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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Michel MARIAN
( n. 1952 )

L'auteur

Michel MARIAN --- Cliquer pour agrandir
Naissance le 13 janvier 1952 à Paris.

Michel Marian est issu d'une famille arménienne et chrétienne. Agrégé de philosophie, il enseigne à Sciences Po Paris. Une partie de sa famille a été tuée durant le génocide de 1915. Il a publié de nombreux articles sur les questions arméniennes dans la revue Esprit et le magazine Nouvelles d'Arménie.

Articles :
« Le point de vue turc sur le génocide », in Esprit, avril 1984.
« Le terrorisme arménien après l'âge d'or », in Esprit, octobre-novembre 1984.
« Le Karabagh et le fantôme de Staline », in Esprit, septembre 1988 (sous le pseudonyme Michel Rechtouni).
« Les allers-retours de Bernard Lewis sur la question arménienne », in Le Messager européen, n° 8, Gallimard, 1994.
« Le génocide arménien et le Collège de France » (avec Olivier Roy et Olivier
Mongin), in Esprit, févr-ier 1999.
«La reconnaissance du génocide : la guerre de 100 ans? », in Les Cahiers de
L’Orient, premier trimestre 2000.
« Le débat européen sur la Turquie » (avec Olivier Abel), in Esprit, février 2006.
« Saisir le moment d'un dialogue arméno turc », in Esprit, juillet 2006.
« Arménie, autoportrait d'une nation », in Revue des deux mondes, octobre-novembre 2006


Intervention de Michel MARIAN à Marseille, à l'occasion d'une rencontre sur " l'actualité d'un dialogue contrarié " organisée à Marseille le 16 septembre 2009 à la bibliothèque municipale à vocation régionale (BMVR) de l'Alcazar
envoyé par Association ARAM
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Livre numéro 2114
Michel MARIAN --- Cliquer pour agrandir Le génocide arménien
Titre : Le génocide arménien / auteur(s) : Michel MARIAN - De la mémoire outragée à la mémoire partagée
Editeur : Albin Michel
Année : 2015
Imprimeur/Fabricant : 18-Saint-Amand-Montrond : Impr. CPI Bussière
Description : 12 x 19,5 cm, 176 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection : Bibliothèque Albin Michel des idées
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Question arménienne
ISBN : 9782226253842
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 15,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Dans un paysage éditorial peuplé de sommes historiques et de témoignages personnels, dans une commémoration à la fois prévisible et imprévisible, ce livre, court mais complet, offre éclairages et réponses aux questions qui se posent un siècle après les faits.
Peut-on qualifier de génocide un événement antérieur à la création du mot ? Peut-on le comparer à la Shoah ? Faut-il pénaliser sa négation ? Les politiques ont-ils le droit de se prononcer sur ces questions ? Quel sens y a-t-il à le reconnaître cent ans après la perpétration des faits ? Pourquoi les gouvernements turcs successifs persistent-ils à le refuser ?
Et quelle est la position de la société turque face à la bataille entre son gouvernement et les Arméniens, devant l opinion mondiale ? Faudra-t-il attendre encore 100 ans ou y a-t-il aujourd hui une solution ?
Cet essai se confronte à tous ces débats. Il les rend accessibles et vivants en les replaçant dans deux histoires singulières et passionnelles, celle des Arméniens et celle des Turcs. Il suit les premiers dans le chemin séculaire de leur quête de justice et de réintégration de leur malheur dans la mémoire universelle. Il accompagne les seconds dans le travail difficile mais impressionnant qu ils ont entrepris depuis une décennie pour se réapproprier un passé tragique et coupable. Il dévoile les surprises, les personnalités, les hasards, les occasions trouvées ou manquées qui ont séparé ces histoires, avant de leur donner une chance de se rencontrer. Il n esquive aucune difficulté, mais il propose des solutions et la perspective d un avenir partagé, tel qu on peut espérer qu il se dessine à la fin de cette année de commémoration.

Article de Gérard Malkasian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 218, Mai 2015

Le livre de Michel Marian est d'abord un acte personnel. Celui d'un philosophe désireux de « rouvrir les portes d'Erzeroum », dont est originaire une partie de sa famille, après trente ans de militantisme en faveur de la reconnaissance du génocide arménien. Il défend et justifie par un examen du siècle écoulé une conviction forte : « Si l'on veut vraiment la reconnaissance du génocide, la priorité devient l'échange et le dialogue avec la société turque ». Deux histoires se croisent dans le livre, celle d'un mot autour duquel s'est construit le combat des Arméniens, celle d'une confrontation avec son passé occulté qu'a engagée un secteur de la société turque, intellectuels et démocrates en tête.

