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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Sirarpie DER NERSESSIAN
( 1896 - 1989 )

L'auteur

Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 5 septembre 1896, décès le 5 juillet 1989

SIRARPIE DER NERSESSIAN portrait d'une savante

Sirarpie Der Nersessian a vu le jour à Istanbul au début du XXe siècle. Issue d'une de ces familles qui formaient l'élite intellectuelle et l'ossature administrative de l'Empire Ottoman, elle trouvait là, sans doute sans être pleinement consciente, les conditions optimales pour concevoir l'oeuvre à laquelle elle devait consacrer sa vie. La ville (à l'époque encore, plus justement nommée Constantinople qu'Istanbul) était, l'a-ton assez répété, un carrefour entre l'Orient et l'Occident; c'était aussi le trait entre le passé et le présent.

Le passé, c'était le Sultanat osmanli en pleine décomposition morale et politique, survivant dans la nostalgie de sa gloire ancienne. C'était aussi le souvenir de Byzance qui, en dépit d'un silence d'un demi-millénaire pesait toujours dans la conscience des chrétiens comme des musulmans et surtout à Constantinople où il était entretenu par la présence même des monuments, murailles, citernes, églises maquillées en mosquées et par l'activité du patriarcat grec orthodoxe.

Le présent, c'était bien entendu l'influence européenne, à Constantinople, essentiellement française, véhiculée par les écoles, universités et journaux. d'honneurs et de distinctions internationales, elle se trouve, sans avoir rien sollicité, la spécialiste reconnue et incontestée en matière d'iconographie (ou d'iconologie, comme on dit plus volontiers aujourd'hui) byzantine et arménienne.

Ceci nous mène naturellement à l'oeuvre de Mlle Der Nersessian. Nous ne pensons pas nécessaire de développer ici une bibliographie complète; nous croyons plus significatif d'en donner les orientations et les aspects. C'est avant tout l'analyse raisonnée et comparative des miniatures de manuscrits arméniens mais aussi byzantins qui est exposée en de nombreux ouvrages et articles (cf. ses Etudes byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, 2 vol.) depuis sa thèse de Doctorat sur des manuscrits de Venise. Elle a consacré d'autre part à l'église de la Sainte Croix d'Aghtamar une importante monographie. Son ouvrage, The Armenians, London, 1969, est une excellente mise au point répondant aux questions que peut se poser le grand public sur les Arméniens et leur culture. Mais c'est sans doute son travail le plus récent, l'Art Arménien, Paris, 1977, qui exprime le mieux l'étendue et la sûreté de ses connaissances (nous nous permettons de renvoyer à notre critique parue dans la Revue des Etudes Arméniennes, tome XIII, pp. 439-042).

Les ouvrages de Mlle Der Nersessian sont toujours d'une lecture aisée. Le style est rigoureux sans être rébarbatif. Les phrases sont courtes et le vocabulaire classique sans les néologismes dont on abuse quelque peu aujourd'hui.

Sur le fond, on ne peut lui faire le reproche, parfois adressé à certains chercheurs arméniens qui peuvent avoir tendance, par ignorance ou chauvinisme, à surestimer l'importance de la culture arménienne et minimiser les influences extérieures. Connaissant parfaitement les autres arts orientaux chrétiens, elle sait donner à l'art arménien sa juste place.

La communauté arménienne avait alors une situation ambiguë et, par certains côtés, contradictoire. Le catholicos d'Etchmiadzine avait supplanté, comme chef de l'église grégorienne, son rival de Sis (celui d'Aghtamar venait de disparaître), mais il résidait dans l'Empire russe et subissait, qu'il le veuille ou non, l'influence tsariste. Par contre le Patriarcat arménien de Constantinople (à qui il faudrait rendre justice pour ses efforts méconnus en faveur des Arméniens de la Turquie Orientale) pouvait être considéré comme inféodé au pouvoir osmanli. Ne s'enfermant pas dans cette sorte d'alternative, certains Arméniens se tournèrent résolument vers l'Occident sans renier pour autant leurs croyances et leur culture.

