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Association Culturelle Arménienne de Marne-la-Vallée (France)

Krikor BELEDIAN
( n. 1945 )

L'auteur

Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir
Naissance en 1945 à Achrafieh, quartier de Beyrouth (Liban)

« J’écris dans une langue non pas de rescapés, mais dans une langue rescapée, condamnée à la mort, exécutée en 1915 et toujours en sursis ; étrangement survivante. » Cette conscience d’un héritage à transmettre, Krikor Beledian la construit dès son plus jeune âge dans le quartier d’Achrafieh à Beyrouth où il est né en 1945. Dans une ville plurilingue, ce « fils d’orphelins du désert », les survivants de la Catastrophe, cultive son oreille polyglotte, étudie l’arménien, le français, l’anglais, l’arabe. Il poursuivra ses études de philosophie à Paris avant de se consacrer à l’écriture pour devenir une figure centrale de la littérature arménienne contemporaine. Ses nombreux recueils de poèmes (Topographie pour une ville détruite 1976, Lieux 1983, Mantras 2010), ses essais sur la poésie moderne (Drame 1980, Le Cercle de feu 1988, Le Futurisme arménien 2009), son cycle de récits autobiographiques (Seuils, Le Coup, Signe, L’Image, Le Nom au bout de la langue, Deux, Le Renversement) ont bouleversé le paysage littéraire arménien dont il a profondément renouvelé la pratique. L’ensemble de ses textes fait l’objet d’une édition intégrale aux éditions Sargis Khatchents-Printinfo à Erevan. En français, Krikor Beledian a publié Les Arméniens (Brepols, 1994) et l’ouvrage de référence Cinquante ans de littérature arménienne en France: Du Même à l’autre (CNRS Éditions, 2001). Il a par ailleurs enseigné à l’Université catholique de Lyon et, à Paris où il est établi, il est maître de conférence de langue et littérature arméniennes à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco).

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Livre numéro 2099
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Face à l'innommable : Avril 1915
Titre : Face à l'innommable : Avril 1915 / auteur(s) : Chavarche MISSAKIAN - Traduit de l'arménien par Arpik Missakian, Postface de Krikor Beledian
Editeur : Parenthèses
Année : 2015
Imprimeur/Fabricant : 58-clamecy : Impr. La Nouvelle Imprimerie Laballery
Description : 16,5 x 23 cm, 144 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection : Diasporales
Notes :
Autres auteurs : Krikor BELEDIAN [postfacier] -
Sujets : Génocide arménien -- Récits personnels
ISBN : 9782863642993
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 19,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

La Première Guerre mondiale est commencée depuis plusieurs mois, la Turquie est alliée à l'Allemagne. Le 24 avril 1915 débute la Grande Rafle des intellectuels d'Istanbul, marquant le début du génocide des Arméniens.
Chavarche Missakian est alors un jeune journaliste engagé dans le combat pour les libertés. Il échappe par miracle à la rafle : il était le sixième sur la liste noire des personnalités recherchées. Entré en clandestinité, il reste très actif et note dans ses carnets, sous forme cryptée, les terribles nouvelles qu'il reçoit sur les exactions commises dans les provinces : déportations en masse, exécutions de groupes de soldats, tortures et élimination des intellectuels. Il s'attache dans le même temps à transférer ces informations à l'étranger. Dénoncé, il est arrêté, et c'est là que commence le récit de la période qui va le mener de la Police politique turque à la Cour martiale. Malgré les années de souffrances et de tortures, il gardera toujours le silence et ne sera libéré qu'à l'armistice.
Ces souvenirs sont le récit de l'homme de presse qu'il deviendra et de ses carnets chargés d'histoire. Après un long silence, car ce qu'il avait vu et vécu était de l'ordre de l'« innommable », il prend la plume en 1935 pour répondre aux mémoires d'Ali Riza, le chef de la police politique turque qui est face à lui pendant toute sa détention, et pour rétablir sa vérité.
Dans un style vif et concis, Chavarche Missakian, grand lecteur et déjà francophone à l'époque, documente de manière précise les premiers temps de l'entreprise génocidaire.

Article d’Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 218, mai 2015

En 1935, le journal Zaman, à Istanbul, publie en feuilleton les Mémoires d'un policier turc qui, retraçant sa carrière de l'Empire à la République, se vante au passage d'être à l'origine de l'arrestation, en mars 1916, de Chavarche Missakian, l'un des dix hommes les plus recherchés par la police politique et secrète, depuis qu'il a échappé à la rafle du 24 avri11915. En 1935, Chavarche Missakian est déjà l'une des figures tutélaires de la communauté arménienne de France. Il dirige le journal Haratch qu'il a fondé à Paris en 1925, rayonne dans les milieux intellectuels de la diaspora et assume des responsabilités politiques au sein de la FRA Dachnagtsoutioun, distinguant autant que possible l'éthique de responsabilité de l'éthique de conviction.

Un témoignage unique
Par pudeur, par dignité, et parce qu'il a d'autres chats à fouetter, il n'a jamais écrit une ligne sur son arrestation, détention, condamnation et libération des geôles turques à la faveur de l'armistice de 1918. On sait pourtant qu'il fut sauvagement torturé et se jeta du 3e étage de la prison, lors d'un transfert, pour échapper à l'enfer d'un nouvel interrogatoire musclé. Le récit turc est plus soft. Chavarche (se) doit (de) réagir. Il tergiverse. Son ami et collaborateur Hrant Samuel lui traduit du turc en arménien les pages de Zaman qui le concernent. À son corps défendant, il va devoir répondre, 20 ans après les faits, à l'un de ses tortionnaires. Voilà le livre qui parait pour la première fois en français, avec l'extrait des Mémoires du commissaire turc suivi du texte de Chavarche qui prétend compléter le premier texte, mais l'implose, en révélant l'identité masquée de son auteur/tortionnaire Ali Riza, chef de la police turque.
Ce dévoilement de la vérité suffit-il pour avoir le dernier mot? Au regard du désastre survenu à son peuple, Chavarche ne veut accorder aucune prééminence à son témoignage. Il est pourtant unique, comme le souligne la remarquable postface de Krikor Beledian, sur l'univers carcéral turc d'une part et sur les figures de la trahison qu'il met d'autre part en scène. Comprenant que ses lecteurs veulent entendre dans ses mots arméniens son histoire, Chavarche s'y résout sans cacher son embarras. Premier paradoxe: on lui demande le récit d'une scène ancienne dont le défi absolu était de ne pas parler, même sous la torture, pour ne pas mettre dans un danger plus grand encore, ses camarades. Deuxième paradoxe: 20 ans après, Chavarche considère qu'il ne faut toujours pas parler de ce qui fut secret. Même si les temps ont changé, nul n'a besoin de connaitre dans le détail comment fonctionnait la structure clandestine Vichab (Dragon) qu'il dirigeait, et qui collectait pour les diffuser hors de l'Empire des informations codées sur les évènements en cours. Il suffit de savoir que l'opération Némésis a, depuis, liquidé responsables du génocide et traitres. Pas question en revanche de livrer maintenant aux Turcs les informations qu'ils n'ont pu obtenir dans le passé. Taire ce dont on ne peut parler. Chavarche laisse donc intacts bien des mystères comme celui de la formule sibylline inscrite dans son carnet tombé aux mains de la police : « Résoudre l'œillet à trois ».

Le livre qui manquait
Le seul mot qu'il aurait aimé lancer alors et redire maintenant à la face du monde, est en gestation dans ce texte. C’est un mot qu’il a sur le bout des lèvres, comme Lemkin, en 1935 : génocide. Et parce qu'il n'a pas encore trouvé ce mot, son témoignage reste à ses yeux un livre inachevé qu'il intitule par conséquent Feuilles d'un carnet jauni. Comment mieux dire la somme d'informations qui s'amoncèle dans l'attente du concept qui les submergera toutes et donnera au témoignage son vrai sens ? Ce mot, ce concept, Chavarche le trouvera en arménien et l'emploiera pour la première fois dans son éditorial du 9 janvier 1945. Il s'agit bien d'une trouvaille, car dans ce livre, il y a un autre livre, où tout le monde est traducteur, sauf Chavarche. Hrant Samuel traduit, Chavarche fait retraduire en prison son carnet confisqué, enfin sa fille Arpik Missakian traduit le texte de son père auquel il manquait un mot, pour nous offrir, en ce centenaire du génocide, le livre qui manquait.

Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 218, mai 2015


Livre numéro 1762
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Mon âme en exil
Titre : Mon âme en exil / auteur(s) : Zabel ESSAYAN - Traduit de l’arménien par Anahide Drézian et Alice Der Vartanian, Postface de Krikor Beledian
Editeur : Parenthèses
Année : 2012
Imprimeur/Fabricant : Nouvelle Imprimerie Laballery, Clamecy
Description : 16,5 x 23 cm, 80 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection : Diasporales ; ; ISSN : 1626-2344
Notes : Titre original Հոգիս Աքսորեալ [Hokis aksoryal], 1922
Autres auteurs : Krikor BELEDIAN [postfacier] -
Sujets : Zabel Essayan -- Récits personels
ISBN : 9782863642665
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 14,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

« Dans les replis de ma mémoire s’ouvrent des portes closes et des moments enfouis se raniment. Une parole, un geste oublié, un regard de mon père et des détails de la vie quotidienne, disparus et oubliés depuis longtemps, reprennent vie et me transmettent la joie ou la tristesse qu’ils portent en eux, plus qu’ils ne visitent ma mémoire. »
Dans ce texte devenu mythique, Zabel Essayan, éprise de liberté, esprit rebelle, s’exprime à travers le personnage d’un peintre, pour évoquer les questionnements de l’artiste déchiré entre sa passion pour la création et son rôle dans une société anéantie. Comment créer librement quand on est coupé de ses racines? L’écriture de ce récit poétique a commencé à Bakou en 1917, où son engagement pour la cause des orphelins l’avait menée, et de là, à Téhéran, Bagdad, Paris, Beyrouth... En perpétuel déchirement d’un pays à l’autre, en situation d’urgence, l’écrivain en exil, une des rares femmes sur la liste de la rafle du 24-Avril 1915, est toujours rattrapée par le destin des siens. Elle évoque avec délicatesse, dans ce texte autobiographique, « un paradis perdu », une société disparue, le charme envoûtant des paysages stambouliotes, les problèmes existentiels de l’artiste, dans l’atmosphère de la « maison paternelle de Baglarbache quasi déserte… ».

