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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Hayg TOROYAN

L'auteur

 
Témoin des camps de concentration du bord de l'Euphrate
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Livre numéro 1835
Hayg TOROYAN --- Cliquer pour agrandir L'agonie d'un peuple
Titre : L'agonie d'un peuple / auteur(s) : Hayg TOROYAN - [texte recueilli par] Zabel Essayan ; témoignage traduit de l'arménien par Marc Nichanian. suivi de La voix et la plume / postface du traducteur
Editeur : Classiques Garnier
Année : 2013
Imprimeur/Fabricant : 14-Condé-sur-Noireau : Impr. Corlet numérique
Description : 1 vol. (211 p.) ; 22 cm
Collection : Littérature, histoire, politique, ISSN 2259-9479 ; 5
Notes : Contient en annexes : "Le camp des supplicies et de la mort" / Henry Barby et "La corbeille aux dindes" / Hayg Toroyan. - Index
Autres auteurs : Zabel ESSAYAN [directeur] - Marc NICHANIAN [traducteur] -
Sujets : Génocide arménien (1915-1916 ) -- Récits personnels
ISBN : 9782812408564
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 24,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Article de Tigrane Yégavian, France-Arménie, numéro 396, Avril 2013

En février 1917, Zabel Essayan, la plus grande écrivaine de sa génération - alors résidant à Bakou - publie le premier témoignage parvenu de l'enfer de la déportation des Arméniens.
Elle retranscrit et retravaille les paroles d'un rescapé, Hayg Toroyan, un interprète origi naire d'Alep au service d'un officier allemand qui a parcouru la Mésopotamie de novembre 1915 à janvier 1916. Il a été témoin de l'indicible, a traversé les camps de concentration formés le long de l'Euphrate, parcouru l'ultime abattoir de Deir Zor, avant de gagner la frontière iranienne.

Le témoignage comme boîte noire du crime
La seconde partie du livre, intitulée La Voix et la plume, se veut un essai en guise de postface signée par le traducteur, Marc Nichanian. Ce dernier propose une réflexion sur ce témoignage particulier. Dans un souci de lui donner une teneur moderne, il le contextualise en le situant dans la littérature de témoignage propre aux Arméniens pendant le XXe siècle, en expliquant sa place dans la carrière de Zabel Essayan et la position de celle-ci sur le lien entre témoignage et littérature. D'emblée, Marc Nichanian pose une question centrale : si l'on admet que le témoignage est un texte, qui doit être représenté comme l'auteur du témoignage? Autrement dit, qui est le sujet du témoignage : le survivant ou celle qui le recueille?
Signe fort, Zabel Essayan cosigne l'ouvrage dont elle n'est pourtant pas le narrateur, et se refuse à faire de la souffrance un sujet littéraire. Pourtant, en 1909, lorsqu'elle écrit son témoignage sur les massacres d'Adana (Dans les ruines), on la trouve dans une posture d'Antigone moderne, érigeant un mémorial aux martyrs. Qu'est-ce qui change alors, chez elle, en 1917? Marc Nichanian nous livre des éléments de réponse. Dépassée par la catastrophe génocidaire, l'écrivaine semble incapable d'écrire une seule ligne en hommage à son peuple sans sépulture. Elle ne témoigne pas, puisqu'elle n'était pas sur place. Elle met sa plume au service de la parole vive, quand elle ne fournit pas du matériel à des journalistes français, à l'instar d'Henri Barby. D'où l'idée de l'opacité, telle une frontière infranchissable de l'autre côté de laquelle s'est déroulé, en silence, un crime incommensurable.

Comment témoigner?
Le traducteur s'intéresse ici aux ratés de l'historicisation, à ce qu'il appelle les "coups de dés de l'histoire". Il veut comprendre comment certains évènements appartiennent dès l'abord à l'histoire, alors que d'autres pourrissent dans les oubliettes de la conscience. Le témoignage de Toroyan transcrit par Zabel Essayan ne relate qu'une infime parcelle du panorama génocidaire. C'est pourtant un ouvrage d'une importance capitale, du moins le premier long témoignage qui nous soit parvenu en langue arménienne.
Aussi insoutenable soit-elle, la lecture de ce livre essentiel est riche en leçons. Les lecteurs de Zabel Essayan constateront la métamorphose d'un écrivain qui, en 1909, faisait acte citoyen de foi et de loyauté vis-à-vis de l'Empire ottoman avant d'opérer une profonde remise en question dans l'urgence de l'immédiat post-1915. Les lecteurs du témoignage, eux, pourront méditer sur cette phrase d'une remarquable acuité, sortie de la bouche d'un officier allemand (pp. 106-107) : "Nous avions une haute idée des Arméniens. Nous connaissions vos aspirations, la prospérité de votre activité commerçante, nous savions même combien d'écoles vous aviez. Vous aviez formé des partis politiques. Pourquoi deviez-vous vous laisser massacrer comme ceci, comme des moutons que l'on conduits à l'abattoir? Nous n'aurions pas été étonnés de vous voir résister. Mais la situation présente est incompréhensible."

Tigrane Yégavian, France-Arménie, numéro 396, Avril 2013


Table des matières
Avant-propos
Au croisement des voies et des pratiques 7
L’AGONIE D’UN PEUPLE - LES ARMÉNIENS DÉPORTÉS EN MÉSOPOTAMIE
Partie I 19
Partie II 79
Postface
La voix et la plume 143
Un premier récit 143
Le dilemme selon la littérature 145
Le dilemme selon l’auteur 152
Dilemme selon la langue 162
Les témoignages de lettrés 169
L’écriture-femme 184
Nota bene 195
ANNEXES 199
Annexe 1 199
Annexe 2 204
Index des personnes 207
Index des lieux 209


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