C'est à Paris qu'après ses études secondaires, Mlle Der Nersessian est venue compléter sa formation. Elle y trouvait en effet un milieu universitaire très orienté vers les recherches sur l'histoire et l'art byzantins ainsi que sur la culture arménienne. Elève de G. Millet, elle soutint sa thèse de Doctorat en 1936, mais participait déjà, comme chargée de conférences à l'enseignement de l'Art Oriental aux Hautes Etudes. Comme professeur titulaire elle passera ensuite plusieurs fructueuses années aux Etats Unis d'Amérique et plus spécialement au célèbre centre de Dumbarton Oaks avant de revenir en France définitivement. Ici elle n'a pas suivi l'habituelle carrière universitaire; néanmoins, comblée

Sirarpie Der Nersessian aurait pu mettre un terme à une carrière aussi pleine, aussi riche. En dépit de maintes difficultés, elle a repris son étude sur les manuscrits de Cilicie, oeuvre capitale qu'elle est la seule à pouvoir mener à bien. Qu'elle sache que ses disciples et ses amis s'en réjouissent, comme s'en réjouiront les amateurs d'art.

Cependant son oeuvre, si attachante qu'elle soit n'explique qu'en partie le respect et la sympathie qu'on éprouve à son endroit. Mlle Der Nersessian reçoit en effet ses visiteurs, quels qu'ils soient, avec chaleur, bonne humeur, s'intéresse à leurs recherches, leurs travaux, se montre toujours disponible pour les aider. Nous nous souvenons de la façon dont elle nous a accueillis quand il y a 20 ans sur les conseils du professeur A. Grabar, nous avons sollicité son avis sur nos découvertes en Cappadoce et en Arménie. Maintenant encore nous savons qu'elle nous donnera, le cas échéant, une opinion réfléchie et profitable sur des problèmes difficiles que nous lui poserons. Nous remarquons aussi combien elle est sensible à l'enthousiasme des jeunes chercheurs, ne tentant nullement de le tempérer, bien au contraire, mais sachant le canaliser. Cette connivence naturelle et sans complaisance avec la jeunesse est sans doute le plus sûr garant de la fraîcheur de pensée d'une savante à qui nous souhaitons encore longue et fructueuse carrière.

J.M. Thierry, France-Arménie, numéro 33, Mars 1985


Innombrables études et articles
Deux exemples arméniens de la Vierge de Miséricorde
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 585-596.
Feuillets dispersés d'un Évangile du Vaspurakan
Handes Amsorya, 1976, nos. 1-12, pp. 89-110.
La Bible d'Erznka de l'an 1269 : Jérusalem no. 1925
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 603-609.
Le carnet de modèles d'un miniaturiste arménien
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 665-672.
Le Psautier arménien illustré
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 637-651.
Le Reliquaire de Skevra et l'orfèvrerie cilicienne aux XIIIe et XIVe siècles
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 705-721.
Le Synaxaire arménien de Grégoire VII d'Anazarbe
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 417-435.
Les portraits de saint Grégoire l'Illuminateur dans l'art byzantin
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 55-60.
Miniatures ciliciennes
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 510-515.
Note sur la Bible no. VR 1011 du Musée de l'Ermitage
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 597-601.
Notes sur quelques reliures du XVIe-XVIIe siècle
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 723-725.
Quelques observations sur la miniature arménienne
Atti del Primo Simposio Internazionale di Arte Armena-1975, Saint-Lazare-Venise, 19 78, pp. 143-148.
Toros Roslin et l'Évangile de Zeytoun,
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 559-562.
Un Évangile cilicien du XIIIe siècle
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 563-575.
Un Évangile cilicien illustré
Études byzantines et arméniennes, Louvain, 1973, pp. 577-583.
Manuscrits arméniens illustrés des Xlle, Xllle et XlVe siècles de la Bibliothèque des Pères Mekhitaristes de Venise
2 vols., Paris, 1936.