Livre numéro 1654
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Seuils
Titre : Seuils / auteur(s) : Krikor BELEDIAN -
Editeur : Parenthèses
Année : 2011
Imprimeur/Fabricant :
Description : 16,5  × 23 cm, 258 pages, couverture illustrée en couleurs
Collection : Diasporales
Notes : Traduit de l’arménien par Sonia Bekmézian
Autres auteurs :
Sujets : Autobiographie
ISBN : 9782863642580
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 19,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Premier volet d’une large fresque autobiographique, Seuils retranscrit les atmosphères d’une enfance beyrouthine. Composé en cinq scansions, le récit, d’une écriture résolument contemporaine, se focalise sur la découverte d’une liasse de photos de famille. Sur la sollicitation d’une voix, le narrateur retranscrit ces scènes de vie autour des personnages de trois femmes, Elmone, la tante, Vergine, la grand-mère, et Antika, la voisine. Construit comme une mosaïque, dans une langue ciselée, le texte recrée et réinvente ces vies et ces destins croisés, ces odyssées d’exode vers les pays d’accueil, à travers chaque détail des photographies retrouvées.

Le travail de mémoire du narrateur permet de restituer ces réalités d’enfance, parcourant des périodes, des lieux et des événements qui tous ont contribué à construire les «seuils» de son existence.


Livre numéro 1448
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Journal de déportation
Titre : Journal de déportation / auteur(s) : Yervant ODIAN - Récit traduit de l’arménien par Léon Ketcheyan, Préface de Krikor Beledian
Editeur : Parenthèses
Année : 2010
Imprimeur/Fabricant : 58-Clamecy : Impr. Laballery
Description : 16,5 x 23 cm, 448 pages, présentations, cartes, biographies, index
Collection : Diasporales
Notes : Traduction de "Anidzial Darinèr"
Autres auteurs : Krikor BELEDIAN [préfacier] - Léon KETCHEYAN [traducteur] -
Sujets : Génocide arménien
ISBN : 9782863641965
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 24,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Septembre 1915, Istanbul. Un soir, on frappe à la porte : « Yervant Odian est-il là ? ». Dès lors, l’implacable organisation génocidaire turque va l’entraîner sur les routes et dans les sinistres camps du désert syrien. Au sein des colonnes de déportés, il rejoint le destin de ses compatriotes arméniens, bien que se considérant presque comme un « privilégié », en raison de son statut d’écrivain reconnu.
Immergé dans un quotidien de tortures, glacé d’horreur devant les situations d’humiliation, les impitoyables persécutions que subissent les déportés et, pour finir, les exécutions et l’extermination, un rare instinct de survie préserve Yervant Odian. L’écrivain satirique et journaliste, survivant à ces « années maudites », ce cauchemar, revient à Istanbul en 1918 au terme d’un long voyage en enfer et retrouve sa table de rédacteur. Aussitôt, il s’attache à consigner ses souvenirs témoignant ainsi au nom de tous ces anonymes disparus, et il sera l’un des rares écrivains arméniens à s’y consacrer au lendemain du génocide. De ce travail de mémoire résulte un récit à la fois distancié, précis et dépouillé, pour surtout « être fidèle à la réalité, n’altérer en rien les faits, n’en exagérer aucun ».
Une forme de « poétique de la simplicité »

Anahide Ter-Minassian, article paru dans France-Arménie, numéro 360, du 16 au 30 avril 2010

A la veille du 95e anniversaire du Génocide arménien, les votes qui se sont succédé à Barcelone, Washington, Stockholm, en faveur de sa reconnaissance et la publication concomitante de la traduction française du livre de Yervant Odian, « Journal de déportation », ont allégé la morosité ambiante et les incertitudes engendrées par les Protocoles d'octobre 2009 entre l'Arménie et la Turquie. Et nous ont rappelé que le combat continue !
Le titre arménien de cet ouvrage publié par les éditions Parenthèses de Marseille est Anitsial darinère (Des années maudites). L'œuvre a été publiée au retour de Yervant Odian à Constantinople occupée par les Alliés, dans le quotidien « Jamanak », sous la forme d'un feuilleton sous-titré Souvenirs personnels, de février à septembre 1919. Il ne s'agit pas vraiment d'un journal comme le souligne dans son excellente introduction Krikor Beledian, mais l' "œuvre mûrement réfléchie" d'un rescapé doté d'une mémoire remarquable aiguisée par la volonté et l'obligation de témoigner selon le mot d'ordre circulant dans la presse arménienne en 1919-1920. Voici un livre de 426 pages qui se lit d'une traite. Un livre exceptionnel sur un sujet que nous croyons connaître : le rôle des déportations dans le mécanisme du Génocide perpétré par les Jeunes-Turcs. Journaliste sans affiliation politique connue, si ce n'est son allégeance à Boghos Nubar pacha, Yervant Odian a échappé à la rafle de l'intelligentsia arménienne du 24 Avri1 1915. Arrêté le 7 septembre 1915, il reviendra sain et sauf en novembre 1919, avec un petit orphelin arménien ramassé à Sultaniye, après un odyssée de trois ans et demi qui l'a mené à Deir es Zor et même au delà dans le désert de Mésopotamie entre l'Euphrate et le Khabour.
Deux cartes permettent de suivre son périple au hasard des assignations policières et des tentatives avortées de fuite en train, en carriole, à cheval, sur un âne ou à pied. Une suite rocambolesque jalonnée de nombreuses rencontres amicales (des Arméniens déportés, des Grecs, des Kurdes Yézidis, des Arabes, des Allemands, de braves Turcs), hostiles (des Tchétchènes, des Tcherkesses, des fonctionnaires unionistes) ou dangereuses (tribus pillardes de Bédouins, Shawiza, Anaza). Dans un monde en guerre, où la famine menace, où la misère
et la corruption sont les règles, l'argent permet seul de sauver sa peau. Grâce à un vaste réseau de relations, Odian réussit à trouver cet argent ou des complicités dans les situations les plus désespérées
Il n'a assisté à aucun massacre mais a observé les effets du meurtre de masse tendant à rayer de la surface du globe un peuple avec sa culture. Destruction de la société arménienne, éclatement des familles, disparition des règles morales (des mères vendent leurs enfants, des femmes se prostituent ou se résignent au mariage forcé) ou religieuses. Et si les Arméniennes de Samsoun arrivées quasi nues à Hama résistent à la conversion, lui-même se convertit à l'islam avec d'autres notables, devient Aziz Nouri, échappe à la circoncision sans pour autant échapper à la persécution. Il existe une analogie entre Yervant Odian, rescapé du Génocide des Arméniens et l'écrivain Primo Levi, rescapé du génocide juif. L'un et l'autre refusent d'être des historiens mais veulent être des témoins rapportant les faits dont ils ont eu une expérience directe. Ainsi, Primo Levi déporté à Auschwitz écrit dans « Si c'est un homme » (Paris, Julliard, Pocket, 1987, p. 294) : "Vous remarquerez par exemple que je n'ai pas cité les chiffres des massacres d'Auschwitz pas plus que je n'ai décrit le mécanisme des chambres à gaz et des fours crématoires : cela parce que ce sont des données que je ne connaissais pas quand j'étais au lager (camp) et que je n'ai possédées que par la suite, en même temps que tout le monde:'. Ces termes peuvent s'appliquer rétrospectivement à Yervant Odian.
Malgré le traumatisme psychologique dû à la guerre, à l'exil, à la disparition des familles, les déportés arméniens, hommes, femmes ou enfants abandonnés rencontrés par Odian, cherchent avant tout à survivre et non à inspirer de la compassion. Ils déploient des capacités d'adaptation et de travail et un pouvoir de créativité stupéfiants. Cela se traduit dans ce qui fait la qualité du récit de Yervant Odian : l'absence de pathos, le refus du morbide, l'exaltation de la pulsion de vie. Resté épicurien au milieu des souffrances et adepte du plaisir du ventre plein, il nous fait partager le goût de l'eau fraîche, du raki, du pain, du yaourt, du boulghour, sans compter les plaisirs virils du tabac et du tavlou (jacquet). Célibataire, "n'ayant que le souci de ma seule personne", il reconnaît dans l'épilogue, qu'il a été "l'un des déportés les plus chanceux".

(1) Ce récit a été publié dans les œuvres complètes de Y. Odian en Arménie soviétique (Erevan, 1960-1963) et en feuilleton dans Haratch (Paris février- décembre 2005).


Propos recueillis par Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 163, mai 201

Nouvelles d'Arménie Magazine : Avec le Journal de déportation, le lecteur découvre un autre Yervant Odian, non pas le satiriste et l'humoriste sans pareil dans la littérature arménienne, mais le témoin direct des déportations. Comment ces deux figures s'articulent-elles chez Odian ?
Krikor Beledian : Odian est polygraphe. Il est l'auteur de la trilogie satirique Camarade Pantchouni que tout arménophone connaît. Il a publié en feuilleton de vastes romans fort appréciés du public jusqu'à nos jours (notamment Le Curé entremetteur, Mitchort Der Baban). Et puis, il est le mémorialiste qui a publié ses souvenirs des années passées en exil entre 1894 et 1908: Douze ans hors Constantinople, Souvenirs ensanglantés, etc. et, en 1919, toujours en feuilleton, Les années maudites. Ces trois derniers ouvrages constituent pratiquement une vaste autobiographie en période de turbulences. Or, ces figures s'emboîtent comme ces statues à trois, voire quatre faces. Sans vouloir réduire les différences notables, on peut dire qu'elles branchent l'écriture directement au réel, présent ou passé. La satire prend ses distances vis à vis de la société qu'elle critique et dont elle dévoile les travers. Le roman montre un réel fictivement contemporain dans un style prétendument réaliste. Les mémoires sont des « souvenirs personnels », bien que la personne même d'Odian soit toujours en retrait, jamais envahissante. Si la forme de la distanciation est différente, la relation au réel demeure identique. Odian est l'exemple même de l'écrivain extraverti. Il a côtoyé presque tous les grands poètes arméniens du début du XXe siècle, mais n'a jamais écrit un seul vers autre qu'humoristique. Plus on plonge dans cette énorme production, plus on se rend compte qu'elle est la chronique de son temps. Avec un panache, une légèreté que la trop besogneuse critique littéraire a souvent pris pour du dandysme et du manque de sérieux, alors même qu'Odian s'en prenait, avec un humour destructeur et une perspicacité inégalée, aux idéologies des partis politiques et aux charlatans de tous bords.

