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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Vincent DUCLERT
( n. 1961 )

L'auteur

Vincent DUCLERT --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 25 février 1961

Agrégé d'histoire, professeur à l'École des hautes études en sciences sociales
(Info 2015)

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Livre numéro 2106
Vincent DUCLERT --- Cliquer pour agrandir  Comprendre le génocide des Arméniens - 1915 à nos jours
Titre : Comprendre le génocide des Arméniens - 1915 à nos jours / auteur(s) : Raymond Haroutiun KEVORKIAN - Vincent DUCLERT - Hamit Bozarslan, Vincent Duclert, Raymond H. Kévorkian
Editeur : tallandier
Année : 2015
Imprimeur/Fabricant : impr. en Italie
Description : 14 x 21 cm, 491 pages, couverture illustrée
Collection :
Notes : Bibliogr. p. 481-483. Glossaire. Index
Autres auteurs :
Sujets : Génocide arménien (1915-1916)
ISBN : 9791021006751
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

1915. Les Arméniens, parfaitement intégrés à l Empire ottoman, sont systématiquement exterminés par les radicaux du gouvernement unioniste. Bilan : 1,3 million de victimes. Le XXe siècle des génocides a débuté. Au printemps 1915, la population arménienne ottomane est victime d un génocide arrestations massives, déportations et massacres soigneusement planifié et exécuté par le parti au pouvoir à l époque, le comité Union et Progrès. Longtemps contesté, le génocide des Arméniens ne fait plus aucun doute, mais souffre d une méconnaissance publique qui découle d un long oubli de l événement durant une bonne partie du XXe siècle, du négationnisme de l État turc qui répand le soupçon sur le travail des historiens et du désintérêt de l opinion publique européenne trop éloignée. Pour le comprendre, accéder à sa connaissance précise et saisir ses enjeux actuels, trois historiens ont uni leur force pour concevoir, cent ans après, la première synthèse de grande ampleur sur le premier génocide du XXe siècle.

Article d’Anahide Ter Minassian, France-Arménie, numéro 419, mai 2015

L'avalanche éditoriale qui marque en France le centenaire du Génocide des Arméniens manifeste à la fois la vitalité de la communauté arménienne et le fait que ce génocide et son histoire sont en voie d'être intégrés, sinon dans l'histoire, du moins dans la culture française. On dit, sans qu'il soit possible de vérifier la justesse de cette assertion, que près de 130 ouvrages ont été publiés en France sur ce sujet depuis la fin de l'année 2014! Ouvrages d'historiens affirmés, le plus souvent d'origine arménienne, récits familiaux ressuscitant l'odyssée en 1915 d'un grand-père ou d'une grand-mère, évocation d'une province ou d'une ville « arménienne » de l'empire ottoman, essais de philosophie politique sur le respect (ou la violation) des droits de l'Homme, confessions, fictions. Toutes les grandes maisons d'édition françaises (sauf Gallimard) ont édité ou réédité un ouvrage sur les Arméniens. Toutes les revues ainsi que la presse régionale et nationale ont fait un dossier sur le Génocide. Sans compter les multiples émissions radiophoniques, télévisuelles, expositions, films, concerts et les dizaines de réunions publiques, défilés et messes dans tous les coins de France dédiés à la mémoire des victimes du premier génocide du XXe siècle. Le Génocide des Arméniens est devenu une affaire française qui sera couronnée par la présence de François Hollande à Erevan, le 24 Avril 2015, en un grand concours de personnalités.