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Livre numéro 234
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir L'Art arménien
 
Titre : L'Art arménien / auteur(s) : Sirarpie DER NERSESSIAN -
Editeur : Flammarion
Année : 1989
Imprimeur/Fabricant : 37-Tours : Impr. Mame
Description : 255 p. ill. en noir et en coul., couv. ill. en coul. 31 cm
Collection : Collection Art référence
Notes : Bibliogr. p. 251-254
Autres auteurs :
Sujets : Art arménien
ISBN : 2080129503
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :

Lorsqu'en 1977, les éditions Flammarion publiaient "l'Art arménien" de Sirarpie Der Nersessian, le monde réalisait soudainement que l'Arménie ne se résumait pas seulement aux actes terroristes, et que la crise politique nouvelle des Arméniens trouvait des origines profondes dans un art d'une richesse absolue, dont l'originalité marque un refus contre toutes les invasions.

L'ouvrage de S. Der Nersessian eut, on le sait un succès retentissant, avec notamment ses éditions en langue anglaise et espagnole.
Le livre, de très belle qualité étant épuisé, Flammarion eut l'idée de le rééditer. II nous revient sous une forme quelque peu modifiée, gardant tous les attraits de l'édition d'origine. Ce superbe album a en plus un avantage certain : son prix (150 F). Parce que la diffusion et la connaissance de l'art arménien, passe comme tout art par sa diffusion, le prix modeste de "l'Art arménien" fait de cet ouvrage un élément de référence. Reste que le succès de cette nouvelle édition devrait donner à l'art arménien d'autres ouvrages, pour la bonne propagation d'une culture encore trop souvent méconnue par le grand public.

Grégoire Amirzayan, Mensuel France-Arménie, numéro 84, Novembre 1989


Livre numéro 8
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir Manuscrits arméniens illustrés dans les collections de Roumanie
   
Titre : Manuscrits arméniens illustrés dans les collections de Roumanie / auteur(s) : Sylvia AGEMIAN - Préface de Sirarpie der Nersessian
Editeur : Meridiane, Bucarest
Année : 1982
Imprimeur/Fabricant :
Description : 32 p. + XXX illustrations et commentaires, 25 x 20 cm
Collection :
Notes :
Autres auteurs : Sirarpie DER NERSESSIAN [préfacier] -
Sujets : Armeniens -- Roumanie -- Manuscrits
ISBN :
Prix : 48 lei

Commentaire :


Livre numéro 233
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir L'Art arménien
 
Titre : L'Art arménien / auteur(s) : Sirarpie DER NERSESSIAN -
Editeur : Paris : Arts et metiers graphiques
Année : 1977
Imprimeur/Fabricant : impr. en Suisse
Description : 271 p. ill. 37 cm
Collection : Orient et Occident
Notes : Bibliogr. p. 255-259. Index ; sous jaquette photo de la chapelle Amaghou, Mère de Dieu de 1339
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 2700400275
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 250,00 FRF

Commentaire :

Cet ouvrage dévoile un art quasiment inédit et de première importance: l'art arménien jusqu'au XVIIe siècle. Après un bref rappel de la période ourartienne, et l'examen des rares témoins de l'époque antique, il étudie l'art qui s'est affirmé avec le triomphe officiel du christianisme dès le début du IXe siècle. Dans les chapitres qui correspondent aux principales époques de l'histoire arménienne sont examinés tour à tour les monuments architecturaux, la sculpture et la peinture, en particulier celle des manuscrits.

Intermédiaire entre les peuples asiatiques et méditerranéens, l'Arménie est plus proche par sa culture, sa religion, et ses origines mêmes, de l'Occident qu'elle ne l'est de l'Orient. La tradition d'architecture, en Arménie, place, de façon surprenante, ce pays aux origines mêmes de l'art roman européen. Les contacts avec les pays voisins ou même lointains, avec les nations qui se sont établies sur le sol arménien ont élargi l'horizon des artistes en leur faisant connaître des formes artistiques différentes des leurs; s'ils s'en sont parfois inspirés, c'est toujours en les marquant de leur propre cachet. Tout au long de l'histoire de l'Arménie, chaque période d'indépendance voit un regain d'activité, mais sans qu'il y ait de véritable rupture entre elles.