NAM : Pour être satiriste, il faut d'abord être un bon observateur de la société dans laquelle on vit, qu'il s'agisse de la société ottomane en général ou en particulier de la société arménienne. Quelles étaient les analyses d'Odian sur la fin de l'Empire ottoman et sur le réveil politique des Arméniens ?
K. B. : Il connaissait profondément les rouages du système qui faisait fonctionner l'Empire ottoman. Son père a occupé des postes importants dans l'administration. Son oncle paternel, Krikor Odian, est un personnage célèbre et respecté sur la scène politique et littéraire. Yervant lui-même, comme journaliste puis écrivain célèbre, a ses entrées un peu partout, il est même élu député de l'Assemblée nationale arménienne et, à ce titre, a des sources d'information de première main. Comme nombre de personnages importants de l'époque, il voit dans la guerre des Balkans de 1912 un tournant dans l'histoire de l'Empire. Au courant de toutes les tractations qui entourent la question arménienne, apparemment il ne se fait guère d'illusions sur les capacités de l'Empire à se démocratiser. Il ne semble pas croire aux grandes réformes imposées par les Puissances occidentales dans les provinces arméniennes en 1914 et qui vont rester lettre morte. En tant qu'écrivain-journaliste qui tient à sa liberté d'expression et qui ne s'affilie à aucun courant politique, Odian semble plutôt prêcher la prudence, la plus grande retenue, pour ne pas dire plus. Cette attitude qui se manifeste dans sa satire du mouvement révolutionnaire lui vaut l'étiquette de conservateur. C'est le principal grief que lui font les Dachnaks, mais Simon Zavarian n'en respecte pas moins l'auteur du brûlot qu'était Camarade Pantchouni!

NAM : Yervant Odian avait-il une conscience, une prescience du danger de mort que couraient les Arméniens ?
K. B. : Il faut lire à la loupe les premiers chapitres de ce Journal de déportation où il revient sur l'histoire du conflit qui a déclenché la première Guerre mondiale et où il recrée le climat de terreur qui régnait dans les premiers mois de 1915 dans la capitale, à Constantinople. Il interroge des hommes comme Krikor Zohrab. La réponse de celui-ci est sans ambiguïté. Odian retient-il la leçon ? Il est au courant des « plans » allemands de déportation pour régler définitivement la question arménienne. PI semble ne pas réagir. Il laisse tout cela en suspens et n'évoque le problème qu'en déportation. On peut même penser qu'en août 1915, lorsqu'il sort soudain de sa clandestinité, s'imaginant que le plus fort de la tempête est passé (alors que l'intelligentsia déportée dans les camps d'Ayache et de Tchanghere était déjà presque décimée), il n'a pas encore mesuré la gravité de la situation! Apparemment. Je pense néanmoins qu'Odian sait parfaitement de quoi il retourne et le lecteur avisé peut lire entre les lignes ; mais en tant qu'écrivain, il préfère ne pas trop en dire. Il s'adresse à un public qui sait fort bien tout ça. Il choisit de montrer « les faits » plutôt que d'étaler ses états d'âme.

NAM : Dans son Journal de déportation, il incarne la figure du témoin. Pouvez-vous préciser les contours de cette figure, ce qu'elle a de spécifique dans l'histoire du génocide arménien ?
K B. :Vous savez, j'ai découvert l'ouvrage d'Odian sous sa forme originale de feuilleton dans le quotidien Jamanag en 2003 à Vienne, quand j'étais à la recherche de témoignages d'écrivain. J'avais mené une enquête presque policière pour trouver des témoignages d'écrivain. Ce que j'avais lu était sans substance. La presse arménienne de Bolis, dès le mois de novembre 1918, abondait de témoignages autographes, voire allographes (recueillis par une tierce personne) provenant de rescapés dont l'écriture n'était pas le métier. Le Journal de Vahram Altounian que j'avais traduit et qu'on peut lire dans Mémoires du génocide arménien en était l'exemple typique. C'est un texte écrit par un adolescent. Un récit brut, énigmatique, dont on ne comprend ni les tenants ni les aboutissants si l'on ne crée pas le cadre théorique adéquat. Odian représente la figure rarissime de l'écrivain qui fut déporté, qui survécut et rapporta son expérience. Rarissime, puisque pratiquement tous les écrivains (hormis A. Andonian et M. Chamdandjian) ont été éliminés et les clandestins comme Sirouni et Ochagan ou comme Tekeyan et Chanth qui étaient en lieux sûrs, n'ayant pas vécu les affres des déportations, ne pouvaient en témoigner comme l'a fait Odian. En 1915, Odian a 46 ans. Il a une expérience de la vie d'émigré à l'étranger, connaît le mode de fonctionnement de l'administration ottomane, parle le turc et lit l'osmanli, et il a aussi une longue carrière littéraire. Tout cela compte énormément et donne à son témoignage une portée autre que documentaire. Le lecteur jugera. Ce n'est pas une histoire des déportations, mais sa propre expérience de la terreur et du meurtre de masse. C'est cela qu'il projette d'écrire déjà sur les lieux mêmes du crime et finit par le faire à Bobs, après son retour. Il sait qu'il a eu beaucoup de chance. Il est un miraculé. C'est pourquoi il inscrit son itinéraire de déporté dans les figures de Lazare ressuscité ou d'Ulysse revenant de son exil. Odian écrit, donc pense. Il pense cette horreur innommable dans les limites de sa langue. Il affronte et met à nu les difficultés d'une telle entreprise. D'où l'intérêt que suscite son oeuvre plus de 90 ans après sa première parution.

NAM : Zabel Essayan incarne une autre figure du témoin. Quel rôle chacun de ces deux auteurs assigne-t-il au témoignage ? Et comment ouvrent-ils un champ narratif nouveau, qui n'est ni strictement littéraire ni strictement historique ?
K. B. : Je crois que, après Dans les ruines (1911), son ouvrage majeur sur les massacres de Ciicie, Essayan a pratiquement renoncé à l'écriture du témoignage autographe. Elle n'a même pas mené à sa fin le texte où elle relatait sa vie clandestine à Bolis dans les mois qui précèdent sa fuite en Bulgarie. Elle a publié cela dans Hayasdan de Sofia, sous un pseudonyme, mais ne l'a jamais repris. C'est un texte inachevé, comme est inachevé le récit autobiographique d'Andonian. En 1916-1917, à Tiflis, Essayan s'est attelée à la tâche - ô combien harassante et obsédante, on lit cela dans sa correspondance de l'époque - de recueillir des témoignages de rescapés, qu'elle transcrit avec un dévouement qui ne peut qu'étonner. Les préfaces qu'elle rédige montrent l'ampleur des problèmes qu'un écrivain doit résoudre pour pouvoir écrire l'anéantissement programmé d'un peuple. Mais, à partir de 1920, c'est le silence complet. Visiblement pour Essayan, il y a une frontière nette entre littérature et témoignage, disons entre fiction et vérité. Ce n'est pas tout à fait l'attitude d'Odian qui, après la publication de son Journal de déportation (Les Années maudites), va constamment se référer à son expérience de déporté. Le 17 espion publié dans Dernière nouvelle (Vertchin lour) aussi en feuilleton est un vaste récit des événements de 1914, écrit sous « une forme romanesque ». Odian s'en explique dans sa préface. Il s'inspire de faits avérés, met en scène des personnages qu'il a rencontrés à Bolis ou en déportation. A partir de là, il construit une intrigue pleine de rebondissements et de retournements, dignes d'un vrai roman d'espionnage. Donc des « faits » pour une fiction ! L'invention en littérature a-t- elle été autre chose ? Odian fait bouger les frontières étanches de la littérature et du témoignage, sans tomber dans les pièges ni de l'esthétisme morbide ni de la reconstruction documentaire.

NAM : Le titre original du livre d'Odian est Les années maudites. Pourquoi, à votre avis, l'auteur choisi ce titre ? D'où vient la malédiction ?
K. B. : A ma connaissance, nulle part dans le livre, Odian ne fait allusion à ce titre. C'est lui, le survivant qui maudit cette époque de sa vie. C'est à dire ceux qui en ont été la cause. Car maudire à ce niveau, c'est tenter d'expulser le mal, les perversions qu'il engendre, c'est désigner le criminel et le condamner. Cela peut sembler magique. Or, Odian nous rappelle qu'il a été jusque au lieu où Ezéchiel a parlé, dans le Kobar, au bord de l'Euphrate. Ce rappel est significatif. Maudire est certainement un acte très « primitif », très « archaïque », voire magique ; on appelle cela maintenant un « performatif » absolu, dans la mesure où la malédiction agit! C'est un acte. Cela relève de l'oraculaire, de la prophétie, de la parole que la traversée de la mort autorise et justifie. Il faut donc prendre très au sérieux cette « métaphore » de Lazare auquel il s'identifie et qui donne au récit d'Odian -pourtant agnostique sur le plan de la foi - une tonalité si particulière.

NAM : Comment, en quelques mots, feriez-vous le portrait de Yervant Odian, l'écrivain, le témoin, le critique et satiriste ?
K. B. : Un esprit libre, foncièrement bon, aimant jouir de la vie. Son vice : l'alcool qui l'a tué. Sa vertu : la littérature où il survit.