Puissant facteur d'identificationLe cheminement des Arméniens s'enracine dans un crime impuni et une injustice consommée à l'aube des années vingt du siècle dernier. Chavarch Missakian, directeur du journal Haratch, initie la prise de conscience, face au choc de l'horreur nazie : la catastrophe subie par les Arméniens n'était pas qu'une spoliation territoriale, elle a impliqué l'annihilation intentionnelle de la nation entière. Les procès de Nuremberg, la formalisation juridique du crime de génocide, l'affirmation de son imprescriptibilité, ont relancé la lutte pour la justice en la recentrant sur la demande de reconnaissance. L'incroyable s'est accompli: les survivants de l'extermination et leurs descendants sont parvenus à faire émerger sur la scène internationale un crime oublié et à le faire intégrer dans l'agenda politique d'un État puissant, situé idéalement du point de vue stratégique. Cette marche en avant vers la vérité « sur un chemin original et
inclassable », nous dit Michel Marian, constitué un « puissant facteur d'identification » et de renaissance pour des communautés brisées et dispersées. Loin d( pâtir de la comparaison avec la Shoah l'extermination des Arméniens apparait aujourd'hui comme un génocide « exemplaire », de plus en plus intégré dans la conscience morale internationale et le champ de la recherche historienne. Il appelle à concentrer ses forces sur l'essentiel: amener progressivement les dirigeants turcs à reconnaitre les faits. Non l'enlisement dans des querelles juridique stériles, mais une question de principe dont l'enjeu est universel: « remettre di la justice dans la politiqué et de la morale dans l'histoire. »
Michel Marian parcourt ensuite un second chemin, tout aussi improbable: comment des hommes et des femmes de Turquie puissance régionale montante, barricadée dans l'amnésie volontaire d'un crime qui a grandement contribué à sa formation, sont peu à peu parvenus à faire ressurgir le « fantôme arménien », dans leur conscience d'abord, puis dans la société.

La voie du dialogue
La figure de Hrant Dink s'impose ici, lui dont la parole incandescente jusqu'au sacrifice de sa vie, arracha des fragments de mémoire à un corps social privé de son passé par une histoire officielle mensongère. En inventant la voie du dialogue introspectif et en dénonçant le jeu sans issue du bourreau négateur et de la victime vindicative, Hrant Dink a creusé le sillon (sens de Agos, titre du journal qu'il a créé) d'une reconnaissance par la société turque elle-même qui l'imposera un jour au sommet de l'État: telle est aussi la conviction intime de l'auteur. La reconnaissance du génocide est devenue, pour les acteurs du combat pour la démocratie, la pierre angulaire d'une « expiation » qui permettra l'émergence d'une Turquie moderne, certes, mais fière de sa diversité et porteuse d'une mémoire désormais plus juste de l'ampleur des souffrances imposées à des victimes absolues.

La question de l'avenir
Le lecteur pourra trouver cette vision trop optimiste, il discutera tel ou tel jugement, sur le terrorisme ou sur les tribulations de la loi de pénalisation du négationnisme. Il ne pourra rester indifférent à la question sur l'avenir soulevée dans la conclusion. Michel Marian mène une réflexion indispensable sur une nécessaire redéfinition de l'identité arménienne en diaspora, une fois que le spectre d'un génocide nié commencera, tôt ou tard, à s'estomper. À l'Antigone prisonnière du souvenir des morts, il oppose le Troyen Enée tourné vers la vie. Comme lui rescapés d'un massacre de masse, les Arméniens de demain auront à déposer les traces de leur histoire bimillénaire dans leur nouvelle patrie, lieu de refuge mais aussi de leur renaissance.

Gérard Malkasian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 218, Mai 2015


Livre numéro 1818
Michel MARIAN --- Cliquer pour agrandir Revue arménienne des questions contemporaines, numéro 15 - Décembre 2012, Légiférer sur la contestation des génocides : débats et enjeux
 
Titre : Revue arménienne des questions contemporaines, numéro 15 - Décembre 2012, Légiférer sur la contestation des génocides : débats et enjeux / auteur(s) : Revue arménienne des questions contemporaines -
Editeur : Union Générale Arménienne de Bienfaisance
Année : 2012
Imprimeur/Fabricant : Chirat, 42540 Saint-Just-la-Pendue
Description : 14,5 x 22 cm, 109 pages
Collection : ISSN : 1769-8316
Notes :
Autres auteurs : Sévane GARIBIAN [contribution] - Raymond Haroutiun KEVORKIAN [contribution] - Michel MARIAN [contribution] - Boris ADJEMIAN [contribution] -
Sujets : Génocides -- Génocide arménien -- Lois mémorielles
ISBN :
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 20,00 euros