L'art arménien a trouvé son expression la plus originale dans l'architecture et a créé des oeuvres qui par leur qualité se placent au rang des meilleurs exemples de l'art médiéval et souvent les devancent: dans la plastique monumentale, une oeuvres scomme l'église d'Aghtamar offre un exemple unique; les stèles sculptées sont caractéristiques de l'Arménie; enfin l'art de l'enluminure y a atteint un haut sommet. Par leur qualité et souvent leur originalité, les oeuvres arméniennes contribuent largement à notre connaissance de l'art de l'Orient chrétien.

A l'exception des collections occidentales, les photographies de cet ouvrage ont été réalisées directement en Union soviétique, en Turquie et à Jérusalem


Livre numéro 235
  Etudes byzantines et arméniennes
 
Titre : Etudes byzantines et arméniennes / auteur(s) : Sirarpie DER NERSESSIAN -
Editeur : Fondation Calouste Gulbenkian
Année : 1973
Imprimeur/Fabricant : Louvain : Imprimerie orientaliste
Description : 2 vol. (VIII-725 p., 184 p. dont 134 p. de pl.) 27 cm
Collection : Bibliothèque arménienne de la Fondation Calouste Gulbenkian
Notes : Bibliogr. vol. 2 p. 167-170
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 0080129503
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :


Livre numéro 258
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir Miniatures arméniennes
 
Titre : Miniatures arméniennes / auteur(s) : Lidia Aleksandrovna DOURNOVO - texte et notes de Lydia A. Dournovo, ... ; préf. de Sirarpie Der Nersessian
Editeur : cercle d art
Année : 1960
Imprimeur/Fabricant : Paris : Impr. Union
Description : 192 pages, 32 x 25 cm, couverture cartonnée sous jaquette coul., 10 illus. in-texte, 30 pl couleurs
Collection :
Notes :
Autres auteurs : Sirarpie DER NERSESSIAN [préfacier] -
Sujets : Bible dans l'art -- Enluminure arménienne -- Enluminure médiévale -- Arménie -- Évangéliaires -- Arménie -- Matenadaran (Erevan ) – Catalogues
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix :

Commentaire :


Livre numéro 1706
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir Le synaxaire arménien de Grégoire VII d'Anazarbe
 
Titre : Le synaxaire arménien de Grégoire VII d'Anazarbe / auteur(s) : Sirarpie DER NERSESSIAN -
Editeur : Socité des Bollandistes
Année : 1950
Imprimeur/Fabricant :
Description : 16 x 24,5 cm, extraits pp. 261-284
Collection : Analecta Bollandiana, Mélanges Pau Peeters, II
Notes : Extraits
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix :

Commentaire :

Les questions soulevées par les différentes rédactions du syna-xaire arménien, en particulier celles qui se rapportent à la teneur de chacune d'elles et à leurs auteurs respectifs, sont loin d'être résolues, car on ne possède de relevés systématiques que d'un petit nombre de manuscrits et un seul a été intégralement publié. Celui-ci est le Parisinus 180, copié en Crimée en 1316, publié et traduit par G. Bayan sous le titre : « Le Synaxaire arménien de Ter Israël». Bayan y a joint les leçons et des récits empruntés à l'édition de Constantinople de 1834 que, sur la foi des éditeurs, il croyait également représenter la rédaction de Ter Israël. Il a déjà été démontré que le Parisinus 180 et le manuscrit qui a servi de base à l'édition de 1834 appartiennent à deux rédactions distinctes et que ni l'une ni l'autre ne sont l'œuvre de Ter Israël.
Une documentation importante sur les synaxaires, réunie par le regretté Adontz, n'a malheureusement pas vu le jour, mais les conclusions générales auxquelles il avait abouti ont été présentées dans une note dont voici le résumé...