Propos recueillis par Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 163, mai 2010


Livre numéro 1393
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir La retraite sans fanfare
Titre : La retraite sans fanfare / auteur(s) : Armen LUBIN - Histoire illustrée des Arméniens à leur arrivée à Paris suite au génocide de 1915-1916
Editeur : l act mem
Année : 2009
Imprimeur/Fabricant : Chambéry (Savoie)
Description : 200 pages, 15 X 21 cm
Collection : Morari
Notes : Publié en 1929 sous le titre "Retraite sans chanson", auparavant publié en feuilleton dans le journal arménien "Haratch" à Paris
Autres auteurs : Krikor BELEDIAN [traducteur] -
Sujets : Immigrés en France -- Génocide arménien 1915-1916
ISBN : 9782355130465
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 20,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Un studio de photographie à Saint-Germain-des-Prés, dans les années vingt. Un Arménien au nom double, Pierre / Bédros, y rencontre Jeanne, la Nénette chérie, un avatar des Ninon et des Nana. Entre cette pupille de la Nation et ce rescapé d'un désastre innommé se noue une histoire d'amour aux couleurs d'une fable. L'étranger y découvre le sexe et se transforme au fur et à mesure qu'il s'intègre au “monde-lupanar” auquel il est confronté. Entre les jouissances infernales d'ici et la nostalgie de là-bas, entre une Église vide et la pornographie, l'identité se décline en termes de rupture. La survie serait-elle à ce prix ? Comme le suggère le sous-titre du récit, cette Histoire illustrée des Arméniens à Paris est une métaphore, traitée sans complaisance ni conformisme, de la vie de tous ces exilés, racontée un peu à la manière d’un film muet aux épisodes contrastés, où le sérieux de la révolte alterne avec l'humour dévastateur, la parodie avec la poésie. Chahnour invente ici le roman de la diaspora, dans lequel le conflit des langues et des identités devient une source de création.
Voici la part cachée du "Passager clandestin". Paru en 1929 et jamais traduit en français "La retraite sans fanfare" est le premier et l'unique roman de Chahan Chahnour, par ailleurs très connu sous son nom de plume, Armen Lubin, auteur de plusieurs livres en français, grand poète reconnu par ses pairs, comme le confirme sa présence, notamment, dans la célèbre collection Poésie NRF chez Gallimard.

Commentaire d’Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 153, Juin 2009

Etrange destin que celui de La retraite sans fanfare, le premier et dernier roman de Chahnour qui naît avec un parfum de scandale et devient très vite un classique. Taxé de pornographique, le roman n'évoque que des passes sans lendemain dans un atelier de photographies à Saint-Germain, un trafic de nus pour les soldats de la guerre de 14-18, un bâtard élevé à la campagne. Voilà pour le scandale au premier degré.
Beaucoup plus « choquant » est le caractère iconoclaste du roman, avec sa violente diatribe contre les institutions ou partis politiques qui, dans une folle dénégation du réel, semblent ne pas mesurer l'ampleur du désastre qui a frappé les Arméniens. Ils continuent de ronronner leur Narek, comme si le fil de la narration n'avait pas été rompu.

Appuyer où ça fait mal
Nous sommes au début des années 20. Bédros et ses amis ont quitté Bolis avant même la signature du traité de Lausanne, laissant derrière eux leurs parents. Ils battent le pavé parisien, tels des orphelins. Livrés à eux-mêmes, ils découvrent un monde qui leur était étranger. Ils vivent cette nouvelle expérience, loin des tabous répressifs de l'Orient, comme une libération, sexuelle tout d'abord, où la rencontre avec l'altérité passe par la rencontre de Françaises, caricaturées comme des femmes faciles, mais dotées d'un pouvoir d'attraction inversement proportionnel à la répulsion que leur inspirent les Arméniennes,
lesquelles ne se présentent plus à leur souvenir que « sous la forme de deux grosses jambes et d'un peu de moustache ». Chahnour force le trait, enfonce le clou là où ça fait mal pour asséner quelques vérités empiriques, difficilement contestables, comme le fait que l'Eglise arménienne se vide en diaspora. Des images fortes illustrant à loisir l'histoire des Arméniens à leur arrivée à Paris suite au génocide de 1915-1916, en rappel du sous-titre du roman. Mais pour Chahnour, la littérature ne peut s'arrêter là, elle doit annexer ce que le cliché ne peut montrer. Elle doit capter la quintessence de l'exil et d'abord sa profonde ambivalence. Facteur d'émancipation, l'exil permet l'émergence de l'individu, en le libérant des pesanteurs familiales et communautaires. Mais s'il n'était que cela, il se confondrait avec la simple migration comme source d'inspiration créatrice. Dans sa colère naïve de soupirant ou d'amant déçu par Nenette (la femme qu'il aime mais qui est avec Lescure), Bédros pense retourner à Bolis ou prendre le large en direction de contrées exotiques. Mirage ! Le seul point de fuite sera le travail en usine chez Renault.

Violence du déracinement
Progressivement, il comprend que l'exil lui permet d'être « au-dessus du passé ». Grâce à l'amour, il éprouve l'universelle condition humaine qui rend possible l'improbable rencontre entre un orphelin arménien de 1915 et une pupille de la nation française. Mais cet
accès à l'universel instaure une fêlure dan l'unité du moi. Bédros devient Pierre. Souren, le double de Chahnour ou de Bédros qui incarne l'espoir d'un renouveau litté raire, publiera en français. Lokhoum, l'ouvrier chez Renault, figure du prolétariat arménier et de la rédemption dont il est censé être porteur, se drogue et finit fou comme Komitas, faute d'avoir pu émigrer en Arménie. La violence du déracinement est telle qu'elle ne permet même pas de penser la langue arménienne comme patrie de substitution. Tout fout le camp, y compris la langue. Et donc la filiation. Bedros n'aura pas d'enfant et Hratch se fera « prendre jusqu'à ses larmes » par Suzanne, le jour de leur mariage.

Dire ce qui est
Rage contenue de la révolte devant l'inexorable, qu'il s'appelle vide, mensonge, perte ou assimilation. L'heure de la retraite a sonné depuis longtemps. Qu'importe qu'elle ait sonné à Kars ou bien avant, depuis ces temps lointains où l'on ne se remémore plus avoir été autrement que ce que l'on est aujourd'hui ! « La retraite des âmes » est partout comme si nos aïeux étaient « des eunuques ». Le remède est introuvable. Il appartient à la littérature de dire ce qui est, à la différence du discours politique ou journalistique. Sans confrontation verbale entre les deux. Chacun son rôle. Il faut bien parler de la retraite sans fanfare quand d'autres parlent de la victoire en chantant.
On ne sort pas indemne de la lecture de Chahnour. Surtout si l'on s'attend à lire un roman délicieusement désuet. Il vous terrasse. Mais il vous offre un grand moment de littérature. Avec une prose qui épouse les secousses telluriques, le rythme du charleston ou celui plus apaisant du chemin de fer. Avec l'humour comme oxygène et un souffle poétique qui soulève la chape de plomb, La retraite sans fanfare est aussi un beau roman d'initiation où l'incomparable légèreté de l'être triomphe parfois..

Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 153, Juin 2009


Interview de Krikor Beledian, traducteur d'Armen Lubin, Propos recueillis par Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 153, Juin 2009

Nouvelles d'Arménie Magazine : Quelle place occupe ce premier roman de Chahan Chahnour dans son œuvre, son époque et le panorama de la littérature arménienne contemporaine?
Krikor Beledian : Nahantche arants yerki devait former le premier volet d'un cycle romanesque dénommé « Histoire illustrée des Arméniens ». Chahnour a bien publié le second volet, « La trahison des Haralez », sous la forme d'un recueil de nouvelles, dont certaines ont été traduites par Krikor Chahinian. Le reste n'a jamais vu le jour. Dès sa parution en feuilleton dans Haratch en 1929, il a soulevé une tempête de protestations. Certains n'y ont vu que pornographie. D'autres ont été scandalisés par les anathèmes contre Grégoire de Narek, symbole de tous les maux qui se sont abattus sur les Arméniens. En vrai iconoclaste Chahnour s'en prend aux mythes qui n'ont pas sauvé «la nation». A ce titre le roman restera sans descendance. Dans l'édition de Yérevan en 1980, le texte est amputé de plusieurs passages jugés inadmissibles chez les Soviets.
NAM : On dit que La retraite inaugure le roman diasporique. Pourtant l'exil, au coeur du livre, est un thème classique de la littérature arménienne depuis le XI' siècle. Comment Chahnour renouvelle-t-il cette problématique ? Comment conçoit-il le rapport entre littérature et histoire ?
K. B. : Le surtitre inscrit l'ouvrage dans le registre de «l'histoire» mais très loin du genre « roman historique ». La retraite sans fanfare traite de l'actualité, de problèmes de survie, de « conservation de l'arménité », d'existence à l'étranger. A l'inverse de ce que faisaient les « aînés », pour qui il fallait restituer les splendeurs du pays, en sauver l'image détruite, Chahnour et toute sa génération avaient pratiquement gommé d'un trait le passé. Le lecteur ne peut qu'être étonné de voir combien ce passé, le Bolis de Bédros-Pierre, occupe peu de place dans le roman. Et pourtant La Retraite parle d'un présent à peine plus gérable que ce passé intolérable. Certes, le thème de l'exil s'inscrit dans une tradition séculaire. Or, l'exil du XXème siècle est sans retour possible, il est vécu comme un déracinement irréversible venant après une expérience historique qui n'a pas son pareil dans l'histoire des Arméniens, je veux dire le génocide de 1915. Le roman témoigne de cet exil post-catastrophique vécu par Chahnour comme un mal inguérissable pour lequel les Dieux guérisseurs (les Haralêz du paganisme) ne peuvent plus rien. Chahnour sonne l'alarme. Il dit une fin. S'il y a rupture, elle réside dans cette forme singulière que Chahnour donne à une expérience collective nouvelle.
NAM : Quel est le statut de l'introduction époustouflante du roman structuré en 3 parties.
K. B. : C'est une page d'une écriture qui n'a pas son pareil dans toute l'histoire de la littérature arménienne. Dès l'incipit le lecteur est interpellé, pour ne pas dire agressé, il est lancé dans l'atmosphère sensuelle d'un studio de photographie dans le Paris des années 20. Le récit est écrit du point de vue de Bédros-Pierre, qui en vrai « bolsétsi » fait alterner le comique et le tragique. De nombreuses scènes rappellent l'écriture cinématographique de l'époque. Ce ton provocateur disparaît dans la troisième partie où le style est plus négligé. Chahnour était tout à fait conscient des défauts structurels du livre, mais s'est bien gardé d'intervenir. C'était, disait-il, une œuvre de jeunesse. Et jeune, elle est restée.
NAM : La traduction de ce roman s'est faite sous votre direction. Quel bilan faites-vous de cette expérience ?
K. B. : J'avais commencé la traduction dans le cadre d'un enseignement sur la traduction littéraire. Plusieurs groupes se sont succédé. Les étudiants qui sont restés après l'achèvement de leur cursus ont constitué le noyau dur. On a repris la traduction plusieurs fois (lectures à haute voix haute, discussions), car le texte de Chahnour présentait des difficultés inhabituelles: l'emploi de plusieurs registres de la langue, qui va du parler arménien de Bolis jusqu'au krapar. J'ai dirigé le travail, exigé le respect de certaines règles, suggéré des solutions, je n'ai jamais imposé mon point de vue. Tout ça dans la bonne humeur.
NAM : Vous quittez Beyrouth pour Paris en 1967. Comme Chahnour, vous faîtes le choix d'écrire en arménien en pleine capitale française. L'exil comme posture d'écriture. Où s'arrête la comparaison ou la filiation ?
K. B. : La ressemblance est de surface. La génération de Chahnour vit et pense l'existence à l'étranger comme un désastre. L'étranger la fascine et l'interroge. Ce n'est pas mon cas. Je ne vis pas « l'exil » comme une expérience aliénante, « l'exil est débris » dit Armen Lubin. Pour moi l'exil est ravissement. Certes, c'est une expérience singulière, à chacun son exil. Or, l'écrivain en moi ne s'oppose pas au monde environnant, il s'en nourrit. Ma culture, mon écriture sont doubles, bifides, arménienne, française. Je ne suis pas un « écrivain arménien pur », mais plutôt disons « métissé » et ne crois guère à quelque chose comme une « âme ». Ma pratique de la langue doit certainement beaucoup au français, à cette langue sous la langue, à cette Autre langue mienne, si je puis dire, qui me permet de mieux habiter l'arménien. En tant qu'écrivain j'hérite d'une tradition, mais hériter, c'est s'approprier, inventer. L'œuvre de Chahnour comme toutes les œuvres nées en France constituent une espèce « d'avant-garde » dont j'essaie de témoigner, de tracer les limites en pensant mon travail dans une certaine continuité.