Dans ce malstrom il n'est pas facile de faire la recension du livre de Hamit Bozarslan, Vincent Duclert, Raymond Kévorkian Comprendre le génocide des Arméniens (Paris, Tallandier, 2015, 491 pages, 21,50 euros). Comprendre ? Introduire une rationalité dans un meurtre de masse réputé indicible ? Chercher et hiérarchiser les raisons qui ont conduit à l'anéantissement de plus de un million d'Arméniens de 1915 à 1917 ? Établir le bilan des conséquences irréversibles ? La particularité de l'ouvrage est d'avoir réuni sous la même couverture, trois historiens, arménien, kurde et français, et donc d'exposer trois points de vue à partir de sources différentes. Néanmoins, ce livre est étayé par une interprétation commune aux trois auteurs du Génocide des Arméniens : le «processus génocidaire» a été engagé avec la création des régiments de hamidiés kurdes (1891) instruments des massacres hamidiens de 1894-1896, confirmé par les massacres d'Adana de 1909 avant de conduire aux évènements de 1915. Pour le lecteur non averti et dont 1e temps accordé à la lecture est limité, Comprendre le génocide des Arméniens, assorti d'une chronologie et d'abondantes références bibliographiques, a l'avantage de réaliser une synthèse des travaux précédents des trois auteurs. On ne présente plus Raymond H. Kévorkian dont les œuvres sont devenues aujourd'hui des « classiques » du Génocide des Arméniens. Hamit Bozarslan, spécialiste de la violence au Moyen-Orient et de l'histoire mêlée des Kurdes et des Turcs, reprend une thèse qui lui est chère : les Jeunes-Turcs qui ont vidé l'Arménie des Arméniens par des moyens atroces sont des gens éduqués, inspirés par le positivisme et le social-darwinisme, théories empruntées à l'Occident. Vincent Duclert, historien des intellectuels français et spécialiste de l'affaire Dreyfus, n'est pas un inconnu dans le monde arménien. Ici, il résume en 150 pages l'essentiel d'un opus vraiment nouveau qu'il vient de publier, La France face au génocide des Arméniens (Fayard, 2015, 435 pages, 22 euros). Écrit par un admirateur de Jaurès, c'est la longue histoire des arménophiles français, mais aussi des abandons de la France, puis de ses engagements récents pour la reconnaissance du Génocide. Un livre dont la lecture est revigorante. Comme est revigorante dans cet océan de larmes l'évocation de l'Opération Némésis,
Les Vengeurs arméniens, de Jacques Derogy réédité par Fayard (Pluriel, 2015, préface de Gérard Chaliand, 9 euros).

Anahide Ter Minassian, France-Arménie, numéro 419, mai 2015


Livre numéro 2092
Vincent DUCLERT --- Cliquer pour agrandir La France face au génocide des Arméniens du milieu du XIXe siècle à nos jours
Titre : La France face au génocide des Arméniens du milieu du XIXe siècle à nos jours / auteur(s) : Vincent DUCLERT - Une nation impériale et le devoir d'humanité
Editeur : Fayard
Année : 2015
Imprimeur/Fabricant : 18-Saint-Amand-Montrond : Impr. CPI Bussière
Description : 1 vol. (435 p.) : ill. ; 24 cm
Collection : Histoire
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Question arménienne -- Relations internationales -- 20e siècle
ISBN : 9782213682242
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 22,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

En 1915, un événement l extermination des Arméniens ottomans fait basculer le monde dans l'ère des tyrannies et des crimes de masse. Le traité de Lausanne signé avec la Turquie, huit ans plus tard, scelle la disparition de l'Arménie plurimillénaire, à l exception de la Petite République des régions russes, soumise à la terreur stalinienne. Parmi les Alliés, la France porte une lourde responsabilité dans le premier génocide du XXe siècle et l'abandon des survivants.
Critiques d'une telle politique impériale, des savants, des écrivains, des intellectuels, des parlementaires et diplomates français, des hommes de foi, rejoints par leurs homologues belges et suisses, choisissent de défendre un devoir d'humanité. Dès la fin du XIXe siècle, ils s'engagent contre l'injustice des grands massacres qui se répètent dans l Empire ottoman. À la suite de Séverine, Jaurès ou Anatole France, une majorité de dreyfusards se mobilisent. La solidarité devient une cause morale et politique majeure, débouchant sur la formation d'un large « parti arménophile ».
Dans cette étude passionnante, Vincent Duclert révèle l'histoire française de ce génocide tombé dans l'oubli. Il faudra attendre le 29 janvier 2001 pour que le Parlement, retrouvant la mémoire de ses engagements pour les Arméniens, adopte une loi de reconnaissance, tandis qu'intellectuels et historiens réinvestissent le champ de la connaissance du premier génocide

Historien à l École des hautes études en sciences sociales (CESPRA), Vincent Duclert est venu à l'étude du génocide des Arméniens par l'affaire Dreyfus, Jean Jaurès et la recherche sur les engagements démocratiques dont il est l'un des spécialistes.