Livre numéro 1708
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir L'illustration du roman de Barlaam et Joasaph
 
Titre : L'illustration du roman de Barlaam et Joasaph / auteur(s) : Sirarpie DER NERSESSIAN - d'après les clichés de la Frick art reference library et la Mission Gabriel Millet au Mont Athos, préf. de Charles Diehl
Editeur : Paris : E. De Boccard
Année : 1937
Imprimeur/Fabricant : Imprimerie arménienne - Saint-Lazare, Venise
Description : 2 vol. (III-250 p., 20 p.-CII p. de pl.) : ill. ; 33 cm
Collection :
Notes : Comprend : Vol. 1 ; Vol. 2, Album ; Le vol. 2 est constitué de planches en feuillets mobiles insérés dans un dossier
Autres auteurs :
Sujets : Barlaam et Josaphat -- Illustrations -- Art byzantin
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 250 francs

Commentaire :

L'ouvrage est dédié à l'oncle de l'auteure, Monseigneur Malachia Ormanian (1841-1918), Patriarche de l'Eglise arménienne à Constantinople, sous le nom de Malachia 1er

Préface

Peu de livres ont été aussi populaires au Moyen Age, dans l'Orient chrétien et jusqu'en Occident, que le roman, bien ignoré aujourd'hui, de Barlaam et Joasaph. Cette histoire édifiante, curieusement inspirée de la légende de Bouddha, est venue de l'Inde d'abord en Perse, où sa plus ancienne rédaction a été écrite en dialecte pehlevi. Elle a passé de là en Syrie et dans le monde arabe, et pareillement en Géorgie. C'est de la version géorgienne qu'a été, au commencement du xie siècle, traduit le texte grec du roman. Peu de temps après, il était traduit en latin et successivement dans presque toutes les langues de l'Europe. On n'en compte pas moins de soixante versions dont une des plus curieuses assurément est la traduction française datant du commencement du xme siècle, qui se trouve inscrite en marge du texte grec dans un manuscrit du couvent d'Iviron au Mont-Athos. Vers le temps même où le roman était traduit en grec, les miniaturistes byzantins l'illustrèrent magnifiquement. Cette illustration, fort abondante, nous a été conservée dans un certain nombre de manus¬crits grecs et aussi dans plusieurs manuscrits russes et arabes. C'est elle qui fait l'objet du livre que j'ai le grand plaisir de présenter ici.
L'auteur, Mlle Der Nersessian, déjà connue par plusieurs travaux intéressants sur l'art byzantin, a apporté dans cet ouvrage autant de solide érudition et de sûre méthode scientifique que de sagacité et de finesse ingénieuse. Elle a étudié tour à tour la portée narrative de cette illustration, celle qui raconte les épisodes de la vie du prince Joasaph et la partie théologique qui illustre les discours où Barlaam expose l'histoire et la beauté de la religion chrétienne. Elle a fait avec un soin délicat l'étude iconographique de ces miniatures, et aussi l'étude artistique des procédés techniques et du style qu'on y observe. Un album de 102 planches présente en d'excellentes reproductions l'illustration en grande partie inédite jusqu'ici de plusieurs des manus¬crits grecs du roman. Une centaine de gravures placées dans le texte complète la documentation figurée. Et l'ensemble constitue un ouvrage de grand intérêt et de grande valeur, qui fait honneur à la jeune femme qui l'a écrit.
Mais dans ce livre consacré en apparence à un sujet assez spécial, il y a quelque chose de plus, qui en accroît singulièrement le mérite. Du cadre un peu étroit en apparence où semblaient se limiter ses recherches, Mlle Der Nersessian a su dégager des observations de portée plus générale, qui ont pour l'histoire de l'art byzantin une importance particulière.
La peinture byzantine, on le sait, nous est connue presque uniquement par des monuments— mosaïques, fresques, miniatures ou icônes,— représentant des sujets religieux. Il est certain pourtant qu'il existe à Byzance un art profane, une peinture historique dont les ouvrages décoraient les palais des empereurs et des grands. De cet art séculier très peu d'œuvres nous sont parvenues, et nous le connaissons fort mal. Or le roman de Barlaam nous offre précisément une rare et curieuse suite de miniatures profanes. La majeure partie du récit est consacrée à la vie du prince Joasaph avant sa retraite au désert. Ce sont ces épisodes que l'illustration, telle qu'elle fut primitivement connue au xie siècle, a exclusivement retenus. La partie théologique semble n'y avoir tenu aucune place, et le premier illustrateur a considéré ce récit édifiant comme une histoire purement profane. Ainsi cette illustration nous offre un intéressant exemple de ce qu'était à Byzance la peinture historique et pittoresque. Et c'en est, comme Mlle Der Nersessian l'a montré dans un excellent chapitre, la remarquable originalité.
Ce n'est pas tout. Dans l'illustration des ouvrages religieux les miniaturistes byzantins, se conformant à des traditions séculaires, ont souvent copié des modèles très anciens, qui remontaient parfois aux débuts de l'art chrétien. Il en va tout autrement pour ce roman de Barlaam et Joasaph qui n'apparaît qu'au xie siècle dans le monde byzantin. « Pour ce récit nouvellement traduit, dit très bien Mlle Der Nersessian, il fallait une nouvelle illustration, il sera intéressant de voir comment des peintres habitués à copier les vieilles œuvres se sont acquittés de ce travail de création ». C'est là en effet, dans l'histoire de l'art byzantin, un fait digne de la plus sérieuse attention. On répète volontiers que beaucoup d'ouvrages de la peinture byzantine ne sont que des copies de prototypes anciens et cela n'est point contestable. Mais ce n'est point chose indifférente de constater avec certitude que cet art byzantin était cependant capable d'invention personnelle et de création. Par là l'activité artistique du xie siècle et l'idée même que trop volontiers nous nous faisons de l'art byzantin apparaissent sous un jour assez différent de celui sous lequel on les considère d'ordinaire.
Ainsi, pour l'histoire de la miniature byzantine, pour l'étude aussi de son évolution après le xie siècle, le livre de Mlle Der Nersessian apporte de précieuses informations. Il montre enfin quelle influence l'art byzantin a exercée dans les pays voisins. Dans les manuscrits russes ou arabes du roman de Barlaam, dans les peintures du monastère moldave de Neamtu, on constate l'imitation fidèle du prototype byzantin créé au xie siècle. Et jusque dans certains manuscrits occidentaux et dans des incunables du xve siècle on trouve la trace de l'influence des modèles grecs.
Tous ceux qui s'intéressent à l'art byzantin seront reconnaissants à Mlle Der Nersessian de tout ce que son livre apporte de nouveau sur l'histoire de cet art. Elle a fort bien mis en lumière l'originalité de l'illustration qu'elle étudiait. Elle en a très heureusement souligné l'importance pour l'étude de l'art chrétien d'Orient au Moyen Age. Par tout cela, j'ai plaisir à le redire, ce livre lui fait grand honneur.