Propos recueillis par Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 153, Juin 2009




Livre numéro 1392
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Mémoires du génocide arménien : héritage traumatique et travail analytique
Titre : Mémoires du génocide arménien : héritage traumatique et travail analytique / auteur(s) : Janine ALTOUNIAN - Vahram et Janine Altounian ; avec la contribution de Krikor Beledian, Jean-François Chiantaretto, Manuela Fraire... [et al.]
Editeur : PUF (Presses Universitaires de France)
Année : 2009
Imprimeur/Fabricant : 41-Vendôme : MD impr
Description : 1 vol. (238 p. dont 48 p. de pl.) : ill. en noir et en coul., cartes, fac-sim. ; 15 x 22,7 cm
Collection :
Notes : Contient le "Journal de Vahram" / V. Altounian suivi d'études critiques à propos de ce texte par divers contributeurs
Autres auteurs : Krikor BELEDIAN [contribution] -
Sujets : Témoignage historique -- Génocide arménien (1915-1916 ) -- Aspect psychologique
ISBN : 9782130573272
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 32,00 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Cet ouvrage de mémoire sur le génocide arménien rend publiques des lettres des parents de la psychanalyste Janine Altounian. Ces lettres s'accompagnent d'analyses et de commentaires sur la transmission d'un tel héritage, sa signification, la constitution du témoignage et ses conséquences traumatiques sur les générations suivantes. Les contributeurs, à partir de différentes situations, expliquent la violence de cette transmission, la transgression très forte que représente, pour les survivants et pour les descendants, la parole : ""l'expérience hors bornes des rescapés se terre souvent dans le secret, le mutisme ou, chez certains, le ressassement inlassable et dérisoire d'un répertoire obsédant [...] dans une langue déracinée [...] stérile par un empêchement à générer désormais toute culture vivante [...] innommable, ne relevant pas du champ de la communication."" Cet ouvrage à plusieurs mains représente une mémoire, une écriture lue et entendue par tous les contributeurs de ce recueil comme une trace ""en attente de son avènement"".

Il se propose de montrer comment, à partir d’un écrit indéchiffrable pour tout lecteur néophyte, une expérience traumatique débutant à Boursa, petite ville d’Asie mineure, un « mercredi 10 août 1915 », passe par l’épreuve de sa traduction, celle de sa réception et de son élaboration subjective par un héritier pour se transmettre et aboutir, quasi un siècle plus tard, à la présente publication.

Table des matières I. — Journal de Vahram
Lettres de M. et H. Altounian du 29 juin et 30 juillet 1919

II. — Cartes
Trajet de déportation de Vahram Altounian
Axes de déportation des populations arméniennes et camps de concentration en 1915-1916
Version originale du manuscrit en fac simile
Le Proche-Orient et les régions de peuplement arménien en 1914

III. — Traduire un témoignage écrit dans la langue des autres par Krikor Beledian
Le texte et son auteur
Un texte oral
Le défi à la preuve

IV. — Parcours d'un écrit de survivant jusqu'à son inscription psychique, ou Temporalité d'élaboration d'un héritage traumatique par Janine Altounian
Histoire d'un manuscrit paternel sans assignataire
Temporalité de la vie psychique et de l'écriture dans l'élaboration d'une transmission traumatique
Temps de la douleur laissée par la disparition des derniers survivants
Temps du réveil dû aux événements politico-culturels du monde
Conclusion

V. — Quand vivre est tout le sacré par Régine Waintrater
Témoignage ou testament ?
À écriture sous conditions, lecture sous conditions
Le premier temps d'un témoignage
Le premier cercle
Rhétorique et temporalité traumatiques
Condamné à investir
En guise de conclusion

VI. — Naissance d'un témoignage, témoignage d'une naissance par Jean-François Chiantaretto
Naissance d'un texte, naissance par le texte
Maladresse, traduction mauvaise, mauvaise traduction
L'Œuvre d'un décentrement
Seule en présence de ou l'écriture comme interlocution interne
La tache aveugle

VII. — L'oubli de la mère par Manuela Fraire
Les souvenirs servent d'écran
Le privé est politique
Corps présent et âme absente
Pacte qui nie, pacte qui lie
Une épine au cœur de la langue maternelle
Mémoire et commémoration

VIII. — Mais là où il y a péril… par Yolanda Gampel

IX. — Le travail de l'intersubjectivité et la polyphonie du récit dans l'élaboration de l'expérience traumatique par René Kaës
Apports de la clinique du psychodrame psychanalytique de groupe
Le travail de la remembrance polyphonique dans l'écriture de Janine Altounian
Les conditions interdiscursives des liens de génération
Le travail de l'intersubjectivité, le préconscient et l'élaboration du trauma


A propos des auteurs
Ont contribué à la présente publication :
– Krikor Beledian, écrivain de langue arménienne, maître de conférences à l’INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales)
– Jean-François Chiantaretto, psychanalyste, professeur de psychopathologie (Université de Paris XIII, UTRPP)
– Manuela Fraire, psychanalyste, membre titulaire de la SPI (Société Italienne de Psychanalyse) et de l’IPA
– Yolanda Gampel, psychanalyste, membre titulaire de la SIP (Société Israélienne de Psychanalyse), représentant pour l’Europe au Conseil de l’IPA, professeur à l’Université de Tel-Aviv
– René Kaës, psychanalyste, professeur émérite de l’Université Louis-Lumière Lyon 2
– Régine Waintrater, psychanalyste, thérapeute familiale, maître de conférences à l'Université Paris 7 - Diderot.


Autre commentaire

Plus que tout autre peut-être, ce livre a une histoire indissociable de sa présentation. Car il n'est pas vraiment un inédit. Son coeur, le Journal de Vahram, « Tout ce que j'ai enduré de 1915 à 1919 », fut publié sous forme d'article dans Les Temps modernes, à la faveur d'un événement intempestif, la prise du Consulat de Turquie par un commando de l'ASALA en septembre 1981. « Sans ce scandale dans la vie publique du pays qui avait accueilli ce père rescapé, je n'aurais certes pas rencontré un accueil éditorial aux Temps modernes pour cette première publication de février 1982 mais, surtout, sans ce paravent protecteur, il m'aurait été impossible d'assumer la honte d'accomplir, en mon propre nom, cette démarche ». Ces quelques lignes de Janine Altounian en disent long sur l'époque et sur l'audace qu'elle eut alors - et dont elle s'étonne encore - de porter le manuscrit de son père sur la place publique. Pourtant, la traductrice de Freud s'était depuis quelque temps préparée à un tel acte. En 1978, bien après la mort de son père, elle avait demandé à Krikor Beledian une première traduction du texte dont elle a toujours connu l'existence reléguée dans un placard, sans sentir pour autant peser sur elle l'urgence de répondre à la question du sort à lui réserver. Quand vint l'urgence, il fallut encore trouver un titre (Terrorisme d'un génocide) à un récit qui n'est pas le sien mais qu'elle sauve et qui devient la matrice de son oeuvre !Trois divans plus tard, l'écriture n'a rien perdu de sa force et J. Altounian qui a constamment cherché à briser l'autisme qui caractérisait intra muros le ressassement de 1915 et l'impuissance à accéder à l'universel, reçoit aujourd'hui l'hommage de ses pairs en psychanalyse qui, à sa demande, ont lu et commenté le Journal de Vahram, traduit et présenté par Krikor Beledian, et lentement apprivoisé par elle.

Régine Waintrater
Régine Waintrater lit avec « avidité » ce témoignage en pensant sans cesse à celui que son père, survivant de la Shoah, n'a pas écrit. Jean-François Chiantaretto analyse la figure médiatrice du traducteur sur laquelle rebondit J. Altounian se faisant à son tour la médiatrice entre le Journal et les lecteurs européens qu'elle sollicite. Manuela Fraire se demande pourquoi le père a dans l'écriture de Janine Altounian effacé la figure de sa grand-mère. Que signifie l'oubli de cette femme courageuse ou l'oubli de son nom ? Elle qui demanda en vain aux soldats turcs d'épargner son mari malade, elle qui refusa de se remettre en route
avant de lui avoir offert une sépulture, elle qui donna ensuite son fils de 14 ans aux Arabes pour le sauver de la mort, lui qui s'échappa pour la retrouver. Yolanda Gampel rend hommage au souffle benjaminien qui parcourt l'écriture de J. Altounian, capable de restituer la fulgurance d'un souvenir « tel qu'il brille à l'instant du péril ». René Kas souligne magistralement « l'écrasement des liens de génération et des rapports de filiation dans les catastrophes traumatiques collectives », et la faillite de l'ordre symbolique qui en résulte entre les générations.