Commentaire :

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS p. 5

Première partie
LE DÉBAT DES HISTORIENS
• BORIS ADJEMIAN, Le débat inachevé des historiens français sur les « lois mémorielles » et la pénalisation du négationnisme : retour sur une décennie de controverse p. 9
• GÉRARD NOIRIEL, De l'histoire-mémoire aux « lois mémorielles ».
Note sur les usages publics de l'histoire en France p. 35

Deuxième partie
LE DÉBAT DES JURISTES
• SAVANE GARIBIAN, Droit, histoire, mémoire. Le négationnisme : exercice d'une liberté ou violation d'un droit ? p. 53
• SAVANE GARIBIAN, De l'impunité p. 67

Troisième partie
ENJEUX
• RAYMOND H. KÉVORKIAN, Enjeux politiques et répercussions internationales d'une loi pénalisant le déni de génocide p. 75
• JEAN-PIERRE CHRÉTIEN, Le droit à la recherche sur les génocides et sur les négationnismes p. 87

Quatrième partie
DIALOGUE
AHMET INSEL & MICHEL MARIAN, Le dialogue après la proposition de loi p. 97
COMPTE RENDU
• p. FIROUZEH NAHAVANDI (sous la direction de), Turquie, le déploiement stratégique, Bruxelles, 2012 (Julien Zarifian) p. 107


« Légiférer sur la contestation des génocides », tel est le thème du dernier dossier de la Revue arménienne des questions contemporaines.
« En France, il ne revient pas au Parlement de légiférer sur l'histoire », écrivait l'association Liberté pour l'Histoire, satisfaite au lendemain de la décision du conseil constitutionnel censurant la loi déposée par la députée Valérie Boyer. Boris Adjémian, docteur en histoire, rappelle les nombreuses critiques formulées contre cette loi, notamment celle la qualifiant de loi mémorielle. Mais les historiens n'ont pas été aussi unanimes sur cette question. Selon Gérard Noriel, « Si tous les historiens respectaient les principes de l'histoire-problème tels que Marc Bloch et Lucien Febvre l'ont définie, ils ne risqueraient guère d'être incriminés par les lois mémorielles. » À travers, deux articles, Sévane Garibian mène quant à elle une réflexion sur les rapports entre le droit, l'histoire et la mémoire à travers une dénonciation des lois mémorielles.
« Si la négation est un défi à l'histoire, elle est manifestement aussi un défi au droit », conclut la juriste. Dans un tour d'horizon sur les dimensions politiques et géopolitiques attachées à la loi de pénalisation, Raymond H. Kévorkian évoque les enjeux politiques et les répercussions internationales d'une loi pénalisant le déni de génocide. Selon l'historien, Jean-Pierre Chrétien, la liberté doit être invoquée non seulement contre les tentations abusives de légiférer mais aussi contre les manœuvres judiciaires des partisans du négationnisme. Enfin, l'économiste Ahmet Insel et le philosophe Michel Marian reprennent leur dialogue sur le tabou arménien commencé par l'ouvrage éponyme paru en 2009, après les débats soulevés en France et en Turquie par la loi Boyer.

Sans nom d’auteur, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 196, Mai 2013


Livre numéro 1402
Michel MARIAN --- Cliquer pour agrandir Dialogue sur le tabou arménien . Entretien d'Ariane Bonzon
Titre : Dialogue sur le tabou arménien . Entretien d'Ariane Bonzon / auteur(s) : Michel MARIAN - Autre auteur : Ahmet INSEL (universitaire turc)
Editeur : Liana Levi
Année : 2009
Imprimeur/Fabricant : 53-Mayenne : Impr. Floch
Description : 176 pages, 14 x 21 cm ; carte, couv. ill.
Collection : Essais
Notes : Bibliogr. p. 159-161
Autres auteurs :
Sujets : Témoignage historique
Arméniens -- Empire ottoman -- 1900-1945
Génocide arménien (1915-1916 ) -- Récits personnels
ISBN : 9782867465222
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 15,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Le dialogue entre Arméniens et turcs serait-il devenu possible ? Ces ennemis d'un siècle pourraient-ils enfin aborder le sujet tabou, celui du génocide arménien de 1915 ? Michel Marian et Ahmet Insel ont relevé le défi. Aucun aspect de la question n'a été esquivé : les intentions d'hier et d'aujourd'hui, les faits, et surtout le problème de leur reconnaissance. Parfois, l'échange est difficile, les sensibilités sont à fleur de peau, mais il est toujours franc et courageux. À travers leurs parcours, familial et personnel, les deux hommes évoquent les moments clés de l'histoire de leurs peuples, à l'extrémité orientale de l'Europe. Pour comprendre l'un des grands drames du xxe siècle et pourquoi il occupe toujours l'actualité, ce livre constitue un événement politique, une première.


