, qui représentaient à ses yeux l'âme du peuple arménien.


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