Mémoire de ma mémoire
Tous ces commentaires sont rendus possibles par Krikor Beledian, la clef de voûte sur laquelle repose tout l'édifice... Il est celui qui permet le basculement du texte dans la langue des autres, le passeur qui opère le passage de l'illisible au lisible en traduisant en français, non pas de l'arménien, mais du turc transcrit en lettres arméniennes, comme cela se faisait à Boursa notamment d'où est originaire Vahram. Enfin si le Journal de Vahram est bien le prétexte à oeuvre de Janine, on comprend qu'il est ce maillon fragile dans la longue chaîne du récit de la Catastrophe. Cela explique sans doute que Janine Altounian fasse le meilleur commentaire de Mémoire de ma mémoire de Gérard Chaliand, autre représentant de la deuxième génération, inventeur de l'expression « terrorisme publicitaire » pour caractériser les années de plomb arméniennes. Voilà en tout cas un livre qui, par delà le témoignage capital qu'il constitue aussi sur cette génération, suscite une réflexion stimulante et appelle à un dialogue intergénérationnel.

Isabelle Kortian, Nouvelles d’Arménie Magazine, numéro 158, décembre 2009


Livre numéro 88
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Cinquante ans de littérature arménienne en France, Du même à l'autre
Titre : Cinquante ans de littérature arménienne en France, Du même à l'autre / auteur(s) : Krikor BELEDIAN -
Editeur : CNRS Éditions
Année : 2001
Imprimeur/Fabricant :
Description : 15,5 x 24 - 512 p - 16 pages H.-T. noires
Collection :
Notes :
Autres auteurs :
Sujets : Armenie -- Litterature armenienne -- Anthologies
ISBN : 9782271059291
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 35 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

Dédicace de l'auteur (France-Info)

L'exil, un lieu idéal de création ? Telle est la conclusion à laquelle m'a conduit l'enquête que j'ai menée sur les oeuvres de romanciers, poètes et essayistes arméniens qui ont vécu en France entre 1922 et 1972. Ces survivants du génocide de 1915 me semblaient négligés voire méconnus. Ils avaient affronté les conditions difficiles de l'exil et tenté non seulement de perpétuer leur culture et leur langue menacées de mort mais encore de trouver des formes nouvelles d'écriture capables d'exprimer cette situation. La littérature, pour eux, était devenue une "patrie spirituelle". A l'origine, je voulais faire de ce livre un questionnement sur la vie à l'étranger, sur l'assimilation et l'intégration, sur le bilinguisme et sur les conditions de possibilité d'une littérature après une catastrophe. Le projet a progressivement évolué pour devenir une histoire littéraire et une histoire des mentalités. J'ai passé des années à lire la presse, à consulter les archives privées, à accumuler documents et photographies, à interroger des témoins, ces écrivains mêmes que l'on pouvait encore rencontrer dans les cafés du Cadet ou de Saint-Germain-des Prés des années soixante. Tel un puzzle il a fallu reconstituer le monde littéraire oublié d'une communauté dont l'intelligentsia, souvent bilingue, s'est nourrie de culture française, sans en faire l'objet d'un culte excessif et sans renier ses racines. Peu nombreux sont ceux qui connaissent les oeuvres arméniennes d'Armen Lubin, de Victor Gardon, de Missak Manouchian et plus rares encore ceux qui ont accès aux grands poèmes de Nigoghos Sarafian ou aux romans de Zareh Vorpouni. En tout cas, il me semble que là où le choc avec le monde étranger a été le plus violent, l'effort créateur a été aussi le plus fécond. C'est une telle expérience existentielle que le lecteur est appelé à partager. (Krikor Beledian, écrivain de langue arménienne et Maître de conférence à l'INALCO)


A travers l'étude de la presse et des œuvres littéraires de la diaspora arménienne en France, l'auteur examine les problèmes que soulève une littérature d'exil après une catastrophe comme celle de 1915. Les ouvrages publiés à Paris constituent souvent des chefs-d'œuvre de la littérature arménienne du XXe siècle, une littérature de rescapés entre crise d'identité et intégration. Cet ouvrage apporte, au-delà, par l'analyse d'une littérature de diaspora, des éléments de réflexion sur le multiculturalisme. Il comprend l'étude de plus de cinquante poètes et romanciers dont le lecteur trouvera les notices biographiques à la fin du volume.

Avant-propos
Introduction
Première partie
Les années de formation (1922-1928)
Chapitre I : Éléments pour l'histoire littéraire
Chapitre II : La poésie et la femme de Loth
Chapitre III : La prose entre deux eaux

Deuxième partie
L'explosion créatrice (1929-1934)
Chapitre I : Lieux pour une littérature nouvelle
Chapitre II : Une tentative de communauté littéraire : La revue "Menk"
Chapitre III : Le roman et l'inscription de l'histoire
Chapitre IV : Les audaces du "Nouveau Roman"
Chapitre V : Entre la réalité et le mythe
Chapitre VI : Sur les traces de la catastrophe

Troisième partie
Vers l'éparpillement (1935-1940)
Chapitre I : Les forces éparses
Chapitre II : La prose narrative : la boucle
Chapitre III : Le temps de la poésie

Quatrième partie
Le reflux (1940-1951)
Chapitre I : L'Occupation, la Libération
Chapitre II : Une crise d'identité
Chapitre III : La fascination du théâtre

Cinquième partie
La reprise (1952-1972)
Chapitre I : Le temps de l'ouverture
Chapitre II : La métamorphose de la prose
Chapitre III : Le phénix poétique


Livre numéro 309
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Le Livre de prières
 
Titre : Le Livre de prières / auteur(s) : GREGOIRE DE NAREK - introduction, traduction et notes par Isaac Kéchichian, préf. de Jean Mécérian ; postface de Krikor Bélédian
Editeur : Editions du Cerf
Année : 2000
Imprimeur/Fabricant : 53-Mayenne : Impr. Floch
Description : 566 p. : carte, jaquette ill. en coul. ; 20 cm x 13 cm
Collection : Sources chrétiennes, ISSN 0750-1978 ; 78
Notes : Bibliogr. p. 49-52 et 54-55. Index
Autres auteurs : Krikor BELEDIAN [postfacier] - Jean MECERIAN (Père) SJ [préfacier] -
Sujets : Philosophie, religion
ISBN : 2040664511
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Prix : 160,00 FRF

Commentaire :

Quand il compose son Livre, Grégoire de Narek sait fort bien qu'il innove, car la tradition littéraire arménienne ne lui fournit aucun modèle. Les lamentations bibliques et les rituels des pleureuses sont des analogons. Grégoire invente un genre — une espèce de thrène sur une âme en détresse extrême — et un type de livre — une chaîne de prières. Colloque avec Dieu, les discours du Veilleur se meuvent dans un espace de parole où le Moi de l'homme « à la triste beauté » et le silence éloquent de Dieu se croisent, se conjuguent et se répondent. Us feront école et seront imités tout au long de la littérature arménienne.

Livre numéro 713
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Parler des camps, Penser les génocides
Titre : Parler des camps, Penser les génocides / auteur(s) :Ouvrage collectif, textes recueillis par Catherine Coquio
Editeur : Albin Michel
Année : 1999
Imprimeur/Fabricant :
Description : 688 pages
Collection : BAM IDEES
Notes : pp. 184-221, article de Raymond Kevorkian
Autres auteurs : Janine ALTOUNIAN [contribution] - Krikor BELEDIAN [contribution] - Catherine COQUIO [directeur] - Raymond Haroutiun KEVORKIAN [contribution] - Hélène PIRALIAN [contribution] -
Sujets :
ISBN : 9782226110930
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 24,40 euros
Achat possible sur : Amazon

Commentaire :

LA DEDICACE DE L'EDITRICE DE L'OUVRAGE

Genre : Ce livre est un recueil collectif consacré aux "crimes contre l'humanité", à la violence génocidaire hier et aujourd'hui et à ses effets sur la vie politique, le langage, la culture, la pensée. 33 chercheurs de diverses disciplines y ont collaboré (droit, histoire, littérature, philologie, philosophie, anthropologie des discours et des représentations, psychanalyse). Note sur la responsable du volume : Catherine Coquio est Maître de Conférences en littérature comparée à Paris IV-Sorbonne. Elle anime depuis 1995 un séminaire dans le cadre de l'Association Internationale de Recherches sur les Crimes contre l'humanité et les Génocides. Nom des auteurs : Janine Altounian, Omer Bartov, Krikor Beledian, Georges Bensoussan, Daniel Binswanger, Jean Bollack, Alain Brossat, Monique Chemillier, Catherine Coquio, Claudine Kahan, Judith Kauffmann, R. Kévorkian, Judith Klein, Muhamedin Kullashi, Charles de Lespinay, Philippe Mesnard, Claude Mouchard, Denise Mendez, Georges Molinié, Véronique Nahoum-Grappe, Hélène Piralian, Myriam Revault d'Allonnes, Sadek Sellam, Marek Sliwinski, Yves Ternon, Etienne Thévenin, Tzvetan Todorov, Enzo Traverso, François Turner, Irving Wohlfarth, Laurence Woisard. Sujet : Le livre tente de frayer, à travers le retour accéléré des pires violences politiques, et le ressassement polémique sur ces questions, un espace de parole et de pensée possible. La phénoménologie des violences y conduit à une interrogation sur l'humain. Parler et penser ici, ce serait réfléchir le langage détruit par la déshumanisation, l'altération de nos pratiques discursives, et en contrepoint la valeur possible du témoignage.