Michel Marian, né à Paris, est issu d'une famille arménienne et chrétienne. Agrégé de philosophie, il enseigne à Sciences Po Paris. Une partie de sa famille a été tuée durant le génocide de 1915. Il a publié de nombreux articles sur les questions arméniennes dans la revue Esprit et le magazine Nouvelles d'Arménie.

Ariane Bonzon, journaliste et essayiste française, a animé ce dialogue. Elle fut la correspondante d'Arte en Turquie de 1996 à 2006, après avoir été en poste en Israël et en Afrique du Sud.

Ahmet Insel, né à Istanbul, est issu d'une famille turque, musulmane et kémaliste. Il a étudié et enseigné à Paris I. Depuis 2007, il dirige le département d'économie à l'université Galatasaray à Istanbul. Auteur de nombreux livres sur la Turquie, il est un des responsables de la maison d'édition progressiste turque Iletisim.


Autre commentaire

Il aura donc fallu attendre 2009 pour qu'un Turc et un Arménien acceptent d'évoquer ensemble la question du génocide de 1915 à travers un livre. Dialogue sur le tabou arménien est un premier essai concluant. L'économiste turc Ahmet Insel et le philosophe français d'origine arménienne Michel Marian répondent aux questions de la journaliste Ariane Bonzon, tels deux patients ayant enfin franchi le pas du cabinet de psychanalyse pour surmonter leur traumatisme.

Car il s'agit bien d'une thérapie bilatérale à laquelle le lecteur assiste. L'un est l'initiateur d'une pétition en Turquie demandant "pardon aux Arméniens pour la Grande Catastrophe", l'autre l'a remercié publiquement pour son geste. D'un commun accord, ces deux anciens militants d'extrême gauche ont dressé leur "feuille de route" du dialogue, expression à la mode en Turquie et en Arménie, alors que les deux Etats sont à quelques semaines de normaliser leurs relations.

Mais si d'un côté, ce sont les Etats qui parlent paix et coopération, de l'autre ce sont deux intellectuels qui essaient de retisser les liens d'une histoire commune. La démarche est courageuse, le ton parfois franc, parfois émouvant, tant ils abordent de façon simple des sujets jusqu'alors refoulés dans les inconscients collectifs turc et arménien. Matières anthropologiques, sociologiques, juridiques, politiques et historiques, tout est utilisé de telle sorte que le lecteur se dise que, finalement, Turcs et Arméniens ont plus d'éléments en commun qu'on ne saurait le penser. Y compris le travail de mémoire auquel se prête Michel Marian en s'interrogeant sur le mouvement révolutionnaire arménien au XIXe-XXe siècle et sur le terrorisme arménien (1975-1985), qu'il condamne.

Quant à Ahmet Insel, qui s'emmêle dans les fils de la définition du concept de génocide, il nuance le cas arménien puis l'associe à la liste des génocides en glissant un petit oui entre deux répliques de son interlocuteur. Sans doute le mot lui brûlerait-il moins les lèvres si son gouvernement abrogeait l'arsenal répressif des articles 301 et 305 du code pénal turc, qui menacent de peine de prison toute personne qui porte atteinte à la dignité de la Turquie en évoquant le génocide des Arméniens. Les hauts responsables n'ont pas été jetés en prison à l'époque, pourquoi y envoyer des innocents quatre-vingt-treize ans plus tard ?

Gaïdz Minassian, Le Monde, édition datée 16 septembre 2009


Autre commentaire

A l’heure où l’Arménie et la Turquie signent un accord, où la Diaspora crie à la trahison et les nationalistes turcs à la félonie, un dialogue turco-arménien était pour le moins périlleux. Car s'il existe en Turquie un tabou sur le mot « génocide », il existe chez les Arméniens un tabou aussi lourd sur le mot « dialogue ». « C'est donc aussi à ce tabou-là, dit le préfacier, celui du dialogue impossible, qu'il nous fallait faire un sort. » Avec le risque qu'à faire un sort à ces deux tabous, chaque camp fasse un sort aux deux intellectuels qui ont voulu les briser. Lui qui fut traité de traître par certains des siens et assassiné par certains autres, Hrant Dink, en a fait la triste expérience. D'ailleurs, le livre lui est dédié. Revendication d'héritage. Mais pas de destin, souhaitons-le.