Charles DIEHL
[Note : historien français, spécialiste de l'Empire byzantin]


Livre numéro 1707
Sirarpie DER NERSESSIAN --- Cliquer pour agrandir Manuscrits arméniens illustrés des XIIe, XIIIe et XIVe siècles
 
Titre : Manuscrits arméniens illustrés des XIIe, XIIIe et XIVe siècles / auteur(s) : Sirarpie DER NERSESSIAN - de la Bibliothèque des Pères Mékhitharistes de Venise d'après les clichés et sous le patronage de la Frick Art Refrence Library, Préface de Gabriel Millet
Editeur : Paris : E. de Roccard
Année : 1937
Imprimeur/Fabricant : Imprimerie arménienne - Saint-Lazare, Venise
Description : IX-202-XIII p. : 102 pl. ; In-4 °
Collection :
Notes : Comprend : Vol. 1 ; Vol. 2, Album ; Le vol. 2 est constitué de planches en feuillets mobiles insérés dans un dossier
Autres auteurs :
Sujets : Illustrations -- Manuscrits arméniens anciens
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :

L'ouvrage est dédié à l'oncle de l'auteure, Monseigneur Malachia Ormanian (1841-1918), Patriarche de l'Eglise arménienne à Constantinople, sous le nom de Malachia 1er