Plan et résumé de l'ouvrage :
- Avant-propos d'I. Wohlfarth et C. Coquio. Place le livre sous le "regard" de l' "Angelus novus" de W. Benjamin, et de "L'Ange au sourire" d'Antelme.
- "Du Malentendu". Synthèse introductive de C. Coquio. Bilan des problématiques en fonction des avancées historiographiques, des débats théoriques et de l'actualité politique ; critique du ressassement polémique, dont la violence est mise en relation avec celle du déni génocidaire ; réflexion sur l'effet des conflits ou cloisonnements disciplinaires et communautaires, et sur la possibilité de les dépasser.
- Un entretien inédit d'Imre Kertész (écrivain juif hongrois rescapé d'Auchwitz).
I. Camps et génocides. Hier et aujourd'hui.
1) L'événement passé au présent (mise au point et bilans lexicaux et méthodologiques. Réflexions critiques sur le rapport politique/éthique, mémoire / recherche / engagement.
2) Concentration et extermination : la déportation génocidaire des Arméniens ; la famine planifiée en Ukraine ; le Cambodge mué en camp de concentration et l'élimination massive de populations ciblées ; "l'épuration ethnique" en ex-Yougoslavie et le génocide bosniaque.
3) L'Occident et ses doubles. Les traditions racistes de l'Occident chrétien et des Lumières ; le génocide rwandais ; les massacres algériens ; la question du colonialisme criminel.

II. Humain, inhumain.
1). Limites de la culture, discours de la limite. La question de l'indicible considérée sur le plan linguistique, littéraire, esthétique, cinématographique. Culture et barbarie, autocritique de l'art. Le statut de la littérature de témoignage confrontée avec la modernité littéraire. La littérature de langue arménienne et certains écrivains-témoins de la Shoah : P. Rawicz, P. Celan, I. Kertész.
2) L'homme témoin de l'inhumain. Les conditions et les formes du témoignage, la recréation d'une subjectivité et d'une communication à partir d'une langue et d'une communauté détruites. La négativité radicale de l'expérience des camps (Chalamov) ; la notion d'espèce humaine ( Antelme), la zone grise et la place de l'enfance (P. Lévi).

Annexe : chronologie détaillée de l'évolution du droit international en matière de crimes contre I'humanité, alternant avec une chronologie succincte des événements. Objectifs : - tenter une pensée transversale consciente des limites du "comparatisme" comme des débats focalisés sur l'unicité de la Shoah ; faire émerger des événements moins connus ; dépasser la comparaison des régimes totalitaires pour saisir la spécificité et l'actualité du crime génocidaire, son articulation avec le phénomène concentrationnaire. - faire entrer en relation l'approche "externe" et l'approche "interne" de tels événements, les recherches historiographiques et théoriques et les témoignages. Tout en respectant les singularités de chaque événement et la spécialisation des approches, dépasser les exclusives entre mémoire, politique, droit et histoire, approches "objectives" et "subjectives". - Tenter une compréhension critique du témoignage littéraire. Y montrer à l'oeuvre une critique de la culture et de l'art comme "documents de barbarie" (W.Benjamin). L'existence d'une poésie autocritique et créatrice, responsable par sa forme, réplique au verdict d'Adorno sur la poésie impossible après Auschwitz, ainsi qu'au motif de l'indicible. Par ce décentrement historiographique et culturel, on s'interroge sur ce que serait un "'héritage" humain de ces expériences d'inhumanité. Le propos sur l'inhumain s'en tient à la lecture serrée des témoignages, afin d'éviter tout universalisme abstrait, et de reconnaître la dimension linguistique au coeur du phénomène humain.

Note sur la contribution finale de C. Coquio : hormis la synthèse en introduction, elle livre sous le titre "'Parler des camps, parler au camp. Hurbinek à Babel", une réflexion sur la lecture du témoignage et le statut du langage au sein de la "zone grise", l'espace de la perte des repères éthiques au camp. L'allégorie, chez P. Lévi, de l'enfant muet Hurbinek qui tenta en vain de parler au coeur de Babel, et le phénomène du jeu des enfants à Auschwitz, commenté par Eisen, sont pris comme deux modèles d'humanité résiduelle qui échappent en partie, l'un par le relais d'un écrivain témoin, l'autre par une forme inédite d'innocence active, à l'emprise du mythe destructeur d'humanité.


Table des matières

- Questions en préambule.
- Catherine COQUIO. A propos d'un nihilisme contemporain. Négation, déni, témoignage.

1. ARGUMENTS.
I. Négation et témoignage

Frédéric WORMS. La négation comme violation du témoignage.
Marc NICHANIAN. De l'archive. La honte
Michel DEGUY. De l'incroyable.
Nicole LORAUX "Le brouillé dissimule un rêve".
(Texte précédé d'un avertissement de Patrice Loraux).

II. Négationnismes, révisionnismes

Enzo TRAVERSO. Révision et révisionnisme
Nadine FRESCO. Des illuminés imperméables : généalogie du négationnisme.
Albert HERSKOWICZ. L'antisémitisme aujourd'hui : au-delà de la négation.
Yves TERNON. Historien. Le spectre du négationnisme : analyse du processus de négation des génocides du XXe siècle.
Sévane GARIBIAN. La Loi Gayssot, ou le droit désaccordé.

III. Formes et fonctions sociales du déni

Pierre PACHET. Indifférence, fabulation et négation : les franges de la parole publique.
Véronique NAHOUM-GRAPPE. Anthropologie du regard oblique : le piège des diffractions.
Janine ALTOUNIAN. Emprise et démantèlement du déni. L'importance des délimitations dehors/dedans.
Bernard LEMPERT Le vote et le crime.
Luiza TOSCANE. Le statut de la victime dans les ONG : une expérience tunisienne

2. EVENEMENTS
IV. Turquie-Arménie-Kurdistan

Krikor BELEDIAN. Le retour de la Catastrophe (sur la littérature arménienne en 1918-1922).
Martine HOVANESSIAN. Anthropologie du témoignage et de l'histoire orale : traversée des lieux de l'exil et désappartenance.
Hélène PIRALIAN. Rupture de généalogie et identité perdue : du lien bourreau-victime
Mustapha OVAYOLU. Kurdistan : avis de recherches.

V. Génocides et camps nazis.

- Les camps et la Shoah.
Federica SOSSI. Témoigner de l'invisible.
Georges PETIT. La fin du camp de Langenstein, entre histoire et mémoire.
Aurélia KALISKY. Refus de témoigner, ou chronique d'une métamorphose : du témoin à l'écrivain
(Imre Kertész, Ruth Klüger)
- Le génocide des tsiganes.
Henriette ASSEO. Le statut ambigu du génocide des tsiganes dans l'histoire et la mémoire.
Marie-Christine HUBERT et Jean-Luc POUEYTO. Génocide et internement : histoire Gadjé et mémoires tsiganes.

VI. Aux marges de l'URSS

Jean-Louis PANNE. La négation de la famine en Ukraine (1932-1933).
Frosa PEJOSKA. L'écriture comme cénotaphe. A propos de Danilo Kis.

VII. Amérique du sud : la disparition.

Pilar CALVEIRO. La mémoire comme virus. Camps de concentration et disparitions des personnes en Argentine
Jean-Louis DEOTTE. Les paradoxes de l'événement d'une disparition.

VIII. Extrême-Orient.

- Japon
Claude MOUCHARD. Le poème et l'advenu : écriture, liens, réels chez Takarabe Toriko
Mehdi CANITROT. L'écriture d'Hiroshima : un exemple de déni culturel.
- Cambodge
Richard RECHTMAN. Produire du témoignage : à propos du film de Rithy Panh, S.21. la machine de mort Khmer rouge.

IX. Israël-Palestine.

Saleh ABDEL JAWAD. Les témoignages palestiniens entre historiographie israélienne et historiographie arabe : le cas de 1948.
Franklin NARODETZKI. Le traitement de la réalité : de la Bosnie à la Palestine.

X. L'"épuration ethnique" en ex-Yougoslavie.

Catherine COQUIO. Violence et déni dans la littérature : l'ultranationalisme serbe.
Sineva KATUNARIC. Dans les abris et sous les décombres : aperçu sur une littérature croate.

XI. Le génocide des Tutsi du Rwanda.

Louis BAGILISHYA. Discours de la négation, dénis et politiques.
Jean-Pierre KAREGEYE. Rwanda. Le corps témoin et ses signes.
Speciosa MUKAYIRANGA. Sentiments de rescapés.

XII. Afrique-Antilles : après l'esclavage et la colonisation.

Yolande GOVINDAMA. Déni de l'esclavage et sa fonction dans le lien social et la dynamique psychique (Antilles-Réunion).
Mongo BETI. Repentance (De la France et du Cameroun).
Nils ANDERSSON. Le témoignage dans le travail d'histoire : l'exemple algérien.
Fatiha TALAHITE. L'histoire jugera... ou le procès déplacé.
François-Xavier VERSHAVE. Criminalité économique et crimes contre l'humanité en Afrique : une synergie occultée.


Livre numéro 87
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Les Arméniens
Titre : Les Arméniens / auteur(s) : Krikor BELEDIAN -
Editeur : Brepols
Année : 1994
Imprimeur/Fabricant : Impr. en Belgique
Description : 233 p.-[16] p. de pl. en coul. cartes 20 cm
Collection : Fils d'Abraham
Notes : Contient une anthologie de la litterature religieuse armenienne Bibliogr. p. 201-219
Autres auteurs :
Sujets : Armenie -- Histoire religieuse * Eglise armenienne -- Doctrines * Litterature religieuse armenienne -- Anthologies
ISBN : 9782503503936
Bibliothèques : Consultable à la Bibliothèque de la Cathédrale apostolique arménienne, Paris
Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix : 22,71 euros
Achat possible sur : Amazon