Article de René Dzagoyan, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 218, Mai 2015

En cette année de centenaire, le descendant de rescapés qui tient encore à remercier l'État français pour son soutien aux Arméniens ne doit pas lire ce livre s'il veut garder ses illusions. Ceux qui veulent remercier ces Français, obscurs ou illustres, qui ont œuvré pour leur survie et défendu leur cause doivent le lire de bout en bout. Il sauve de la désespérance. Le livre de Vincent Duclert n'est pas de ceux qui laissent indemnes. Il décrit, pas à pas, ce siècle et demi d'Histoire commune, où la question arménienne en France, du Traité de Berlin en 1878 au projet de loi anti-négationniste toujours en gestation (et pour combien de temps encore?) emplissait les colonnes des journaux et occupait les tribunes de l'Assemblée nationale, avant de se perdre, comme toujours, dans les couloirs feutrés du Quai d'Orsay, où « les affaires », et les prébendes qui s'en suivaient, avaient plus de force et de vertu que la justice tout court. Tel ce Gabriel Hanotaux, ancien secrétaire d'ambassade à Constantinople dans les années 1880, détenteur de 1894 à 1898 du portefeuille des Affaires étrangères (et, pour lui, portefeuille s'entendait dans tous les sens) durant la période même où le Sultan Abduthamid II, son bon ami et probablement partenaire, s'exerçait aux techniques naissantes du génocide, sourd aux appels désespérés des Justes, comme le consul Paul Cambon, Jaurès, Péguy, Clemenceau, Anatole France et bien d'autres, qui resteront aux yeux de l'Histoire les figures de la France. Pourtant l'État français, par le traité de Berlin, s'était voulu garant de la sécurité de ces Chrétiens d'Orient, qui s'étaient fiés à elle, sans savoir qu'ils n'étaient en réalité qu'une monnaie d'échange, bonne seulement à guider la main du Sultan à l'heure de signer les contrats. Vivant aujourd'hui, Gabriel Hanotaux figurerait en bonne place dans le trombinoscope de l'Institut du Bosphore, entre Elisabeth Guigou et Pierre Moscovici ou quelques autres stars de la presse, dont Vincent Duclert nous apprend qu'en ces temps lointains les journalistes n'étaient pas insensibles à de substantielles gâteries. Rien à voir, bien entendu, avec les chroniqueurs et éditorialistes qui figurent au tableau de chasse du susnommé Institut. Nous vivons une époque de vertu, on le sait. France des intérêts et des bakchichs d'un côté, France des valeurs et du courage de l'autre, Vincent Duclert démontre que dans le cours de ces deux pays parallèles, le premier triomphe toujours sans que le second ne renonce jamais à combattre.

Un tableau des intérêts sordides et du racisme

Pourtant ni l'une ni l'autre ne se défont de cette illusion récurrente qu'un jour la Turquie deviendra un pays comme un autre, c'est-à-dire européen. Jaurès même entretiendra ce fantasme, lui qui demande aux Arméniens, sur la foi des déclarations des Jeunes-Turcs à Paris, de renoncer à leurs exigences de liberté, vu qu'à ses yeux, très bientôt, du Bosphore aux confins de l'Empire, tous les peuples seront frères et égaux en droit. Ni les massacres d'Adana en 1909 ni les rapports alarmistes qui affirment que rien n'a changé sous le soleil anatolien n'entameront les illusions du fondateur du journal L'Humanité. Non plus que celles de Clémenceau, qui y voit dans ces tueries à tous points semblables à celles qu'il a dénoncées, un évènement isolé, sans signification. Pas plus qu'aujourd'hui les emprisonnements en masse de journalistes et d'opposants, ni leurs assassinats, n'entament l'image d'une Turquie en rupture avec l'époque kémaliste, symbole d'un islamisme modéré, pour laquelle, en dépit des va-et-vient des djihadistes du Daesh sur son territoire, le gouvernement Hollande a demandé l'ouverture de nouveaux chapitres propres à accélérer son adhésion à l'Union européenne. La tradition continue.
L'ouvrage de Vincent Duclert est, certes, un livre de désenchantement, tableau des politiciens veules, de l'État capitulard, des intérêts sordides et du racisme. Mais en suivant la trace de ces renoncements, on entend, en parallèle, la voix de ceux qui n'ont jamais renoncé à une France de la parole donnée, du droit, de l'indignation et de la dénonciation, celle qui va de Jaurès et Paul Cambon à Alfred Grosser, Meillet, Vidal-Naquet et bien d'autres, et qui continue aujourd'hui à se faire entendre par les voix d'Yves Ternon, Taner Akçam, Hamid Bozarslan, Annette Becker, Vincent Duclert lui-même, et tant d'autres sans mentionner ceux, Arméniens d'origine, qui, tout autant que leurs collègues, symbolisent par leur travail la France de l'intelligence. Vincent Duclert nous démontre qu'il y a, à l'égard des Arméniens, une dette française.
Aujourd'hui, comme hier, ce sont les intellectuels qui la paient.

René Dzagoyan, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 218, Mai 2015


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