Avant-propos de l’auteur

La Bibliothèque des Pères Mekhitharistes de Saint-Lazare, à Venise, est la plus riche en manuscrits arméniens après les grandes collections d'Etchmiadzin et de Jérusalem. Formée, petit à petit, grâce aux soins éclairés des membres de cette congrégation, elle renferme des exemples représentatifs de toutes les périodes de la miniature arménienne; quelques-uns même des manuscrits restent inégalés. La permission d'étudier ce fonds important nous fut accordée en 1927. Lors d'un voyage, notre maître, M. Gabriel Millet, avait reçu du Père Supérieur l'autorisation de publier un nombre limité de manuscrits. Se réservant les plus anciens, M. Millet voulut bien nous confier la publication des exemplaires des XIIe au XIVe siècles. Nous commençâmes ainsi un travail qui depuis longtemps nous tenait à cœur.
Monsieur Strzygowski avait ouvert la voie dans ce domaine par ses études sur le célèbre évangile d'Etchmiadzin et sur deux autres manuscrits l'un à Jérusalem, l'autre à Tùbingen. Mais les préoccupations des historiens de l'art étaient tournées vers d'autres problèmes et ce furent surtout les philologues et les écrivains qui, en Occident, travaillèrent le plus à faire connaître la miniature arménienne. Sans chercher à nommer tous ceux qui ont participé à ces recherches rappelons tout d'abord les travaux de M. Frédéric Macler. Non content de reproduire un nombre considérable de manuscrits, dont quelques-uns sont de date ancienne, il poursuit depuis plusieurs années son enquête à travers les bibliothèques d'Europe, donnant des notices détaillées des manuscrits arméniens qui s'y trouvent. M. A. Tchobanian a eu l'heureuse pensée d'enrichir ses volumes de traductions des poètes arméniens par des reproductions de miniatures provenant en grande partie des fonds peu explorés de Jérusalem et d'Etchmiadzin. Enfin quelques collections, comme celle de la Bibliothèque de Munich, ont été publiées.
A ces recueils, parus surtout en France, les travaux arméniens apportent un com¬plément important. Si l'ensemble des manuscrits de Jérusalem et d'Etchmiadzin reste encore inconnue, plusieurs œuvres ont fait l'objet d'études spéciales. Il faut signaler en premier les publications de Monseigneur Garegin Hovsephian qui, mieux que tout autre, connaît la miniature arménienne. Ses nombreux articles sont une base de travail indispen¬sable; son album de paléographie renfermant, entre autres, des notices sur des manuscrits d'Etchmiadzin, permet de compléter, et parfois de corriger, les indications données autrefois par Uvarov et Brosset. Rappelons aussi les travaux de Monseigneur Mesrop Ter Movsesian, du R. P. Nerses Akinian et les catalogues des bibliothèques de divers monastères où les manuscrits les plus importants sont souvent décrits avec soin. L'intérêt de ces publications est d'autant plus grand que plusieurs fonds ont été dispersés, certains même ont entièrement disparu depuis la Guerre.
Ces études, parues dans des revues difficilement accessibles au lecteur européen, enrichissent notre documentation, mais une vue d'ensemble sur la miniature arménienne fait encore défaut. La brochure récente de M. Kurt "Weitzmann sur quelques manuscrits du Xe et du commencement du XIe siècle marque le premier pas dans cette voie.
Le travail que nous présentons est avant tout l'examen d'un fonds particulier, mais il a une portée plus générale. Les œuvres étudiées ont été exécutées dans les centres les plus actifs de la Grande Arménie et de Cilicie et, plus d'une fois, par les artistes les plus réputés de l'époque. Il s'agit, en réalité, de l'étude de la miniature arménienne du XIIe au XIVe siècle.
Notre souci constant a été de déterminer le caractère de cet art, de préciser, autant que possible, les traits propres à chaque région et à chaque époque. Nous avons cherché a établir les rapports de la peinture et de la sculpture et, [toussant nos recherches hors des l'rontièivs, nous avons essayé de situer la miniature arménienne dans l'histoire des arts du proche Orient. Quelle est sa part d'originalité, quelles furent les influences prépondérantes, de quelle manière ces éléments étrangers turent-ils assimilés? Plusieurs de ces questions ont dû être laissées sans réponse; d'autres problèmes n'ont pu être élucidés que partiellement, car trop d'oeuvres restent encore inconnues, et trop de monuments ont disparu à jamais. Nous présentons donc ce travail comme une introduction à l'étude de la miniature arménienne, comme un premier jalon dans la voie que nous espérons poursuivre.