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Table des matières

INTRODUCTION, page 7
HISTOIRE, page 9
La question de l'origine, 9. La christianisation, 11. La domination arabe, 14. La période des royaumes, 16. L'occupation seldjoukide, 17. Le royaume de Cilicie, 18. La domination ottomane, 19. Vers la modernité, 21. Le génocide et la première république, 24. L'Arménie soviétique, 25. L'indépendance retrouvée, 26 La Diaspora, 27.
DOCTRINE, page 29
L'Écriture sainte, 29. La tradition de l'Église, 31. La synthèse doctrinale de Nersês le Gracieux, 33.
ANTHOLOGIE, page 41
Fragments épiques, 41. La littérature de traduction, 42. Grégoire l'illuminateur, 44. Sahak I Partev, 46. Machtots , 48. Koriwn, 49. La chronique d'Aghatange, 50. Pseudo-Faustus de Byzance, 52. Eznik de Koghb, 53. Jean Mandakouni, 54. Elisé Vardapet, 55. Moise de Khorène, 57. Questionnaires, 58. Verthanês K'erthogh, 59. Komitas I, 60. Jean Mayragometsi, 62. Jean d'Odzoun, 62. Grigoris Archarouni, 64. Sahakdoukht de Siwnik', 65. Zacharie de Dzag, 66 Thomas Artzrouni, 68. Khosrov Andzevatsi, 70. Anania de Narek, 71. Grégoire de Narek, 73. Gagik II, 76. Nersês le Gracieux, 78. Contre les Hérésies, 80. Nersês de Lambron, 82 Les Hymnes, 85. Vardan d'Aygek, 88. Frik, 89. Constantin d'Erzenka, 91. Le synaxaire, 92. Littérature orale et populaire, 94. L'épopée arménienne, 95. La laïcisation de la culture, 97. Daniel Varoujan, 99. Grigoris Balakian, 100. Vazkên I Paltchian, 101. Karékin II Sarkissian, 103.
ART SACRÉ, page 105
L'héritage préchrétien, 105 Architecture religieuse, 106. Sculpture, 111. Khatchkars, 113. Peinture, 115. Manuscrits et enluminure, 116. Arts mineurs, 118. Musique liturgique, 122
VIE SPIRITUELLE, page 125
Origines de la liturgie, 125. Espace et décor de la liturgie, 126. Les livres liturgiques, 129. La divine liturgie, 130. Les sacrements, 133. Le calendrier liturgique, 138. L'année liturgique, 140. La vie monastique, 147 Piété personnelle et populaire, 149.
PROFIL SOCIOLOGIQUE , page 155
L'identité arménienne, 155 Rythmes de la vie arménienne, 156. Le renouveau spirituel, 163. La vie culturelle en Arménie, 164. Une diaspora intégrée, 165 Statistiques, 171.
ORGANISATION , page 173
L'Église apostolique arménienne, 173. Problèmes actuels de l'Église, 190. L'Eglise arménienne catholique, 191. L'Église arménienne évangélique, 194. Les relations œcuméniques, 195 Les études arméniennes, 197.
BIBLIOGRAPHIE , page 201
Sigles utilisés, 201. Bibliographie courante, 201. Histoire, 202. Histoire de l'Église, 203. Doctrine, 205. Anthologie, 205 Art sacré, 210. Vie spirituelle, 214. Profil sociologique, 216. Organisation, 217 Bibliologie, 218.
ANNEXES, page 221
Conciles nationaux de l'Église arménienne, 221. Repères chronologiques, 222. Translittération des caractères arméniens, 223. Évolution de la langue et de la graphie, 225 Cartes géographiques, 226. Liste des cartes et tableaux, 232 Liste des illustrations, 232 Crédit photographique, 233.
TABLE DES MATIÈRES, page 235


Commentaire de Jean-Pierre Mahé
Article paru dans Les Nouvelles d'Arménie Magazine

Bien que l'Arménie soit depuis quelques années sous les feux de l'actualité, il manque souvent des repères pour saisir la richesse de cette nation sans cesse menacée d'extinction par les puissances environnantes, attachée à son Eglise, à sa langue et à son identité chrétienne. Krikor Beledian, à travers son dernier ouvrage, nous rappelle l'histoire conflictuelle de ce peuple et nous invite à la découverte de tout son patrimoine culturel.

Séduisant projet que de réunir, dans les différents volumes d'une collection "Fils d' Abraham", non seulement les descendants d'Isaac et d'Ismaël, mais toute la postérité spirituelle du Père de la Foi, en un mot l'ensemble des communautés juives, chrétiennes et musulmanes. Les Arméniens avaient naturellement leur place dans cette famille, où, grâce à l'ouvrage de Krikor Beledian, ils viennent rejoindre d'autres chrétiens d'Orient, les Ethiopiens, les Coptes et les Orthodoxes russes, précédant de quelques mois les Melkites et les Maronites.

Le plan de l'ouvrage est clair : un bref survol historique, un aperçu de la bible et de la doctrine de l'Eglise arménienne, une anthologie principalement axée sur la littérature religieuse, un panorama de l'art sacré (architecture, sculpture, miniatures et musique liturgique), une analyse de la vie spirituelle insistant sur la liturgie et la vie monastique, une présentation de la société arménienne, un tableau de l'Eglise arménienne et des autres Eglises, des renseignements sur l'organisation des études arméniennes, et diverses annexes bibliographiques, chronologiques ou cartographiques. Les planches en couleurs, à la fin du volume, donnent un bon aperçu de l'art sacré : églises, khatchkars, manuscrits enluminés, ...

L'art religieux
Cette stimulante initiation rendra service à ceux qui souhaitent aborder l'Arménie sous l'angle religieux, si important pour la compréhension de sa culture et de son identité nationale. Les lecteurs les plus avertis seront sans doute principalement intéressés par l'anthologie de textes traduits qui vont des fragments épiques préchrétiens aux discours des Catholicos Vazken 1er et Karékine II. On y trouve des pages essentielles, comme la Catéchèse de Saint Grégoire selon Agathange, une lettre authentique de Saint Sahak, les cantiques attribués à Machtots, les oeuvres des historiens et des poètes médiévaux, des homélies, des hymnes religieux, des prières populaires, David de Sassoun et Daniel Varoujan. Tous ces extraits, judicieusement choisis, sont précédés de brèves introductions fort utiles pour poser les nombreux problèmes d'attribution et d'authenticité que soulève la littérature du Moyen Age. On sait, par exemple, que la Catéchèse de saint Grégoire a été intégrée tardivement au texte d'Agathange ; elle n'a aucune chance d'être de saint Grégoire et l'on pourrait se demander si un texte aussi peu homogène date entièrement du Ve siècle. Pareillement, les écrits imprimés à Venise, sous le nom du saint Catholicos Jean Mandakouni, sont en réalité de Jean Mayragometsi.

Concernant la bible arménienne, Krikor Beledian rappelle à juste titre qu'elle fut traduite en deux étapes, que nous situons vers 405 et après 431. Pour la première, Machtots se fit aider de certains de ses disciples, comme Jean et Joseph. Pour la seconde, les noms de Sahak et d'Eznik sont seuls mentionnés. La troisième Epître aux Corinthiens, apocryphe, était incluse dans la première version de la bible et non dans la seconde. Comme l'a montré Lévon Ter Petrossian (1), la méthode des premiers traducteurs correspond aux principes énoncés dans la préface du Commentaire sur l'Octateuque d'Eusèbe d'Emèse : les théologiens arméniens devaient s'orienter ainsi vers une exégèse "antiochienne", c'est-à-dire principalement historique de l'Ecriture sainte. Pour illustrer la doctrine de l'Eglise arménienne, Krikor Beledian cite judicieusement l'exposé de Nersès le Gracieux, qui est, en effet, le plus clair et le plus sûr qui soit. Mais ces positions se sont définies beaucoup plus tôt et fixées définitivement sous Jean d'Odzoun, "Contre les Docètes" , qui résume bien sa doctrine : le Christ a pris une chair humaine corruptible, mais il l'a rendu incorruptible par l'Incarnation de sa divinité en sorte que, désormais, il ne souffre plus que volontairement et non par nature.

Une invitation au voyage
Résumer l'histoire générale de l'Arménie, depuis les origines jusqu'à l'indépendance, et présenter l'art sacré arménien sous tous ses aspects, en dix-huit pages, constitue évidemment une gageure, principalement quand on songe à l'apport de tant d'études remarquables parues durant ces dernières années. On les retrouvera grâce à la bibliographie. Cependant, quels que soient le talent et la compétence de l'auteur, cela pose un problème de genre et de public. A qui s'adresse ce livre ? Ce n'est pas un ouvrage spécialisé et ce n'est pas non plus un manuel d'enseignement supérieur. C'est une présentation pour le grand public, en quelque sorte une invitation au voyage. De ce point de vue, le profil sociologique esquissant les rythmes de la vie arménienne, les coutumes familiales, la situation de l'Arménie et de la diaspora sera particulièrement apprécié, de même que les renseignements clairs et concrets sur l'organisation des églises.
Espérons que ce tableau très suggestif, vaudra à l'Arménie de nombreux amis et suscitera de nouvelles vocations pour l'étude d'un peuple et d'une civilisation que Krikor Beledian a décrit ici avec beaucoup de chaleur et d'équité.

(1) Docteur ès-sciences philologiques, l'ancien président de la République d'Arménie a été durant de nombreuses années, secrétaire scientifique du Maténadaran. On lui doit notamment une préface à la nouvelle édition critique de la version arménienne de la bible ainsi que de nombreux autres travaux.

Jean-Pierre Mahé


Livre numéro 86
  Elk' : mantraner B. sark'
 
Titre : Elk' : mantraner B. sark' / auteur(s) : Krikor BELEDIAN - Grigor Peltean ; [gcankarnere Asaturen]
Editeur : haratch
Année : 1993
Imprimeur/Fabricant : Impr. "Haratch"
Description : 116 p. ill. 24 cm
Collection : Haratch
Notes :
Autres auteurs :
Sujets :
ISBN : 2901849059
Bibliothèques : Catalogué à la Bibliothèque Nationale de France
Prix :

Commentaire :


Livre numéro 85
Krikor BELEDIAN --- Cliquer pour agrandir Objets & Débris
   
Titre : Objets & Débris / auteur(s) : Krikor BELEDIAN - avec une gravure numérotée et illustrations d’Assadour
Editeur : Paris
Année : 1978
Imprimeur/Fabricant :
Description : 42 pages, 11,50 x 15 cm
Collection :
Notes : 200 exemplaires sur papier verger accompagnée d’ une gravure originale d'ASSADOUR, signée et numérotée de 1 à 200
Autres auteurs :
Sujets : Poésie -- Bibliophilie -- Arménie
ISBN :
Prix :

Commentaire :

"DÉBRIS ET OBJETS" est un texte écrit en marge de l'exposition du peintre ASSADOUR, à la galerie SAGOT LE GARREC PARIS 1977, et s'inscrit directement dans la double langue français-arménien en provenance de la double et commune origine.

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