Des ponts communs
Fait de conversations à deux voix, l'ouvrage révèle d'abord la ressemblance entre les deux dialoguistes : l'un, Normalien, fonctionnaire, maître de conférence est collaborateur de la revue Esprit et l'un des artisans actifs de la reconnaissance du génocide par l'Europe en 1987. Ahmet Insel est professeur à l'université Galatasaray et à Paris I, éditeur du mensuel Birikim et signataire de la demande de pardon. Le même goût pour les bancs de l'école, l'odeur de l'imprimerie et le combat pour les idées. C'est l'Europe des intellos. Chacun avec le coeur à gauche, comme de règle.

Le tabou
De Michel Marian, le dialogue confirme les engagements passés. La position est ferme, bien calée sur des principes, bien bordée par des faits, dont son interlocuteur, rendons-lui justice, n'enlèvera pas une virgule. Ce dernier sait. Ses amis s'appellent Hrant Dink et Taner Akçam. Sa découverte de « La Grande Catastrophe » est le résultat d'un travail personnel accompagné par une pensée collective. Des principes, il n'en rejette aucun. Des faits, il les admet tous.
Cependant, sur un dialogue de 151 pages, il faut attendre le feuillet 110 pour aborder enfin le mot interdit. Avec son corollaire obligé : « Je ne trouve pas l'utilisation du terme "génocide" appropriée, dit Insel. D'abord, le mot génocide est pour moi toujours associé à la Shoah... » Et d'énumérer les différences entre « La grande Catastrophe » et l'éradication des Juifs. La liste est longue, trop longue pour former une seule et bonne raison. Au bout, on comprend : pour être un génocide, les événements de 1915 doivent être en tous points semblables à l'Holocauste. Sinon, il faut lui trouver un autre nom. Certes. Mais cet argument oublie que ce n'est pas la Shoah qui définit le génocide, mais le contraire. C'est la notion de génocide qui définit la Shoah ; celle-ci n'en est que l'une de ses formes, l'éradication des Arméniens en est une autre.

Un jour peut-être…
Mettre de côté la notion première d'un génocide, lui enlever sa substance pour la réduire à un seul fait historique, maître-étalon de tous les autres, voilà un tour de passe-passe qui n'est pas d'un intellectuel... mais d'un citoyen et d'un fils pour qui l'idée que la nation de ses pères puisse avoir été le modèle de l'Allemagne nazie, et donc son égale dans l'abjection, est insoutenable. L'insoutenable pesanteur des mots vient de l'insoutenable pesanteur des morts. Pourtant, malgré ce poids, reste la concession : « Dans vingt ans, dans deux ans, dans six mois, un jour j'utiliserai peut-être le terme génocide parce que j'aurai de nouvelles informations. » Nous l'espérons pour lui. Car, ce jour-là, débarrassés de l'insoutenable pesanteur des mots et des morts, les intellectuels turcs connaîtront enfin l'insoutenable légèreté de l'être.

René Dzagoyan, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 156, Octobre 2009


Livre numéro 781
Michel MARIAN --- Cliquer pour agrandir Numéro 88, Arménie : le droit à la mémoire
   
Titre : Numéro 88, Arménie : le droit à la mémoire / auteur(s) : Revue Esprit -
Editeur : Ed. Esprit, 19, rue Jacob 75006 Paris
Année : 1984
Imprimeur/Fabricant : Imprimerie Hérissey, Evreux
Description : 15 x 24 cm, 194 pages, couverture illustrée
Collection :
Notes : Numéro d'Avril 1984, Commission paritaire 58339
Autres auteurs : Gérard CHALIAND [contribution] - Michel MARIAN [contribution] - Claire MOURADIAN [contribution] - Parouir SEVAK [contribution] -
Sujets : Génocide arménien 1915
ISBN :
Prix : 46,00 FRF

Commentaire :

Contient un dossier "Arménie : le droit à la mémoire".

Gérard Chaliand : Introduction, pages 77-79
Michel Marian : Le point de vue turc sur le génocide, pages 80-85
Richard G. Hovanissian : L'intermède de l'indépendance nationale, pages 86-108
Barouïr Sévag : Poèmes, pages 109-113
Claire Mouradian : Les relations soviéto-turques et la question arménienne depuis 1945, pages 114-127


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