Les pages ornées et les miniatures à sujets des neuf manuscrits qui font l'objet immédiat de cette publication sont reproduites intégralement; quant aux motifs marginaux nous avons dû nous limiter à un nombre d'exemples restreints mais, nous l'espérons, suffisants pour montrer le caractère du décor. Des nécessités d'ordre pratique nous ont empêchée de reproduire les mémoriaux; nous avons suppléé à cela par la copie intégrale et une traduction aussi h'dèle que le permet la transposition de la langue fleurie du Moyen Age en français.
En transcrivant les noms arméniens nous avons hésité entre l'orthographe scientifique et l'orthographe phonétique. Nous avons opté pour cette dernière, puisque notre ouvrage est destiné aux historiens de l'art, plutôt qu'aux arménisants. Pour les mêmes raisons, nous avons traduit les titres des ouvrages arméniens notés au bas des pages, donnant le titre arménien seulement dans la liste bibliographique.
Au cours de nos recherches nous avons rencontré partout un intérêt bienveillant et de précieux encouragements. Nos remerciements vont tout d'abord aux Pères Mekhitharistes de Venise; au R. P. Jean Aucher qui autorisa cette publication; au R. P. Vardan Hatsuni qui pendant nos longs mois de travail dans la bibliothèque facilita notre tâche par son accueil hospitalier et nous éclaira souvent de ses conseils; au R. P. Léonce Dayian qui l'avait remplacé pendant notre premier séjour; au R.R. P.P. Eghia Phetchikian, Vrthanes Khanbekian et Garegin Lazarian qui ont dirigé l'impression de cet ouvrage. Nous sommes grandement redevable à Miss Helen Frick. Grâce aux fonds qu'elle avait confiés à M. Gabriel Millet nous avons pu photographier non seulement les manuscrits ici reproduits, mais aussi d'autres qui nous ont été fort utiles pour des comparaisons. Son intérêt pour les études d'histoire de l'art s'est montré encore par une souscription dont notre travail a bénéficié.
Notre gratitude toute spéciale va à nos maîtres; à M. Henri Focillon qui a bien voulu se charger de la direction de ce travail et qui, par ses critiques pénétrantes, nous a guidée dans la voie difficile des études formelles; à M. Gabriel Millet qui nous initia à l'art byzantin et dont l'enseignement et les conseils nous furent toujours un soutien inestimable. Nous devons aussi beaucoup à Mgr. Garegin Hovsephian; il a élucidé pour nous bien des problèmes obscurs et a poussé la bienveillance jusqu'à nous communiquer une de ses études encore inédite. Nous ne saurions oublier les collègues et amis qui nous ont secondé en maintes occasions; Mesdemoiselles J. Renaud et A. Tomiline; Miss M. Avery et Mademoiselle M. Quarré, professeurs à Wellesley Collège; M. A. Xyngopoulos, éphore des Antiquités byzantines de la Grèce; à tous nous exprimons notre vive reconnaissance.
Notre documentation s'est enrichie par la communication d'œuvres inédites. Nous remercions M. Esmerian, M. Kélékian et M. Hachette qui nous ont permis de consulter leurs collections; M.M. Kirsopp Lake et Robert Blake, tous deux professeurs à l'Université de Harvard, qui ont mis à notre disposition leurs photographies des manuscrits de Jérusalem. Nos recherches ont été facilitées par l'accueil que nous avons trouvé dans différentes bibliothèques. Nous tenons à remercier tout particulièrement Miss Belle da Costa Greene, Directrice de la Bibliothèque Pierpont Morgan de New-York et Miss Meta Harrsen qui la seconde avec tant de compétence; Miss Dorothy Miner de la Walters Art Gallery de Baltimore et M. Andonian de la Bibliothèque arménienne de Paris. Nous remercions aussi notre éditeur, M. E. De Boccard.
C'est un pieux devoir pour nous d'évoquer, en terminant, la mémoire de celui auquel nous dédions ce livre. Sa vie, son œuvre sont pour nous une source vivante d'inspiration et un exemple inoubliable. Notre vif désir eût été que ce travail fût moins imparfait, plus digne de lui.


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